‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 82 sur 82 · LETTRE 27Î · texte numérisé non relu

LETTRE 27Î

Comme une aigrette d'or au nom toujours béni.

Et dans le coin un peu froissé qui fait un nid.

Et dans les mots, oiseaux jaseurs au doux ramage.

Et dans le post-scriptum bref qui dit : Soyez sage !

Et dans le bon paraphe indulgent et courbé.

Dernier baiser du bec de la plume tombé.

Elle tenait en elle enfermé comme une âme

Un parfum subtil, fin, pénétrant, qui réclame.

Attire à lui le flair en outre du baiser

Qui, troublant, s'insinue au corps inapaisé

De l'absent et le fait vibrer et fait revivre

Au fond de lui, dans l'âme ardente qui s'enivre.

Les jours d'antan, les jours passés, les jours anciens.

Les bonheurs disparus et qui furent les siens,

Les rendez-vous, les mains aux mains, les purs délices.

Les jours joyeux, les soirs aux ténèbres complices,

Les bras serrant la taille et le heurt des genoux.

Ces sottises, ces jeux d'enfants, trésors pour nous.

Et les heures de calme et les instants de fièvres,

La bouche pour trouver l'âme cherchant les lèvres.

Et l'arôme qui fîotte et qui vient nous griser.

L'odeur mystérieuse et douce du baiser.

Oh ! ce parfum laissé par ta main sur ta lettre.

Ce parfum de bonheur inondant tout mon être.

Qui cinq jours transporté partout, m'enveloppant.

Faisant autour de moi comme un brouillard trompant

L'absence, le regret, le temps maudit, l'espace.

Changeant en lieux chéris les lieux par où je passe,

M'a fait croire, vivant et respirant en moi.

Qu'à ton souffle mêlé je respirais par toi

Un peu de ce parfum béni que je respire

Encor, mais qui déjà languissamment expire,

Fais-le-moi parvenir ici : sachet, flacon,

Boîte où la houppe blanche est pareille au flocon

De neige au creux d'un nid, n'importe : que j'aspire

Cette haleine de toi, que mon cœur qui soupire

Après le vrai baiser de ta lèvre, ait, du moins.

De ses jours, de ses nuits impalpables témoins.

Ces effluves de toi, légers esprits, caresses

Qui, subtiles, iront ainsi, des noires tresses

Aux bruns cheveux dire bonjour parmi les airs.

Ames des fleurs de pourpre ou des grands arbres verts.

Souvenirs des printemps enfuis, des amours closes.

Mots chers des cœurs parlant le langage des roses.

Messagers par Avril donnés aux âmes sœurs.

Fantômes de baisers dans des ombres de fleurs.

Oui, j'aime à regarder tes jeunes yeux. Pardonne Au vieillard amoureux ce jeu triste et charmant : II m'est exquis de voir tomber très lentement Dans un lac plein d'aurore une feuille d'automne,

14 octobre 1894.

Vous avez pris mon coeur vieilli

Dans les lacs blancs de vos mains douces.

II en a presque tressailli

D'étonnement le cœur vieilli

Comme un fruit mûr trop tard cueilli

Qu'on mettrait en un nid de mousses.

Vous avez pris mon cœur vieilli

Dans les lacs blancs de vos mains douces.

Qu'il y reste douillettement, Frileux, craintif et tendre encore.

Moitié boudeur, moitié dormant, Qu'il y reste douillettement.

Qu'il s'y réchauffe doucement Et s'il est gênant qu'il l'ignore, Qu'il y reste douillettement.

Frileux, craintif et tendre encore.

Qu'il y batte à tout petit bruit, Discret, jusqu'à ce qu'il y meure.

Comme vole un oiseau de nuit.

Qu'il y batte à tout petit bruit.

Vieilles horloges, m'a-t-on dit.

Semblent craindre de sonner l'heure.

Qu'il y batte à tout petit bruit.

Discret, jusqu'à ce qu'il y meure.

Et qu'il y rêve d'être aimé

Pour charmer les vieux ans moroses.

Feuille morte éprise de mai.

Qu'il rêve encore d'être aimé.

Qu'il songe printemps parfumé

Sous l'âpre bise des nivôses

Et qu'il rêve encore d'être aimé

Pour charmer les longs ans moroses.

Décembre 1894.

Nous nous sommes aimés sans bien savoir comment, Laissant aller nos coeurs au gié de leurs paroles, Causant chiffons, musique, art ou dernier roman, Emus sans le savoir sous les propos frivoles.

Nous nous sommes presque haïs, ne sais comment. Bouderie ou dépit ou froideur ou migraine, Très vieux enfants, naïfs encore étonnamment, Dans le sol froid d'hiver semant l'amour en graine.

Nous nous sommes aimés de l'attrait de nos sens, Croyant nourrir la fleur d'amitié fraternelle, Les yeux calmes, la bouche pure, et frémissants Des appels indomptés de l'ivresse éternelle.

Nous nous sommes haïs de nous sentir charm.er Par les enchantements d'un philtre dans nos veines; Nous nous sommes haïs de nous sentir des chaînes. Nous nous sommes haïs de la terreur d'aimer.

Nous nous sommes aimés des tourments de l'absence, Chacun sentant quelqu'un lui manquer, chaque pas Augmentant pour chacun la solitude immense. Et chacun cherchant l'autre et ne se trouvant pas.

Nous nous sommes haïs par bravoure ou bravade. Chacun se croyant fort à narguer les destins. Montrant visage fier, ironique ou maussade. Et très bien bourrelé de tourments clandestins.

Nous nous sommes aimés d'avouer nos faiblesses Et les orgueils vaincus et les chagrins pâtis, Goûtant des abandons charmants et des ivresses. L'un dans la main de l'autre, à nous sentir petits.

Et tous nos sentiments, attrait, fierté, colère. Tout ce qui nous advint, soit en mal, soit en bien, Elojgnement, adieux, retour, présence chère, Tout entre nos deux coeurs resserrait le lien ;

Et chaque mouvement pour nous fuir ou nous prendre Nous jetait l'un à l'autre ou nous y ramenait; Toujours plus grand, toujours plus fort, toujours plus tendre, Plus l'amour croit mourir en nous plus il renaît.

Tout geste de nos coeurs nous enfonce et nous plonge Dans l'abîme charmant, sans fond et sans retour. Dans le vertige heureux du mystère et du songe. Dans un délicieux enlisement d'amour.

2 janvier 1895.

Quand nous nous aimions sans le dire Et ne le sachant qu'à demi, Vous m'appeliez dans un sourire :

« Mon ami )).

Quand l'aveu se fit presque entendre, Soupiré plutôt qu'exprimé, Vous m'appeliez, timide et tendre :

(( Mon aimé ».

Quand l'amour en toutes ses fièvres Nous enlaçait éperdûment, Tu m'appelais à pleines lèvres :

c( Mon amant )).

Depuis que toute à moi, tu mêles Tout ton être au mien sans retour.

Je suis ton âme, et tu m'appelles :

« Mon amour ».

Février 1895.

J*ai fait l'autre jour un charmant voyage, Point parmi les bois, point parmi les prés. Point sous le ciel bleu ni le vert feuillage, Point le long des bords des ruisseaux moirés.

Et pas davantage aux pays de songe.

Aux îles du rêve, au monde inconnu.

Hélas ! je ne crois plus même au mensonge Et des pays bleus je suis revenu.

C'était dans le coeur de la bien-aimée. Jardinet coquet, éden infini.

Gîte doux et frais, forêt embaumée, Profond comme un ciel, étroit comme un nid.

Et j'y cheminais furtif, feuille à feuille, Du pas à genoux qu'ont les oiseleurs.

Dans des sentiers verts où tout nous accueille. Caresse de mousse et baisers de fleurs.

Et parmi les pleurs que l'aube fait luire

Et dans les frissons qu'ont les fourrés sourds,

J'éveillais parfois les merles du rire

Et le rossignol divin des amours.

Et sous un regard d'étoile qui tremble Mes lèvres cueillaient d'un geste frileux Je ne sais quel fruit merveilleux qui semble Un rayon de miel bu dans une fleur.

Je suis de retour aux lieux où nous sommes Le coeur plein d'encens, d'aubes et de voix Et je crois porter, parmi tous ces hommes. En place du cœur un bouquet des bois.

Pages

Introduction 5

O mes chansons 21

O Souvenirs, printemps, aurores 26

Lettres familières 28 et 32

Rêverie du fumeur 3 7

Rêverie du chasseur Sg

Imité de Heine 43

A mon Ami Auguste C*** 44

Les sillons d'Orge 45

A mon ami Georges F * 47

Les ciseaux 48

A Madame A*'* 5o

A Madame S*** 52

A Madame B*** qui avait fait des vers sur mes yeux malades. . 55

Même sujet 57

En revenant du théâtre de la R 58

Ah I vivent les yeux bleus 5g

Catulle 61

Couplet de Catulle 62

Couplet de Catulle 62

Couplet de Bernard de Ventadour 64

Sonnet 65

Rêverie de célibataire 66

Le ruban 69

Pages

Sainte-Beuve (sonnet) 7^

Lamartine (sonnet) /-

Alfred de Musset (sonnet) 73

Molière (sonnet) 74

Emmanuel Kant (sonnet) 75

Napoléon III (sonnet) 7Ô

Le Comte de Chambord (sonnet) . 77

Dernier n*" du Journal Y Evénement de La Rochelle 7"^

Folle gaieté , . fco

A mon ami, Raymond Y*'" 81

Bouquet à Chloris 82

Amour transi 84

L'art de vérifier les dates (triolets) 86

Sonnet 90

A mon ami Paul G*** 91

A mon ami B*** Réponse. Réplique 92-93-05

Le 24 mai 1878 97

Rêverie du professeur 98

A M"*® X * qui m'avait demandé de lui traduire un passage

d'Ovide 102

La nuit d'hiver 107

Madrigal (Vous m'avez dit un soir...) II9

A M"' Emilie M*** 121

Le sifflet 125

Sonnet renversé l33

Brusquement ce soir , . 134

Sonnet serpentin l35

A Pétrarque l36

Imité de Heine. iSy

Surge. âge l39

La Trentaine , 142

Chanson 144

Sonnet serpentin 146

Envoi 147

A Margot 149

Vous êtes belle, 6 ma voisine 1 5 1

Pages

Oubliez-moi I^-

Rèverie du rimeur 1^7

Ronde 1^3

Bouquet à Chloris 1^7

Blond majeur lt)h

Les couples s'en vont 17-^

Imité de Heine 17^

Jeanne ^77

Inconnue «• I^l

Nostalgie 184

Palinodie 188

Les heureux .... 19-

Renouveau IQ^

Fatigue 199

Renaissance 201

Te rappelles-tu 204

Rondeau. 207

Laissez-moi vous aimer 20b

Vraiment tu crois que je raille 210

Tu ne veux pas m'aimer 2l3

Marguerite 2i5

La main ■... 2ih

Exil 220

La joue 222

Etoiles mortes 224

Envoi de jarretières 225

Autres temps 23o

Les raisons du billet doux 23 I

Mieux est de ris écrire 236

Au revoir 23o

Les amours commencées 243

Neiges d'aujourd'hui 249

Maille par maille 25 1

Sans titre 255

Tu ne m'aimes pas 257

C'était beau, j'étais écolier 258

Pages

Je vais revoir la frêle enfant 25g

Vous êtes souvenir 201

Dans le grand wagon mal peint 2o3

Rosine 205

Si j'aimais ta main 200

Lettre 269

Quatrain • • • ^7^

Vous avez pris mon cœur vieilli 270

Nous nous sommes aimés 273

Sans titre 276

Quand nous nous aimions 277

J'ai fait l'autre jour un charmant voyage 278

6167. - Paris. — Imp. Hemmerlé, Petit et C". (9-21)

I PQ Faguet, Emile

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