‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 58 sur 82 · RENOUVEAU · texte numérisé non relu

RENOUVEAU

Tu vas dans l'azur des cieux infinis

Faire palpiter les ailes des rêves,

Et, dans les parfums, mêler sur les grèves

Aux chansons des eaux les chansons des nids

Tu vas colorer les images vaines D'un passé charmant éteint pour jamais ; Tu vas faire avec tout ce que j'aimais Un poison subtil à brûler mes veines ;

Tu vas sur mon coeur d'angoisse tordu, A chacun des pas de ma triste route.

Implacablement verser goutte à goutte L'âpre souvenir du bonheur perdu.

Tu vas me parler avec tes zéphyrs.

Avec ton silence, avec tes chansons.

Et me torturer de tous tes frissons.

Et m'assassiner de tous tes sourires.

Et sous la tiédeur des cieux apaisés.

Dans l'éclat blessant de ta robe neuve, Lentement mener ma pauvre âme veuve Du mois des aveux au mois des baisers.

Tu vas dérouler, radieux chorège.

Le chœur frémissant de l'immense amour.

Faire la nuit douce et brûlant le jour. — Oh ! qui me rendra la brume et la neige !

Car j*ai pris coutume au charme des pleurs ; Je hais les vivants et j'ai peur de vivre ; je vais chancelant amsi qu'un homme ivre S'il me faut marcher au travers des fleurs.

Mars 1878.

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