‹ Chansons d'amantChapitre 8 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

Des murs écroulés sous le deuil des lierres sont comme jardins ascensionnels aux cieux mystiques et tendent à mes reflets

au miroir de Ventrelac de mes ballets des fleurs comme des paumes humaines et soyeuses.

Quelque humain qui rit aux bayadères pressent l'obscur délice d'une mort fondante des frissons doux volètent aux cimes centenaires

Quelque parfum se meurt en fleur et des sanglots d'épithalame chantent aux plantes.

Nuit d'été mon œuvre , astres laurés, rêves essores trêve des courages^ largesses des baisers frémissement qui se comprend et se perçoit, et ne veut plus mourir mers d' arôme, chants en splendeur, naissance des fiancées

regards des pâtres éclosions des pylônes de rêve, autour des sphinx d'albâtre certitudes en triomphes, issues des conques de la mer radieuse et lactée de mes yeux votre miroir cortège et coryphées

Reyam

Voici V éternelle fiancée et lefieuvé le fleuve et la mer, la source et le silence et les moires et les fêtes et les trophées Le secret de la riier qui se baisse et se lève et le secret, des secrets de la nuit Moi l'Eve.

Musiques éparses et gnoses roses astrales, opium des fleurs

Sésame aux portes d'or aux gonds des portes des palais de marmorose

halètement des peuples qui le long des fleuves et des rivières mènent, leurs armes et leurs chevaux et leurs gazelles

espoir des tribus enfantes

raison des terrasses du mage cause des douleurs et des joies qui enfantent c'est moi l'Eve.

REYAM

La voici, notre ville en fête, notre cité Vois-tUj la nuit violette ici plus pure incline plus de parfums partis des divines ravines oU nous vivrons nos pas heureux

Par la folie incandescente des étés J'y sais aussi fraîchir les plus jeunes fontaines près des halliers peuplés de faons peureux

Vois-tu notre cité de fête Les lampes des palais nous y sont bienveillantes leurs flammes dorées plus qu'en d'autres terres

0 ma cité, citécitrine vers la mer pâle

tes blancs minarets de la haute montagne proche m'appelaient

comme voix maternelle.

La course de mes pieds dépassait mes sandales

et mes yeux avaient des ailes pour mirer sa splendeur en tes yeux diamantés

Voici notre cité de fête Vois-tu notre palais illuminé des lampes des lampes de l'attente et de l'accueil Voici le pays d'or et de songes, et notre palais sur ces rampes.

VOIX d'un minaret

Debout dans l'extase le seigneur attend Quelque réponse à ses prunelles Devant le vide éternel Debout et présent le seigneur attend

Reyam

Il attend dans la nuit déserte un regard dliuriiain vers son ciel

devant le vide éternel Debout et présent le seigneur attend.

Au bas des escaliers que doit franchir Reyam, un vieux derviche harassé s'est assis et murmure.

Comparaître, ah demain s'il me faut comparaître devant moi-même mon prêtre et mon roi Quand mon âme au seuil du disparaître de l'éternel et taciturne disparaître me demandera Vieillard qu'as-tu fait de ton âm£ et de ton être

Vieillard qu'as-tu fait de cefrcre^ qui dans une cabane de ton âme dormait sous les balancements de palmes en rêve attendant l'heure de naître a ta voix te conter les chroniques d'un grand rêve

Pourrai-je répondre : les passants passaient si notnbreiix devant mes prunelles

battements d'ailes sur la nuit que j'ai laissé mourir l'heure a voir passer

des turbans et des robes et des bâtons brisés

IMS

Chansons d'ainant

Lesjxiroles des chansons sourdies des rues lointaines étaient si tendres Que j'ai laissé mourir mon frère a les entendre Les paroles des chansons lointaines si indistinctes que j'ai tari le fleuve de vivre à les attendre

plus proches et plus prêtes pour comprendre leur charme lent, leur charme doux, leur charma triste et pour savoir de quelle Eve astrale et surnaturelle de quels anges aux paroles en alhes ailes ces chansons furent le miroir

0 ponts du ciel, je sais vos arches bâties d'attentes brisées mais mon âme a l'heure où ses serviteurs

trop longtemps debout pour la garde et le combat en un soir rêveront le dernier rêve « c'était trop bref, ce fut trop long n l'âme dira : qu'as-tu fait de tes serviteum où est ta droite, et l'éj^ée de ta droite où est ta gauche et le bouclier de ta gauche Ole est ton front et le casque de ton front

et la terrasse de tes yeux qu'y passe-t-il maintenant

l'agile citadelle de ta force et le coffre de ton cœur en quelles landes stériles les entouras-tu de tes gardes sur quelles frêles tentes, aux mirages de landes tes étendards. Les sabots die tes chevaux sonnaient à des terroirs

iU

Beyam

oU les citernes sont taries.

Ton pardon tombait au front de tes serviteurs ce pardon pour toi-même ton frère V avait en garde et ton frère de toi-même est mort.

Bu plus haut minaret f appelais Quand la nuit à nouveau fance les amours des hommes Du plus haut minaret f appelais des échos en prière bourdonnaient a ma parole sur les terrasses y entendais a ma parole éclater en gerbe les fiançailles des baisers^ mais où suis-je, vieil aveugle, parmi les hommes

Dans mon âpre solitude les souvenirs entaillent comme cognées en forêts

dans ma coupe d'amertume les souvenirs filtrent comme poisons dans les artères

comme des aiglons seuls dans l'aire mes désirs clament vers ma mémoire en désuétude

VOIX d'un autre minarbt

0 solitaire quêtant l'albe robe de la recherche, o solitaire solitaire attendri des arabesques stcllaires

0 solitaire inclus dans ta muette litanie, o solitaire à ta droite, marche le désert parmi le^ foules.

0 solitaire qui des patries par les plages vient aux sanctuaires vivre plus vivement V heure de toute ta vie 0 solitaire, au divan, jrrès de la coujie, qui t'étends solitaire qui cherche^ solitaire qui attend par la bigarrure des foules

Le rêve d'illusion, comme fleurs d'autres patries, des mains l'apportent Inviolées, par l'or dense des portes, elles l'apportent

dans l'éclair sidéral et bref de leur présence Solitaire, ce rêve porte-le vers tes lèvres

sans questionner l'étoile messagère car l'apparence et les pétales de l'extase sont mensongèi'^s.

En haut de Vescalier du palais préparé pour recevoir ceux qui reviennent un vieux serviteur accueille Ileyam.

Maître, les choses ont neigé depuis vos départs vers les phares d'exil des doigts d'ombre ont abrégé des flottaisons de vies fertiles sous les dômes de votre palais

Voici les clefs antiques des salles claires et des jardins et voici vieillis vos serviteurs de vos enfances. à vos prochains appels aux éveils des matins combien nombrerez-vous de défaillances

Reyam

Maîtres, salut à vous tous deux dans l'ample vestibule oU des fresques de dieux attendaient dans Vinimobile essor de leur 2}résence les pas du maître^ captif si loin, dans les absences

Reyam et Djemaïl sont passés, sur la terrasse ils écoutent et regardent la ville, la mer et la lande.

REYAM

Vois, la fête de la ville est continue par la chanson de ses fontaines et le pas de ses aimées la joie, sans causes et sans trêve s'annue par les cours en lumière au pied d'amères mosquées

La mer supporte les chalands alourdis de blés et d'ors et de passants venus rire la fête de la cité venus pour repartir vers d'autres cités

Voici la plaine noire et lointaine devant nous ne semble-t-il pas que des ombres

gravissent, pénibles, mornes et décombres et noires, se lèvent vers 7iotcs.

fî7

Que distants et muets, sans se voii\ ni savoir

oîc les mènent leurs pas tous d'un effort même s'efforcent en la nuit noire

vers un éternel repas

Bonheurs en léthargies, fêtes en oublia joies omises caprices, en habit de forêts en folies Sur ces cœurs de la lande désolée descendez un instant dans un mirage épanoui par les caresses des lunes solitaires en traînes de reflets

Détournons nos yeux de la lande larvée regardons plus sereine que la fête de la cité notre fête en nos cœurs et nos jours arrivés au décor immobile et natal, à ma cité.

DJEMAÏL PARLE A MI-VOIX, DJEMAÏL PARLE

« 0 Pâleurs Délices lactées des nuits mes sœurs Vêtues de chevelures noires piquées d'astres Pâleurs violettes comme mes yeux émus

Reyam

nuit au rêve doux comme somme d'enfants nuit qui bénissez l'heure du bonheur -parmi les désastres nuit tiède, nuit temple aux lits de la terre

nuit lyelerine des parfums nuit évocatrice des faces des défunts que tu pares des beautés florales du lointain

tu m' apparais Ta face diamantée sur le palanquin d'or Que balancent les pas des éléphants géants et tu renvoies la souffrance du jour bruyant, du jour opaque fête quotidienne des cymbales des jeux et des combats d'ours fête dès montreurs de cynocéphales.

DJEMAÏL PARLE A MI-VOIX, DJEMAÏL PARLE

« Le centaure encore fief de la terre humaine chevauche l'immensité de la nuit

Pan se couche aux lits humides des cours d'eaux pour chanter la peine éternelle

Des lacs étroitement gardés de terres en roseaux. Mutins parmi les fleurs qui parlent

Les elfes s'éveillent aux baisers de la nuit

pour enchanter les tristes âmes en repos

et diaprer d'un coup d'aile leurs rêves falots La nixe de la mer froide et pâle parle

les consolations a ceux-là qui dorment le songe statique de la mer énorme.

DJEMAÎL RIT

Des files de cavaliers vont héler aux portes du manoir,

par la plaine, hâtée de leurs pas, dans le soir

Des chétifs en pèlerinage vont à la flamme du miroir

Qui s'allume en incendie sur la tourelle De frêles fillettes s'empressent vers le miroir seule incandescence dans la féerie du pays noir et leurs chansons brillent comm,e ruisselis d'eaux vives sur le fonds sombre, des pas des pèlerins sous le ciel noir.

DJEMAÏL MURMURE

De la plaine, des vagues^ des palais

des voix montent à moi des voix résultantes de musiqu£s en émoi aux jardins nocturnes du palais

des pages rêvent pour moi

Reyam

Des nefs d'âmes pleines transmigrent aux mers océanes des nefs d'âmes pleines de moi le pêcheur sinistre des mers océanes Les mène a la dérive, épris d'un sourire de moi qui vient de se passer sous les étoiles.

Dans une bourgade désolée des vents de mer et sifflante. sous le vent des forêts Des femmes tissent leurs toiles

heureuses et gaies, Dans les âtres de la bourgade

dans les flammèches en étoiles mon sourire a passé se jouer.

Un khèroub de douceur Qui chante à l'orgue au paradis s'interrompt pour entendre aux voix de la terre Un khéroub de rigueur qui s'élançait du paradis s'arrête écouter les chansons de la terre.

ma voix parle aux piliers des vieux temples ma voix sait l'accent de dialectes inconnus ma voix broche ses chants aux manteaux amples au manteau d'or des songes imonnus.

DJBMAÎL CHANTE

Cest r heure attendue Mon ami de mes rêves et de ma vie s'en revient vers notre chambre de nos baisers La nuit se fait plus claire aux vitraux de la chambre l'argent lunaire rit auxjleurs d'or des divans voici le silence de la nuit Vheure en fête de la nuit Un seul bruit passera sur la terrasse du palais celui de son pas vers mes baisers.

0 Nuit vêtue de noire chevelure piquée d'astres d'astres d'or mat, d'astres en diamants

Nous voici qui partons notre sommeil d'amants vers toi, notre sœur éternelle et solitaire Et tu nous ris de toutes tes étoiles

Nuit abondante qui nous enveloppe de son voile.

TqA'BLE T>ES mcATIE'RES

Pages.

9 La Belle au château rêvant

tl Éventails

35 Nuit sur la lande

!)3 Soir par la ville

67 Lieds

91 Éventails tristes

118 Reyarn.

(Revue indépendante 1887). (Revue indépendante 4888).

(Revue indépendante 1888).

(Revue indépendante 1888).

(La Cravache 1889).

(La Vogue 1889).

Achevé d/ imprimer le sixc août mil huit cent qvutre-vingt-onze, 'par A. Lefèvre,pour Paul Lacomblez, éditeur à Bruxelles.

La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance

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