SONNET RENVERSE
Le chemin est facile et doux, la marche lente. L'oeil va des champs pleins d'om.bre au soleil éclatant, Et rien ne presse encor l'allure nonchalante Du voyageur timide au regard innocent.
Puis, c'est une colline âpre mais verte encore ; L'horizon plus voisin s'échaufïe et se colore. On marche plus ardent vers un but souhaité ;
Plus loin, c'est la montagne abrupte ; les broussailles A nos pieds fatigués font de rudes entailles ; Le souffle est court, le col tendu, le pas heurté.
Le mont s'abaisse enfin : le long de l'autre pente. Pesamment, le front lourd et courbé, l'on descend, Et, las de soutenir sa course chancelante. Le voyageur dans l'ombre éternelle s'étend.
Brusquement ce soir j'ai jeté dans l'âtre Un sonnet d'amour, un sonnet d'antan.
Le feu l'a saisi, le grand feu bleuâtre, je l'ai regardé brûler un instant.
Parmi les tisons, sur la feuille noire, Les lignes couraient en lettres de feu. Au premier quatrain je lisais : (( Victoire », Au dernier tercet je lisais : (( Adieu ».
Eî je regardais la flamme vermeille.
Et je ne sais qui, d'un accent moqueur. S'en vint tout à coup me dire à l'oreille : (( Ce qui brûle là, vois-tu, c'est ton coeur. »
« Ton cœur tout de cendre, où rien ne palpite
(( Qu'un regret brûlant plein de désespoir,
« Où l'on ne lit plus qu'une ligne écrite
(( En lettres de feu sur un feuillet noir.. »
Janvier 1878.