LETTRE
Sais-tu ce que je veux de toi ? — Tu le sais bien
Ce que je veux toujours, jour et nuit, sans que rien
Jamais puisse distraire ou bannir ma pensée
De la prière muette et jamais exaucée
Que mon désir forma du jour où je te vis. —
Mais cela, c'est le rêve et les vœux poursuivis
A travers les longs jours, les mois et les années;
C'est le soupir indéfini des fleurs fanées
Qui tombent lentement, du printemps à l'été,
Des mains du temps dans ton abîme, éternité;
C'est le souhait intime et bégayant dans l'ombre
Du cœur, et dont on vit et dont on meurt, plus sombre
Ou plus joyeux, selon qu'il chante ou qu'il gémit.
Et selon que dans l'âme obscure qui frémit.
Dans les frissons, dans les douleurs, dans les sourires,
Dans ces nuages noirs traversés de zéphyrs,
Il prend, fleur du matin ou tristesse du soir, Le voile d'un regret ou l'éclair d'un espoir. — Mais ce que je voudrais de toi, là, tout de suite. Ou bientôt, mon amie, à la chère visite Du petit billet tendre et doux, un peu moqueur Que de si loin, hélas, ta main jette à mon cœur. C'est... Ta dernière lettre était charmante et douce Comme un pas amoureux qui marche sur la mousse Et vient à nous, parmi les fleurs, sans les briser. Dans les fraîcheurs d'Avril apportant un baiser. Ta lettre était exquise et ravissante chose. Un charme, un air, un rien divin, un parfum rose, Un rêve ailé, un chant d'alouette au sillon Et des pattes de mouche en pieds de papillon. Mais elle avait aussi, comme le corps à l'ombre Qui le suit, diaphane et claire, quoique sombre. Comme l'onde moirée et verte a son reflet. Comme l'éclair léger des nuits d'été se plaît A laisser après lui traîner un doux murmure Dont frissonne bien loin, vaguement, la ramure, Comme le cri qu'on jette au hasard dans le vent S'en va dans un écho chanteur se poursuivant, Elle avait au pli doux et coquet de ses pages. Aux marges où reflue un flot de babillages. Adorable, entre les lignes, ce geste doux De la main qui caresse et par-dessous Quelquefois griffe un peu comme il est convenable Et dans la signature où reste un peu de sable,