‹ Chansons d'amantChapitre 6 sur 8 · LIE'DS · texte numérisé non relu

LIE'DS

Si pâle il est venu, que ma sœwr pense

« n'a-t-elle pas bu son sang, son âme et sa fiance,

et n'est-il pas r ombre de ses sandales et la trace de ses pas. n

Si pâle il est tombé sur ses genoux, que ma sœur pense

« de quels rêves en pourpre et nefs en fleurs et rires d'enfance

n'honorera-t-il pas le déclin des yeux miraculeux sur son front las. »

Si pâle il est parti, que ma sœur pense

« vers quelle tempête, quel paradis, quelle sinistre accoutumance

trouvera-t-il pas quelque douleur involontaire et plus douce que ce lent trépas, n

La mienne est belle ainsi que des vols de parfums — l'autre jour c'était comme fleur qm s'ouvre — La mienne est belle comme chairs d'anges en printemps C'était l'autre soir tout le soleil sur mon cœur —

les lèvres de la mienne sont la seule caresse — les parcs spirituels se parent sous ses lèvres — Dans la clameur elle est le temple et dans la foule l'horizon l'accueil de la mienne, la bonne saison —

C'était Vautre matin dans sa tristesse la nuit d'hiver la voix de la mienne la féerie des sons — Cest pour la vie toute comme fleur qui s'ouvre — la mienne est belle ainsi que la résurrection. —

Lieds

Ah! ce bonheur si douloureux, pourquoi?

Tête victorieuse, pays des fées, matité reine, piscine d'absolu, liens des baisers, dits de la reine, ah! pourquoi cette ûcreté de vos bonheurs, pourquoi?

Voile du néant, idole de toute gemme supérieure, fin des mots bégayés dès les enfances et les erreurs, clef qui peut fermer la blessure de vivre ou rouvrir les labyrinthes des terreurs vaines et aberrantes souffrances 0 vous, tout, cette âcreté de vos bonheurs, pourquoi?

Et vos charités qui sont acres morsures, et vos pantomimes simulacres du divin, et toute féerie qui rit à tes soupirs en réveil, vermeil horizon, seule destinée, ultime blessure, cette âcreté de tes bonheurs , pourquoi?

Filles de Bagdad qui partez en mer sur la nef aux rames blanches

les pèlerins tristes pleureront amers près des rosiers aux cent roses blanches.

« Pour avoir laissé les pieux pèlerins

se baigner dans nos yeux noirs, nous nous en allons vierges veuves éplorées dans le destin noir. »

Filles vous alliez gaies à la fontaine dans le sourire clair du soir,

filles vous veniez gaies à la citerne sous les torches d'or du soir.

« Las les pèlerins qui venaient de loin pour se baigner dans nos yeux noirs

Ils diront de nous : les douces infidèles nous abandonnent aux destins noirs. »

Lieds

Leur nef ([u' on para de cent roses blanches, leurs rames guirlandées des joies des horizons,

Les esclaves parés aux couleurs de leurs visages et leur pilote, le phts sage,

les mèneront aux terres blanches comme avalanches.

« Las, la nef sans pilote ni cordages s'en ira sombrer vers les horizons et les pèlerins ne sauront pas V orage, Vorage de nos destins, n

Il est venu puis reparti ;

je le sais, son cœur grave pâtit

depuis l'instant qu'il est parti

J'étais folle commue une enfant et je jouais comme au volant de ses graves douleurs d'amant

au détour de la route encor

il voulut élever son cor

vers ses lèvres, pour l'adieu encore

mais il laissa tomber son bras

et lentement se détourna

et le détour de la route l'emporta

Quelle introuvable route me ramènera celui que j'attends poiir tomber dans ses bras et chasser de mes baisers le souci qui l'enténébra.

Lieds

Choses vindicatrices, pass(^s cruels, ombres passées, sur le maintenant peureux vous vous vengez et détruisez en sa fleur pâle le bonheur triste.

Passés, vous dressez devant Vélan df'sespéré

le 7nur de ouate, le mur de brume d'autres défaites;

mémoires, vous redites la nuit froide, les soirs de victoires,

les soirs de victoires inutiles et futiles ; mémoires, vous défaites d'un doigt lassé les colliers de fêtes.

Ombre, vous vous levez et dites : c'est encore moi,

le ïiiême moi tant caressé et dans mes tresses les mêmes émois

mes mains de nues comme autrefois

descendront vers ton cœur prof ond

et ne se poseront qu'à ton f t'ont

pour l'essor d'un fou désir orienté vers autrefois.

Ah! regards inutiles, vous redites le même lent accueil au seuil de mon palais^

le palais vacillant vers les ombres passées.

Le page Kunrad s'est étad(^ 'pour rencontrer sa destinée — ta destinée souvent s'enfuit.

Il gravit d'inutiles calvaires vit les jongleurs et les trouvères galopa par monts et par vaux

Souvent exilé des rivages il ne vit que le ciel et Veau et puis les vagues de la mer

Il rit V alcôve de mirage il embrassa des lavandières des filles de roi, des bergères de maintes lèvres il fit conquête

Mais, sous des drapeaux de nuages, sa chevauchée et sa requête inutiles vers la conquête suprême de sa destinée

Lic.ih

TJn jour, au coin du chemin Elle est venue baiser sa main — la destin (fe toujours revient.

Lui lava ses incds lassés puis elle essuya de sa face la poussière des chevauchées

Elle ôta ses belles lèvres

son teint mat, ses mains de fièvres

elle ôta son corps de fée

Puis prit le page dans ses bras et lui donna un seul baiser qui le vieillit de trente années

D'une caresse de ses mains elle lui décharna la face et le frappa de cécité

Au pont de VIll la charité

de ceux qui dans les jardins vont aimer

nourrit parfois le pauvre aimé.

Ta beauté, ta beauté, ma sœur, qu'en as-tu fait

Elle a glissé dans l'adversité

Mon frère, mon frère, mon âme qu'en as-tu fait.

J'ai cherché le yur miroir où refléter ta beauté ma sœur, ma sœur, ton âme, qu'en as-tu fait,

J'ai gardé ma face royale mes amants et ma 'probité monfrère^ mon frère, ton âme, qu'en as-tu fait.

J'ai gardé fiia face loyale mon manteau et mon épée mon âme, mon âme, ma sœur, qu'en as-tu fait.

Lieds

L'aube revient, riche et parfumée Le ciel, vers son sommeil, se revêt d'écarlate Mai. les mains pleines de fraises et de muguets bénit les pauvrets, dont les cœurs battent

Quelqu'âme garde ses cicatrices

Les agiles baladins, pimpants de pourpres dahnatiques

sur tréteaux et treraplins

la fée les mène de sa batte

Comme cygnes ondulants aux étangs galants

aux joues claires des caresses s'adressent

Tels d'incorporels séraphins les regards d'amour vibrent vite

Quelqu'âme garde ses cicatrices

En elle comme en moi qu'il lui soit pardonnéde danser a ravir les étourdit si vite

Mon âme garde ses cicatrices.

Chamons d'amant

Au 2)aradis sur trois trônes hlancs sa grâce et son enchantement

et ses suprêmes attitudes Lors vient V âme en détresse qui ne 'peut que doutoir sans cesse et pins douloir

T avais mitre dorée et 'manteau de velours fai cilice rouge pourpre quiarde nuit et jour.

Si je revenais sur la terre j'habillerais ses pauvres nus

je soulagerais sa misère d'une couronne à son front méconnu

Aux brousses de ma terre d'autres pauvres sont venus Demeure en ton enfer, à jamais à toujours.

Au paradis sur trois trônes blancs sa grâce et son enchantement et ses suprêmes attitudes.

Lieds

Boi, le sol de la patrie s'allume en désastres.

Tes vignes, tes figuiers, tes oliviers, des tas de cendres

Parmi les lances des vainqueurs, au long des ravines, on voit descendre

les filles des nomades en files prisonnières.

J'ai vu tes gardes prisonniers

les chétifs et les captives

jouaient d'agrandir leurs blessures

Les esclaves du camp barbare taillent des pagnes dans tes bannières les carcasses des chevaux d'armes pestilentent les eaux vives. Ta citadelle, ses murs ont voleté comme feuilles mortes mais deuil plus grand; encore je V apporte

La reine a suivi les vainqueurs?

Elle pend au col d'un muletier

seul intact lors du désastre

leur allure rapide emporte leurs cœurs

vers les villes défoule aîtx cachettes sûres.

SI

Chansona d'amant

Dans la salle aux vitres sur la mer

Les rois sont assemblés à la coupe éternelle

Dans la salle au plafond d'étoiles.

Un douloureux d'avoir tant bu que Von emporte sous icn voile Un qui trébuche et que l'on cache sous un voile

Un qui meurt, et qu'on emporte sous un voile*

Et vers le seuil oU plus morne se dot la porte

les regards des rois un instant distraits mais ils demeurent auprès de la coupe éternelle dans la salle aux vitres sur la mer.

Lieds

Je sais des pas qui sont passes sur quelle souffrance ils ont passé, eux seuls l'ignorent et sont passés.

Je sais des chansons oubliées oubliées de qui me les apprit oubliées de riion cœur qui cela seul apprit.

Je sais des landes désolées

des friches incultes pour l'éternité

l'éternité des éphémères prêts à s'exiler.

Je t'apporte, ami, mon cœur meurtri

le sillon des pas sur mon corps et sur mon âme

la grâce déjà promise, départie et reprise

et la caravane des triomphes que fa pensée blâme.

Je te donne, amie, mes lèvres vieillies, les rides de mon front découronné par d'autres et le banquet d'un cœur oit Von attendit l'hôte, l'hôte inconnu porteur de joies épanouies.

Je t'apporte, ami, la brève compagnie

d'un cœur en oubli, d'un cœur en folies, d'un cœur en voyage

paré pour des minutes vers les baisers du mage.

Je t'apporte, a^nie, la triste solitude

d'un cœur en soupçons, d'un cœur en souffrance, d'un cœur en débris

dont les préludes de fête et les bruits de bal sont enfuis.

Lieds

J'ai mémoire de forêts

de forêts en parfums,

de parfums en folies épandus sur des clairières si jolies que les bêtes des forêts y brament d'amour inguérissable d'amour, sans cause, sans but, inguérissable.

Les candeurs fraîches et les brises frêles s' entrelacent en danses de rayons ; aux sons adoucis des cymbalons se jouent des âmes neuves fêtant l'éclosion fraîche de nouvelles déesses aux beautés nouvelles.

Indicibles caprices d'un soleil amoureux des naines miraculeuses, s'éploient, se renouvellent, ah telle douce clairière des bois à ce baiser d'un soir, miroir,

Chansons (Tamant

Perdu dans le lois le plus sombre je croise mes bras sur ma poitrine et je regarde monter l'ombre de mes pieds à ma poitrine

Pourra-t-elle couvrir d'un épais manteau la blessure de ma poitrine et le couteau

qu'un pur matin douce et mystérieuse d'autres délices Elle ru' enfonça dans la poitrine et s' enfuit au loin,

Pour sortir du retrait le plus sombre

je trouverais le chemin ses yeux froids m'ordonneraient la tombe

je frissonne en vain.

TAeds

La minute d'oubli fut si douce Des yoles enrubanw^es de satins feu, de satins rouges fendaient les vagueftes où dansaient les ondines argentines menues comme un geste et claires comme un baiser H n'est merveille que soleil

Il n'est nilracle qu£ soleil Les arches d'espérances et l'arcade du temple s'emparadisaient de péris argentines da)is les sons vifs des cithares et des cavalcades en pourpre

Il n'est oracle que soleil

Il n'est remède que soleil Des yoles les appels incantaient les d(^parts les d'^parts pour plus clair qu'un baiser pour plus vif que les danses de la cithare

Il n'est d'oubli que soleil

Mon pauvre amour, profond comme une mer déserte mus vîtes autrefois les cortèges en joie des navires revenus de la bonne découverte toîU chargés de lotus au cœur de soie.

Mon pauvre amour, ample et grave, comme soir d'été Vous vîtes un couple, lèvres à lèvres, émietter les psawnes des enfances soudaines et regretter la minute si belle, car minute égouttée.

Mon pauvre amour, plus seul que la détresse comme en un cachot dont la lucarne montrerait au captif la fête qui s'en va, monpauvre amour, aimé de détresse et sans armes Vous languissez dans la frivole et dure alarme que ce mirage de la fête émigré en l'au delà.

SS

Lieds

0 mon cœur que veux-tu, veux-tu les contrées natales, le palais sur le morne imle, oic les cymbales rythment le glissement de r aimée sur tes lèvres pâles ô mon cœur, veux-tu, les contrées natales.

0 mon cœur que veux-tu — sur les navires des émirs t'en aller lointain, aux butins d'autres terres. Veux-tu, par les cimes forestières, le monastère oie les frères s' entr' aident a guérir. — ô mon cœur quel divan te faut-il pour dormir.

Donne-moi ton silence et ta mémoire

ta mémoire populeuse de sa face et de sa voix

la plus vaste salle de tonjyalais, donne-la moi

qu'elle soit obscure et solitaire

pour que seul avec ta mémoire f écoute sa face, ses vertus corporelles, d les hori:ons de sa voix.

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