SI
Ce riiendiant dolent et creux, sans besace et sans bâton, des feux et des fêtes qui s' écarte par la ville,
ses yeux sont emplis des pampres à long plis
drapantes de telle image au monastère
devant quelle, dans l'ascension d'or des lampadaires,
Il fut des ans, sur ses paumes et ses genoux épris.
Son cœur guéri lui pèse et le plie.
Ce mendiant, dont on raconte une couronne aux beaux fleurons
et dans la digne dextre un sceptre pour bâton,
son cœur guéri l'abandonne et le transit.
Quand passent devant ses yeux inertes les cortèges des lihalifes dans lesfers des lances et les tambours de guerre, ou les pas lents des docteurs grandis des ombres des mystères
Ses yeux restent inertes vers son ombre sur la terre.
Mais si quelque enfant descend à la citerne, mate en un noir manteau de chevelure ondante. comme un éclair plus fier que les bannières du khalife sille en la nuit livide qui voile son mystère.
ÊVEiJ\:T(AILS TlilSTES
Deuil empreint au silence des anmtres Deuil empreint aux poussières des guitares Silence d'un deuil aux logettes des murs Deuil sur la route on les tard-venus si tard
encore traînent leur fatigue devant la route plus lointaine des pèlerinages fatidiques
dont nul ne vient plus a ces heures si tard.
Accoudé sur Vajypuide la fenêtre
et comme penché sur la margelle
d'un puits intérieur de paysage marâtre
aussi, sur la margelle d'une nature marâtre
dont les grands lys et les grands chênes et les purs êtres
sont, autour des 2)uits sansfo7idde vaines margelles
cette face de page, aux yeux, morne fenêtre.
Dans les nuées, si lointaines, si jrMcises
dans les nuées du ciel irréel
le cortège des pourpres et les caprices des bleus
s'inclinent a Vimpératrice reculée vers les glaciers du ciel irréel parmi les froids confins des glaciers bleus.
Et vers le sommeil silent des armures
et le sommeil silent des guitares
sur les pourpres d'un tapis silencieux s'endort
quelque féerie de chair en un songe d'encor.
Les jardins furtifs des deux solitaires
s'en vont et passent au-dessus des vols d'oiseaux
les vols d'oiseaux passent au château solitaire
par-dessus le silence des fossés et des eaux
le silence des routes monte au solitaire
qui ne voit ni le ciel ni les oiseaux ni la taciturnité des eaux
la femme étendue garde clos son tombeau
son tombeau de chair, son tombeau de regards clos.
Eventails tristes
Vous, n'entendez-vous pas :
d'enfance, tandis qu'ils dormaient dans V étable où des hras pieux et frais les berçaient vous, n'entendez-vous pas sur le sable.
venir les Rois qui parcourent les crèches des ('tables pour bénir les nouveau-nés qu'on berçait — les Rois n'entendez-vous pas leurs pas.
Vous, ne savez-vous pas qu'ils leur laissaient l'épée aussi le baudrier :
une baguette de coudrier pour évoquer les songes sous leurs pas parmi les forêts florales et les buissons fruitiers des cépées vous ne savez-vous pas qu'ils laissaient sous leurs pas les cailloux blancs hérauts muets de la cépée Ole les nouveau-nés trouveraient dormir la petite fée.
OU
Vous : ne croyez-vous ims
qu'a quelque détour
des routes oU lamentent les déshérités
à quelque angle de murs saillant de tours,
liour les déshérités les Rois ^parrains appelleront de leur voix de bonté
ceux qui souffrent sur la route et leur donneront encore l'épée le baudrier et la baguette de coudrier puis les mèneront où dort oublieuse depuis tant de journées la j)etitefée.
Vous ne savez-vous yas qu'ils ont mis près des berceaux une idole aux traits lointains, une idole sans parole — mais si les Rois parrains Vont mise près des berceaux c'est qu'ils viendront chercher et guider de leur parole ceux qui attendent dès heures du berceau.
Ils les sauront vêtir
comme eux dans les âges
les munir aussi des paroles de sages
qui, dans les temps anciens, pouvaient nourrir
tel aventurier en route dès les âges ;
ils leur sauront parler dans son rêve sur la route
leurs pas sur le sable quand ils furent nouveau-nés
le pas de leur parole qui sait nourrir
faim et calmer la soif et faire dormir les aventuriers tombant au long des routes.
Eventails tristes
Pour nous nul n'est venu
le soir en orage chassait loin des villages les Rois — on guérissait l'épave de barques en naufrage des soirs oii des souhaits attendris attendaient les Rois le silence plies irrofond qui suit les nuits d'orage gardait nos berceaux loin des yeux des Rois.
Est-ce Détresse qui frappe à la porte non c'est un cadavre qiCon emporte
loin de nous vers le moutier où prient à genoux
les reines mortes.
Est-ce l'Épouvante qui frappe à la porte non c'est unhruit de choc d'épées qu'apporte
le vent furieux de cette nuit des cavaliers dont le casque luit laissent leur sang couler et bruire pour l'âme morte
d'un fantôme de reine morte.
Est-ce la Mort qui frappe à la porte.
non sa course est occupée a cueillir des âmes au passer des corps ; à ce jour la Mort est occupée à prendre les âmes et daigner les corps que des lutins pour en rire vifs emportent.
Alors qui donc frappe à la porte c'est le supplicié Souvenir
avec son fils l'Avenir tous deux si douloureux aux prunelles si mortes qu'ils croient supplier que la mort les emporte.
ÉventcUls tristes
Voulez-vous un collier ?
Les pèlerins ont rapporté de la contrée des songes des perles odorantes, endormies
près des silencieuses éponges, les génies de la iner en jonchaient leurs amantes endormies.
Les pèlerins ont rapporté de la contrée de la sov^rance
des boules d'un bois précieux
les péris avant de revoler aux deux
chantaient dans les grands arbres des forêts de souffrance
pour réjouir Vitinéraire des malheureux
et des arbres qui gardaient mémoire: ces boules de bois précieux.
Voulez-vous un bracelet Les pèlerins ont rapporté de la dure captivité les carcans des fers et les anneaux des chaînes parfois auprès des fontaines les vierges s'inclinaient devant l'autorité
de leurs douleurs inhumaines et les consolaient la lueur d'un baiser.
Voulez-vous l'anneau des fiançailles
les pèlerins les ont donnas 'pour échapper aux épousailles
des tortures en tenailles Voulez-vous les anneaux et les colliers ?
ah ! pourquoi m'avez-mus lié
sous les tortures en tenailles devant la foule de nos désirs d'antan qui raillent.
Eventails tristes
Tu pensais, pardon vous pensiez, à mon bras
les étoiles qui dansent au paradis sont moins distatites
les étoiles qui sont des signaux d'' amants au paradissont moins distantes que ces vols d'oiselets nos désirs butant aux vitraux
dont, pourquoi, 2)ar quel hasard, nous avons clos nos vœux nouveaux.
Je pensais à votre bras : cette nuit qu elles ondulent ou crespelent cette nuit répertoire des rêves qu'elles font mortelles
et qu'elles ont toutes, ses parentes ses sœicrs qui sur leur front portent la nuit — pourquoi sa seule nuit sait-elle bercer mes bras
et rêver mes léthargies vers l'amante.
loi
Chansons (Tamant
Les trois filles au bord de la mer ont vu passer la Vierge mère le long des graves colonnades — ah ! d'oU venez-vous Vierge mère
J'étais sise à V avant du bateau voguant par les autans des eaux pour atterrir la colonnade d'où vos yeux regardent la mer
Ah! Vierge mère vous êtes seule votre blanche robe est comme un linceul vous avez marché sur les eaux pour venir à la colonnade
J'ai noyé pilote et calfat
j'ai noyé la nef et les matelots
parce que parmi les autans sur les eaux
ils n'ont pas su croire a ma miséricorde
Éventails tristes
Ah! Vierge mère nos chers sourires à leurs cous serreraient la corde jusqu'aux cris de miséricorde qu'ils auraient poussés jusqu'au ciel qu'étoila votre passage vers nos colonnades
Ah! d'autres mes filles aux miséricordes
ont cru qui dorment sous les eaux
j'ai noyé pilote et calfat
et seule hanterai la brève colonnade
ma Hanche robe est comme un linceul
ah! que vos sourires ne se meurent pas seuls
laissez-moi bien seule sous la colonnade
Tant que l'enfant me préféra tel joueur de flûte ou chanteur à la cithare ou sonneur de cymbales au bal peu m'importa qu'elle aimât tel joueur de flûte ou gratteur de cithare
Au carrefour, je suis tombé frappé
frappé d'un coup d'épée De qui? joueur de flûte ou gratteur de cithare?
que la nuit est longue pour mourir si tard.
Éventails tristes
Ses yeux disaient aux étoiles :
vous illuminez la nuit
et la cloutez de diamants sous ses voiles
mes yeux noirs sont sa nuit et son étoile
mon regard est son manteau
Ma gravité le couteau dont je le perce à tout loisir
son âme est le manteau oUje sais blottir mes désirs
L'arcade de ma bouche est Varcane et la rade vers où ses désirs, ses bravoures sont les vizirs de mes rivalités avec vous, étoiles
lOîi
Chansons d'anmnt
La lavandière, frappait, frappait c'était, je crois, sur une image empruntée d'un moi d'autrefois la lavandière, tordait, tordait
Ah! des rancunes! pas une
qui ne soit revenue pâle à la mort, ou écarlate ou des stigmates sur ses yeux émus
La lavandière, tordait, tordait le clair de lune, demain des enfants seront écartâtes autant que leurs lèvres émues La lavandière, frappait, frappait.
Éventails tristes
Mad, vos pleurs en coquetterie, viennent bien fard — Ce rendez-vous, c'était, tu sais, vers V abreuvoir où viennent boire les étalons et les onagres Ah Mad pourquoi? devant moi clouté de clous pleurez-vous
Pour que ces chiournies et ces latins regardent la iner de nuit de tes cheveux et Vatlantide de ta face : ce rêve que la face qui souffre aux pieds de la croix efface chez ces gardes la mémoire de faces
abolies dès les tavernes latines et les osselets derniers
Mad attristée, puis-je baiser tes pleurs, je suis cloué Je suis cloué à la mâle croix — on m'a vendu pour quelques sous ou défroques Mad, f espère venir les chiens de la mort et leurs crocs s'enfoncer dans la sève intime de ma mort Oh ces coquetteries regarde : c'est dès toi que j'aime la mort acre
io:
Roi couronné, vous pouvez dormir : les galéasses rêvent encloses de tièdes banquises Vos marins jonchent des espaces
Sous les maigres ombres des figuiers qui frisselisent
Roi couronné, n'allez pas à vos balcons,
les Immatérielles Thulés qui se jouent nues dans les nuages sont d^un pire conseil pour un roi comblé d'âge Ahf roi couronné vos faucons oie sont-ils envolés.
Tels aux Aiguës- Mortes, tels aux Elbes vertes
tels aux oasis, tels en tels sommeils les tartarets de vos caprices agonisent aux vergues des galéasse» de reconnaissance Ah roi couronné, sur votre balcon, ces vieilles enfances
Éventails tristes
Quand Daoud fuyait seul par les rochers Les pierres de Semei hurlOcient:
Daoud, ton fils le sais-tu, accroché sous lesj^abnes d'un palmier?
Daoud ton fils.
Sais-tu qu'il est cible aux flèches des sicaires? ■
Mon fils s'est réjoui de Thamar et j' ai souffert
C est bien Daoud son père qui voulut Bethsabée et Soliman son frère qu'embrasse la Sulamite
Daoud y ton fils Les couteaux des mercenaires étoilent sa chair Et ce fut un enfant qui riait aux souriî'es.
Daoud quand Michol te cachait dans sa chair
tu chantais a ses lèvres :
le tyran dont ma harpe somnole les caprices le même qui voulut, que nu, seul d'une fronde J'affronte le Goliath bardé de fer et dit : ta fièvre de méchant fou sujit à faire un roi, ou la pâture aux corbeaux des airs Le tyran dont la rare parole menace Les seuls désarmés des mémoires d'anciennes victoires ô toi qui me protèges de ta chair tu lui dirais : Laban a voulu quatorze ans les esclavages de Jacob, mais les ans laissaient à tous printemps refleurir Jacob.
Avrom quand son bras sur le résigné se baissait armé entendit la voix lointaine des déserts. ^ Agar seule est penchée sur son fils qui meurt au désert Ils ont laissé les tentes vers où les cuisines prêtes abondent de moutons et de bœufs qu'on dépèce. Ils ont cherché des gouttelettes par les sables et des brindilles de fleurs et les sauterelles des sables pour construire un feu clair, calmer leur soif et leur faim dans le désert.
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Éventails tristes
Et quand les dix frères vendirent l'aîné de ton âme
2)our, on dit, soixante deniers tu gardais son portrait en chair, ton Benjamin
le dernier tes esclaves te portaient aux vérandahs de tes tentes Et quand le soleil s'endormait la 7)iême attente te menait chaque soir aux horizons déserts d'oîo peut-être viendra-t-il demain.
Daoud, ton fils qu'on assassine, Thamar pleure a ses pieds, avec la Sulamite Le soleil qui s^ endort, dore ses plaies et ses yeux bruns ternis pensent l'aurore que lui préparent Ismaël, les Madianiies, et Myriam, et Agar, Ton mourant te plaint, roi découronné Roi que des pierres de passant assassinent
Et Daoud pleurait sous les pierres de Serncï car tout châtiment, Vhomme a lui-même se le prescrit; Semeï, ce bandit des routes étant allié A quelque esclave de la Sulamite,
Tel esquif dont la vie brève sur les flots n'a 'pas tenté l'écho de son cri d'agonie telle vague histoire balbutiée au bivac par quelque bègue reitre ému^
Et pourtant, chansons marines vous savez ce que furent, une brève minute, vos jouets vos jouets dotés de paroles et de deuils vous roulez par vos éternelles demeures sans seuil des armatures de corps et des ossatures d'âme sans accueil.
S'ils peuvent s'endormir à l'ombre d'un écueil ou laisser la mémoire d'un récif oit les esquifs
viennent quérir la mort brève vous murmurez autour, vous, chansons marines le psaume de vos indifférences et vous passez.
Par la mer des plaines vagues on trouverait Quelque reitre, d'hier endormi dans son manteau
avec aux lèvres encore la mémoire de cette vague histoire aux feux clairs des bivacs
quelque reitre foré de blessures mais mort de cette histoire balbutiée au bivac.
Éventails tristes
Enfant, pourquoi gardâtes-vous mon cœur endolori sur votre cœur distrait Enfant bizarre, pourquoi voulûtes-vous ce servage, et ces chansons, loin de votre visage?
Ce bal et cette mascarade, où jamais vous ne vîntes, que votre face adorable, sous un loup
si doux au baiser que mon corpts défaille aux mémoires des féeries des lampes sur le velours de votre loup
vous qui fûtes tout Cet éternel bal, et cette mascarade, pourquoi Vordonnâtes-vous?
Les pacages sont solitaires les torches sur le mystère n' illuminent que vagues irgrets d'enfants Faut-il que je regrette ce bal et cette mascarade?
Je vous ai soulevée vers ma bouche : tes lèvres résonnaient les rades riches de tartanes et ces concordances de drapeaux sur la mer vers des vols de mouettes, tes lèvres résonnaient d'amples musiques évocatrices de climats guérisseurs du mal d'âme tes lèvres chantaient des musiques.
les Edens de tes lèvres et les reposoirs de tes seins comme des fruits frigides de mes Palestines ine parlaient les repos, et les galops dans la savane, et les roses infinies. Les mirages perpétuels entrelaçaient leurs baisers aux coins des lignes de ta face et ta bouche était V arcade initiatrice d'impossibles, et palpables et chimériques paradis.
Nos baisers, tu sais, ces baisers nos âmes, sontaflxés a des pals en face des frontières de nos Palestines
les essaims des corbeaux des airs dansent des deuils autours de nos âmes Et quand la charité d'une mendiante harassée
Écarte de son bâton les corbeaux des airs cette garde s'en retourne plus triste en sa fatigue d'avoir vu des suppliciés dans le désert.
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Éventails tristes
Mon âme, pardonnons-nous ; quels tarots nous eussent prédit nos solitudes Mon âme, pardonnons-nous ces trots dans les solitudes Ma compagne des veillées acres, veillons ensemble
Te parler des désespoirs des solitudes ? accoude-toi et parmi les ruines sous le passage de la horde recueille-toi
Au bois, les os des enfants morts, sonnent des musiques extatiques des échos se lèoent et murmurent léthargiques « Vos âmes endormez-vous, ton âme garde-toi. —
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"REY^m
UNE VOIX DE FEMME ct'uM temple lointain :
Vers le 'plafond en semis d'ombre et d''or des crépuscules, dans les joies minérales des yeux d'étoiles sous la surveillance honne des cosmogonies qui se reculent et les pâles divans de lait divin sous les blancs voiles
Sous le crépuscule profond
Je fais un pas et j'apparais sur les balcons ; aux balcons de la terre Issue du luxe noir et or des lambris
J'apparais Et s'apaise la douleur des âmes en débris
L'auréole éclot des Jloraisons et des ramures mûres pour la joie.
Cortégées de tiares d'éphémères et des inflexions des sceptres des rois de longues caravanes palmées d'aurores drapées de soies sous un printemps nouveau des ramures.