‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 25 sur 82 · A MON AMI RAYMOND Y · texte numérisé non relu

A MON AMI RAYMOND Y

SONNET

Quinze ans déjà passés ! Cela nous semble un songe. Et nous nous regardons, de quels yeux ! de quel air ! Quoi ! tant de nuit déjà derrière nous s'allonge ! Nous étions au printemps ! — Est-ce déjà l'hiver ?

Etait-ce pas hier que ce riant mensonge, L'Espoir, illuminait notre œil limpide et clair? Tout ce passé charmant où notre regard plonge, jeux, rêve, amour naïf, était-ce pas hier ?

Que tu nous vieillis vite, éphémère jeunesse ; Si long déboire, hélas! et si rapide ivresse! Le bonheur d'ici-bas est-il donc dans l'oubli?

Non car mon cœur qui saigne, en sentant sa blessure,

Sent mieux aussi la joie envolée, et mesure

Les plaisirs d'autrefois aux regrets d'aujourd'hui.

BOUQUET A CHLORIS

A MADAME *" qui jouait les grandes coquettes à la ville et au théâtre.

(( Des vers, mes enfants, des vers I n — Oui, Madame. On en trouve encore en cherchant un peu. Ce sont fleurs que sème un regard de femme, Comme éclôt la rose au souffle de Dieu.

Quand le frais Avril commence à sourire, Les lilas frileux lui font un sonnet.

Quand vous paraissez — fût-ce sans rien dire. Tout cœur de vingt ans vous jette un bouquet.

Et quand de l'Eté finit le poème. Un dernier concert monte vers les cieux : Dalhia craintif, triste chysanthème Chantent au soleil le couplet d'adieux.

BOUQUET A CHLORIS 83

Ainsi vous partez, belle voyageuse, Et mon âme brûle un dernier encens, Triste de l'hiver qui vient, trop heureuse Si vous lui gardez un nouveau printemps.

De tous les bouquets conquis par vos charmes. Celui-ci sans doute est le plus commun. Hélas ! c'est qu'il fut flétri par mes larmes. Et les fleurs d'automne ont peu de parfum.

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