VOIX D'UN MINARET
Debout dans l'extase le seigneur attend Quelque réponse à ses prunelles Devant le vide étemel Debout et présent le seigneur attend
Reyam
Il attend dans la nuit déserte un regard d'humain vers son ciel
devant le vide éternel Debout et présent le seigneur attend.
Xu 6as dei escaliers que doit franchir Reyam, un vieux derviche harassé s'est assis et murmure.
Comparaître, ah demain s'il me faut comparaître devant moi-même mon prêtre et mon roi Quand mon âme au seuil du disparaître de l'éternel et taciturne disparaître me demandera Vieillard qu'as-tu fait de ton âm£ et de ton être
Vieillard qu'as-tu fait de cefrère^ qui dans une cabane de ton âme dormait sous les balancements de palmes en rêve attendant l'heure de naître à ta voix te conter les chroniques d'un grand rêve
Pourrai-je répondre : les passants passaient si nombreux devant mes prunelles
battements d'ailes sur la nuit que j'ai laissé mourir l'heure a voir passer
des turbans et des robes et des bâtons brisés
Les paroles des chansons sourdies des rues lointaines étaient si Que j'ai laissé mourir mon frère à les entendre Les paroles des chansons lointaines si indistinctes que j'ai tari le fleuve de vivre à les attendre
plus proches et plus prêtes pour comprendre leur charma lent, leur charme doux, leur charme triste et pour savoir de quelle Eve astrale et surnaturelle de quels anges aux paroles en albes ailes ces chansons furent le miroir
0 ponts du ciel, je sais vos arches bâties d'attentes brisées mais mon âme à l'heure oU ses serviteurs
trop longtemps debout pour la garde et le combat en un soir rêveront le dernier rêve « c'était trop bref ce fut trop long « l'âme dira : qu'as-tu fait de tes serviteurs oïl est ta droite, et Vépée de ta droite où est ta gauche et le bouclier de ta gauche oU est ton front et le casque de ton front
et la terrasse de tes yeux qu'y passe-t-il maintenant
l'agile citadelle de ta force et le coffre de ton cœur en quelles landes stériles les entouras-tu de tes gardes sur quelles frêles tentes, aux mirages de landes tes étendards. Les sabots de tes chevaux sonnaient à des terroirs
oïl les citernes sont taries.
Ton pardon tombait au front de tes serviteurs ce pardon pour toi-même ton frère l'avait en garde et ton frère de toi-même est mort.
Bu plus haut minaret f appelais Qtmnd là nuit à nouveau fiance les amours des hommes Bu plus haut minaret f appelais des échos en prière bourdonnaient a ma parole sur les terrasses j' entendais a ma parole éclater en gerbe les fiançailles des baisers^ mais oU suis- je, vieil aveugle^ parmi les hommes
Vans mon âpre solitude les souvenirs entaillent comme cognées en forêts
dans ma coupe d'amertume les souvenirs filtrent comme poisons dans les arth^es
comme des aiglons seuls dans l'aire mes désirs clament vers ma mémoire en désuétude
VOIX d'un autre minarbt
0 solitaire quêtant Valbe robe de la recherche, o solitaire solitaire attendri des arabesques stellaires
0 solitaire inclus dans ta muette litanie, o solitaire a ta droite, marche le désert parmi le^ foules.
0 solitaire qui des patries \
par les plages vient aux sanctuaires vivre plus vivement l'heure de toute ta vie 0 solitaire, au divan, près de la coupe, qui t'étends solitaire qui cherche, solitaire qui attend par la bigarrure des foules
Le rêve d'illusion, comme fleurs d'autres patries, des mains l'apportent Inviolées, par l'or dense des portes, elles l'apportent
dans l'éclair sidéral et bref de leur présence Solitaire, ce rêve porte-le vers tes lèvres
sans questionner l'étoile messagère car l'apparence et les pétales de l'extase sont mensongères.
En haut de Vescaîier du palais préparé pour recevoir ceux qui reviennent un vieux serviteur accueille Reyam.
Maître, les choses ont neigé depuis vos départs vers les phares d'exil des doigts d'ombre ont abrégé des floraisons de vies fertiles sous les dômes de votre palais
Voici les clefs antiques des salles claires et des Jardins et voici vieillis vos serviteurs de vos enfances, à vos prochains appeis aux éveils des matins combien nombrerez-vous de défaillances
ne
Maîtres, salut à vous tous deux dans l'ample vestibule où des fresques de dieux attendaient dans l'immobile essor de leur présence les pas du maître, captif si loin, dans les absences
Reyam et Djemaïl sont passés, sur la terrasse ils écoutent et regardent la ville, la mer et la lande.
Vois, la fête de la ville est continue par la chanson de ses fontaines et le pas de ses aimées la joie, sans causes et sans trêve s'annue par les cours en lumière au pied d'amères mosquées
La mer supporte les chalands alourdis de blés et d'ors et de passants venus rire la fête de la cité venus pour repartir vers d'autres cités
Voici la plaine noire et lointaine devant nous ne semble-t'il pas que des ombres
gravissent, pénibles, mornes et décombres et noires, se lèvent vers nous.
Que distants et muets, sans se voir, ni savoir
oïl les mènent leurs pas tous d'un effort même s'efforcent en la nuit noire
vers un éternel repas
Bonheurs en léthargies, fêtes en oubli, joies omises caprices, en habit de forêts en folies Sur ces cœurs de la lande désolée descendez un instant dans un mirage épanoui par les caresses des lunes solitaires en traînes de reflets
Détournons nos yeux de la lande larvée regardons plus sereine que la fête de la cité notre fête en nos cœurs et nos jours arrivés au décor immobile et natal, a ma cité.
DJEMAÏL PARLE A MI-VOIX, DJEMAÏL PARLE
« 0 Pâleurs Délices lactées des 7iuits mes sœurs Vêtues de chevelures noires piquées d'astres Pâleurs violettes comme mes yeux émus
nuit au rêve doux comme somme d'enfants nuit qui bénissez l'heure du bonheur parmi les désastres nuit tiède, nuit temple aux lits de la terre
nuit pèlerine des parfums nuit évocatrice des faces des défunts que tu pares des beautés florales du lointain
tu m'apparais Ta face diamantée sur le palanquin d'or Que balancent, les pas des éléphants géants et tu renvoies la souffrance du jour bruyant, du jour opaque fête quotidienne des cymbales des jeux et des combats d'ours fête dès montreurs de cynocéphales.
DJEMAÏL PARLE A MI-VOIX, DJEMAÏL PARLE
« Le centaure encore flef de la terre humaine chevauche l'immensité de la nuit
Pan se couche aux lits humides des cours d'eaux pour chanter la peine éternelle
Des lacs étroitement gardés de terres en roseaux. Mutins parmi les fleurs qui parlent
Les elfes s'éveillent aux baisers de la nuit
pour enchanter les tristes âmes en repos
et diaprer d'un coup d'aile leurs rêves falots La nixe de la mer froide et pâle parle
les consolations à ceux-là qui dorment le songe statique de la mer énorme.
DJEMAÏL RIT
Des files de cavaliers vont héler aux portes du manoir.
par la plaine, hâtée de leurs pas, dans le soir
Des chétifs en pèlerinage vont à la flamme du miroir
Qui s'allume en incendie sur la tourelle De frêles fillettes s'empressent vers le miroir seule incandescence dans la féerie du pays noir et leurs chansons brillent comme ruisselis d'eaux vives sur le fonds sombre, des pas des pèlerins sous le ciel noir.
DJEMAÏL MURMURE
De la plaine, des vagues, des palais
des voix montent à moi des voix résultantes de musiques en émoi aux jardins nocturnes du palais
des pages rêvent pour moi
Des nefs d'âmes pleines transmigrent aux mers océanes des nefs d'âmes pleines de moi le pêcheur sinistre des mers océanes Les mène à la dérive, épris d'un sourire de moi qui vient de se passer sous les étoiles.
Dans une bourgade désolée des vents de mer et sifflante sous le vent des forêts Des femmes tissent leurs toiles
heureuses et gaies, Dans les âtres de la bourgade
dans les flammèches en étoiles mon sourire a passé se jouer.
Un khéroub de douceur Qui chante à l'orgue au paradis s'interrompt pour entendre aux voix de la terre Un hhéroub de rigueur qui s'élançait du paradis s'arrête écouter les chansons de la terre.
ma voix parle aux piliers des vieux temples ma voix sait l'accent de dialectes inconnus ma voix broche ses chants aux manteaux amples au manteau d'or des songes in/^onnus.
iSi
DJBMAIL CHANTE
Cest l'heure attendue Mon ami de mes rêves et de ma vie s'en revient vers notre chambre de nos haisers La nuit se fait plus claire aux vitraux de la chambre l'argent lunaire rit aux fleurs d'or des divans voici le silence de la nuit l'heure en fête de la nuit Un seul bruit passera sur la terrasse du palais celui de son pas vers mes baisers.
0 Nuit vêtue de noire chevelure piquée d'astres d'astres d'or mat, d'astres en diamants
Nous voici qui partons notre sommeil d'amants vers toi, notre sœur éternelle et solitaire Et tu nous ris de toutes tes étoiles
Nuit abondante qui nous enveloppe de son voile.
TcA'BLE "DES SMcATIEliES
Pages.
9 La Belle au château rêvant
^7 Éventails
3 S Nuit sur la lande
53 Soir par la ville
67 Lieds
9j Éventails tristes
H8 Reyam.
(Revue indépendante 1887).
(Revue indépendante 1888).
(Revue indépendante 4888).
(Revue indépendante 1888).
(La Cravache 4889).
(La Vogue 4889).
Achevé d'imprimer le six août mil huiti^ent quatre-vingt-onze, par A. Lefèvre,pour Paul Lacomblez, éditeur à Bruxelles.
PQ
Kahn, Gustave