A PETRARQUE
Ce qui fait que je rêve, et ce que je tenvie, En te lisant, Pétrarque, au déclin d'un beau jour, O poète sacré, ce n'est pas ton génie, O cœur tendre et profond, ce n'est pas ton amour.
Mais ta mort, ô Pétrarque ! — Etre trouvé sans vie, Un matin, sous l'arceau frais de la vieille tour. Une plume à la main, la tête ensevelie Dans le livre entr'ouvert d'un joyeux troubadour.
O le riant destin ! Puissè-je un soir d'automne, Des martinets joyeux, dans le ciel clair et pur. Suivre longtemps des yeux l'essaim qui tourbillonne ;
Puis à l'heure paisible où le couvre-feu sonne, M'endormir pour toujours bercé d'une canzone. Le cœur plein de parfums, d'harmonie et d'azur !
IMITE DE HEINE
J'ai fait les plus jolis sonnets Sur les yeux bleus de ma maîtresse En riches quatrains fleuronnés J'ai célébré sa blonde tresse, Son menton, sa nuque et son nez.
Sur ses petits pieds frétillants, Qui battent le parquet sonore.
J'ai fait des tercets sautillants, Et sur ses bras blancs que j'adore Des alexandrins scintillants.
Depuis que je suis sous ses lois.
J'ai fait cent rondeaux sur sa taille.
Et cent triolets sur ses doigts ; J'ai mis en vers l'air qui tressaille Au rythme chantant de sa voix.
Et depuis que je suis heureux.
Quand sa lèvre à ma lèvre touche.
Tu sais, cher petit lit soyeux.
Combien j'ai sonné sur sa bouche De longs poèmes amoureux !
J'ai tout chanté, foi de rimeur, Les lis, le corail et la rose ; Mais quel chagrin pour un auteur :
Je n'ai pas pu faire, et pour cause, Un seul bout-rlmé sur son cœur.