NOTICE
US POÉSIES DE BléRANGER,
PAB P.-F. TI880T.
Paitavd s^enÎTrait et s'endonnait à table ; mais le fin et le somineil lai donnaient des inspirations ; et , si on TéTeillait poai lui demander des conplets , il en produisait de charmans , comme un arbre y dont nons a|(itont les l^ancbes, laisse tomber les fruits mûrs qp^'ù porte dans la saison de sa fécondité. Bacclins et Comns serrent aussi d'ApolJon ànn épicurien qui n'est pas sans ressemblance arec le La Fontaine delà chanson. Snpprimez les bons repas à Désaugiers y tous snpprimeres sa muse: le jour où ley tonneaux de Champagne ou de Bourgogne seraient réduits pour elle à la lie , tous la Terriez sortir de *la maison de son bote comme les «mis et la conrtisane infidèle dont parle Honce. Le vin ne fait pas ainsi le génie de Bé^
r; coBTÎTe délicat , il s^kumeete à petits coups * et ne trouye pas tes yen à force de rasades.
Quand Béranger chante sur le ton de Panard , yous ne yo^ point en lui cet abandon de riyresse , qui est une espèce de muse pour quelques hommes; mais sa franche gaieté éclate sous la direction cachée d^une raison qui ne sommeille jamais. Cette raison habite plas haut que celle de Panard ; rhorison des idées s'est beaucoup détendu deyant elle ; et ses tableaux tiennent de la grandeur des sujets dont ils nous représentent Timage. Ainsi, deux seuls couplets de la chanson intitolée le Nouveau Diogène suffisent pour BOUS apprendre que la Liberté est yenne yisiter la France , et qn*il existe un congrès de rois , qui , au lieu de se faire représenter par des ministres , ont yoiilu régler eux-mêmes les destinées de PEurope. Puisque j*ai prononcé le nom de Diogène , je ne dois pas taire que j'ai cru yoir en notre Béranger quelque ohose de ce philosophe orgueilleux de sa panyreté indépendante , et occupé pendant toute •a yie à regarder dans le cœur de l'homme. Aussi les plus fortes saillies de Béranger sont
* On trouT* danileiecond t'olumeune chanson qni a pour titre t les Petits Coups. C'est tout un Code de philosophie i la manière d'Ho-
eneore des peintures de aiottit. BtM«e bo»hn on pent compter le Sénateur , qù déndn le finmt de Napolton IvMnêdie , an tcMpt ée •et pln« grands enbarras.
Toutefois , la gaieté de Bénager rfiwMu au comique de MoUère , sottrent tièi séiiaia quand il nous fait rire de nous-mêmes et dm autres : msis , comme le contemplateur , il a pensé au peuple et à tant de gens comme il hent j qui sont peuple aumi. Le Petit Somme Gris , la Mère ÀTCugle , le Toisin, sont deslar» ces qu^il donne apiis de bonnes eomédies. Le rigorisme y a repris des traits qui ne sont pas exempts de quelque licence : mais lacomr de Louis Xt y a permis à Molière bien des oboses que notre pruderie de nouTcUe date repou*serait aujourd'hui, sans qu'on p^ inlérer justement de ces scrupules , que nos mneuin fussent préférables à celles de nos devanciers. Disons cependant à Bérangcr quHl ne lui ait presque plus permis de fsire des couplets gri- Tois ou des cbsnsons de table , à moins qu'il ne les tèserre pour cbasser quelque malsdie noire dont un ami se trourerait attaqué. Mou lui passerons encore quelques boutades, pourm qu'elles s&ient des remèdes efieaces , comme la gaietéde ce Carlin de ia comédie italienne qui guérissait du spleen.
Bémager laisaerait cnceie un nom , même quand il ne serait que le rival des Panard et des Gollé^ nmôs il yaplna tnkâqu'wia
▼iij de cet ancien caveau , si bien surnommé PÀcadémio du plaisir par M. Etienne. Béranranger est un poète choisi pour ressusciter Pode grecque et rétablir Pantiiiue accord du ■chant ayec la langue des dieux. Il est Tenu jrendre populaires, par le secours de la musi^e j des compositions qui auraient pu rester renfermées dans le cercle étroit des premières classes de la société. Sous ce rapport , Béranger a rendu un service à la littérature , à la poésie , à la raison , et beaucoup fait pour sa gloire. Les noms qui passent ila postérité par Fentremise d^un peuple ne meurent
£n revenant aux exemples des anciens, Béranger ne porte aucune entrave , il a même poussé plus loin qu'eux la liberté de prendre tous les tons, soit pour éviter Puniformité , •oit pour mieux représenter la nature dans laquelle une scène da eenreleplus élevé touche à une scène familière. C'est ainsi que vous lirex POpinion et la Complainte de ces demoiselles , auprès de Pode intilulée Mon Ame , qui ressemble à un hymne de Sijnonide. Ici la raison elle-même ordonne de pardonner des choses dont la pudeur s'alarme , parce que sans elle la littérature manquerait de Pnne des plus utiles censures d'un grand scandale qui devait être puni par un poète citoyen. Observons que le ton plaisant pouvait seul permettre les libertés dont le
•Bjef «fait besoin pour produire Teffet dénré.Ia]eçoo était sanglante , et cependant eue ne pniit pas odieuse comme certains ^ts d'Aristophane, parce que la satire de oéranger ressemble à celle de La Fontaine : en effet, on sent de la bonhomie jusque dans •e» plus grandes colères.
Au reste, si l'on pourait en Touloir un moment à Béranger , on ne lui garderait pas long-temps rancune , en Toyant combien les affections douces et tendres dominent dans •et compositions. Si j'ouTrc Anacréon , je trouTe un bomme occupé de lui seul , qui ne pense qu'à sa coupe ou à sa maîtresse. Il y * tonjonrs un ami en tiers dans les plaisirs defiéranger^ramilié est sans cesse auprès de lui pour recevoir ces confidences de l'a- ■oiir qui ont tant de prix pour les cœurs sennbles. Qu'un ami de Béranger tombe dans le ■ttlbeur , il obtiendra du poète des tributs que k puissance et la richesse essaieraient «» nin de payer an poids de l'or et des honnenrs. Je n'ai jamais flatté qu? l'infortune, «* ^ devise de Béranger : il ignore surtout vraiment on supprime l'éloge de Gallus.
^ élégantes compositions , les vers polis d'Horace , les brillantes descriptions de Pro- P^^Wy les tendres supplications de Tibulle , ftOBs inspirent fort peu d'intérêt pour les "BBnes dont ils ont porté les chaînes : per- "Xffie n'enTÎe le sort des amaua de Pjrrha ,
de Ciothie et de Némésii ; mais la Lisette de Béranger, simple, tendre, sensible et pourtant friponne , a nn charme particalier : on croit an bonheur de son poète. Et puis comme il lui parie d'amour ! Tantôt c'est l'ac* cent de Pamy qui intite Éléonore à Tenir habiter les champs ; tantôt c'est le ton de Toi taire, dans l'épître des Tu et des Tous; ailleurs , on dirait de Chaulien devenu plus sensible , mêlant la gaieté d'un conyire heur reux à des souTenin politiques , et baissant ensuite humblement la tète sons le jong présenté par sa maîtresse. Ce dernier trait rappelle la chanson qui a pour titre la République } chanson pleine de grâce et d'originalité , qui contient , sous des formes légères , des allusions aux plus grands éTénemens du siècle.
Par une ^certaine habitude de mélancolie qui fait le charme de son talent , Péranger aime à devancer le cours des ans et à jeter ses regards au-delà des bornes de sa rie. Ce retour triste et doux sur un passé qui est encore du présent lui a inspiré le Bon Vieillard , la plus pure peut-être de ses compositions. Les sourenirs , les sentimens , les espérances , les délicatesses du cœur, l'amour sacré de la patrie , font de cette ode une pièce achevée , dont il n'y a de modèle ni dans l'antiquité ni chei les modernes : on ne peut la lire sans répandre des larmes. A
TtMtmfle de Tlbnlk, Pany • mtemap» Iw tniiporto «l*iiiie patsioB fortaaée pov ekt»teris Mort^ Bénuger ,»ob moiiu Umekaat, «ircMC en quelque sorte see deniirM toIchh tétà M MttticMe. Encore jenneet jolie, il en fnt vne Iwnne ?ieille qni pleure ton «m. L'esprit adopte avec plaisir cette fiction at> tendmMnte; mais comBe l'intérêt t'élère et •ovt da ceide étroit dea choaea penonndDlety quand le poète termine aet adieux en iepeik> tant notre pensée sur les nudlienrs de la patrie et l'espérance de l'immortalité I
Béranger n'affecte pas tel on td état de l'aaM ponr complaire à son talent. Il cède à ses impressions, et ses onvrsges en portent l'empreinte. Triste aajonrdlini , il fait une ode élégtaqne , comme celle d'Horace sut la mort de Quintilins ; demain le ciel sourit , son imagination prend les riantes couleurs de rhorisou et enÂinte des réres de bonheur, AJkws il iuTente, il compose, il écrit à la manière des Grecs sans penser à imiter personne. Que sont les sonkaita Unt rantés d'Ànaeiéon na^ès de In ebanson du Petit Oiseau , on le aonrire est toujoura près des larmes r Ccat le même genre de mérite qui donne tant depdac à l'ÀTcugle de Bagnolet , le Bélisaire de In cbnmnon. On retrouve encore la teinte dNuM donoe nensibilité dans la ebanson si soginale dea Étcôlesqni filent et dans la pièce mtotnién Un Inaipe , l*nn des éloges les plu»
keurcux et les plus délicats que le talent ait jamais inspirés au talent. Mais Béranger ne ckante pas long-temps sur le même ton j tout à coup il nous réveille par de piquantes peintures de mœurs , par des portraits ressemblant qui étincellent de Terre, de raison et de gaieté , témoin le Marquis de Garabas qui a couru toute la France , le Prince de Nararre et le, Yilain , auxquels il oppose la Tivandière , création neuve et propre à éterniser de race en race le souvenir de la gloire des armes françaises.
Béranger diffère de tous ceux qui Tout précédé ; ses pltdsanteries sont des choses sérieuses , et présentent parfois des traits sublimes sous une forme familière qui les grave dans le cœur du peuple. Cet artifice de cacher de grandes pensées sous un langage plaisant et simple fait le mérite de la chanson du Roi dTvetot , qui était encore une action méritoire. L'Europe était muette devantNapoléon à la tète d^un million de soldats { un simple citoyen sans appui, caché dans Pombre d^in bureau , où il occupait une place nécessaire à son existence , osa faire , dans un apologue chantant , la censure du règne entier d'un conquérant.
Quelquefois Béranger sort de son siècle , et c'est pour nous offrir dans une pièce vraiment lyrique l'image de Louis XI , semblable à un pâle fantôme, et cherchant à retrouver un sourire dans le spectacle du bonheur des
xiJJ yilLigeoû. Cette chanfon où plutôt cette ode , d'oae forme et d'un ton inconnus arant Bèranger ^ commence ainsi :
Heareaz rillageois , dansons :
Stutei, fillettes Et garçons.
Unissez tos joyeax sons.
Musettes et chansons I
À ce couplet , qui rerient sans cesse comme un lefrain, succèdent ces admirables traits :
Notre vieux roi, caché dans ce» tourelles, Louis, dont nous parlons tout bas.
Veut essayer, au temps des fleurs nouvelles. S'il peut sourire a nos ébits.
Quand sur nos bords on ri t , on cbanle, on aime,
Loubse retient prisonnier.
Il craint les grands, et le peuple et[Dien même ;
Il craint surtout son héritier!
Malgré nos chants , il se trouble, il frissonne ; '
L'horloge a causé sou effroi.
Ainsi toujours , il prend l'heure qui sonne Pour un signal de son béfroi.
Je demande si le Tibère de Tacite est mieux peint et surtout mieux puni que le Louis XI àeBénngeT^ je demande si jamais personne a conçu nn tableau plus effirayant et plus habilement contrasté. C'est ici qu'il faut remarquer que Béranger fait entrer tons les genres dans la chanson , comme la Fontaine les a tons introduits dans la fable. 11 excelle surt<mt à trouver un cadre , à inrenter une actioa où il jette ses personnages d'une manière
drouitiqae. Le plus toweat il te met laiméme en scène, et cette souTelleieiteiBblaDce arec le fabuliste ne lai réussit pas moins qu'au bonhomme. Le moi , si déplaisant de sa nature , le moi , qui impatiente quelquefois jusque dans Montaigne , malgré la grâce et Pabandon de sa causerie philosophique , nous plaît tlans La Fontaine et dans Béranger. Pourquoi faisons-nous en leur faveur cette exception à une règle générale et défendue par la susceptibilité de notre amoui^propre ? Parée que leur moi nous paraît exempt d'égoïsme , d'amertume et de vanité : les confidences de ce moi si aimable dans leurs bouches sont de nsÏTes révélations du cœur humain.
Totttesles aifections légitimes, tonales sentimens généreux , le respect des lois, Thumanité, la tjoléçance , la philosophie, la croyance d'un Être suprême , les siàdimes épreuves deTame, éclatent dans les vers de Béranger, comme elles régnent dans son cœur, mais une passion ardente paraît y dominer, c'est Tamour de la patrie. Cette passion est sa premier re muse; elle entre dans toutes ses compositions , «n se prêtant à toutes les métamorphoses que le sujet demande. Gomment ne pas se sentir ému des adieux à la gloire de la France , exprimés dans la pièce qui a pour titre : Plus de politique ? Yit-on jamais de détour plus ingénieux que celui de poète ? 11 a Pair d'abjurer la politique aux genoux de sa maHresse ;
et a« oetM de VtattMeUaiir dei grudemt, 4ea ezyloiU et de» i^tn de notre peje. l*nieiv dcUpatne reepire avec tout oe que le i^giet dWe e^exmtiiMi eradle peut / ^Hter de tonrheat, eoit deae la chaaMB de PEiilé, toit dflu mile du CWunp d^eeUe. La première excite de douces lame» j la eecende fait ]»attre le oonir , et le pénètre de eette adaiiratioii que noua eauaent le souTeaû des graaàre choMé et les lumtee inipiffatioBe. Mait U fallait qaHine rérolulioa eât lieu, qa'oa empire lit créé , qne la France deriat la maitreete da coatineat, qa'cUe tombât da £^te de U gloife, q«o qaàqnee-uns de aet défiBattarf te viaieat coadaâiaét à l'exil , que des StutK féene allaeteot demander asile à d«e Mav#» fet ^ p9W que cette composition pât exister. C'est bien là le cas de iéte : « Que de ohosM dans nne chanson ! >i
Une antre ode du poète national commence pax cette inyocatûm qne Ton ne ttonve dans ancnn poète d'Athènes , déchue dn sceptre de la Crrèoe, auia grande encore par le génie, Péfoqnence et les arts.
Reine dn monde, 6 France, ô ma patrie!
Soolève enfin ton front deslrisc.
Sans qa'à te* yeux Wnr cloire aa soit flétrie » De tes enfans l*étendsra s'est brUé.
Quand la fortune ontnecait leur raillance , Qnnad ém tes mah» tombait ton sceptre d*or , Tes nnaemis disaient encor t BonneiMr sas enfans de la France.
Le Cinq Mai me paraît lue dhanson de génie : elle honore le talent et le oosar du poète. Rien de plus heureusement iuTenté que Pop^ position de ce grand débris delà fortune , SO' îitaire et mourant sur le rocher de Sainte- Hélène, avec un pauTre soldat qui rererra du moins la France, où la main d^un fils lui fermera les yeux ^ mais ce qu'il faut surtout louer dans le poète, c^est que son tribut de regrets à un homme extraordinaire et tombé de si haut derienne à tout moment le sujet d'un chant pour la patrie.
Dans une autre ode quelquefois sublime , le poète , parlant à son ame prête à partir pour le séjour de l'immortalité , chante encore la gloire de la France dont il va rejoindre les héros. Quelle haute inspiration dans cette strophe!
Cherches au-dessus des orages Tant de gaerrten morts à propos , Qni , se dérobant aux outrages , Ont au Ciel porté leurs drapeaux.
Pour coDiarer la foudre qu'on irrite , Unisses-vons à tous ces demi-dieux :
Ah ! sans regret, mon ame, partes vite t En souriant, remontes dans les cieux.
On trouTe aussi dans la Sainte-Alliance des peuples un hommage à la France et à toutes les familles du genre humain , que le poète ▼eut réconcilier aux accords de sa lyre , et rallier au nom de cette paix universelle , le réye d'une belle ame. Ni l'antiquité ni les
y jiÉii|a'â BoftM éfqfi9f jm ûnoercir eeCM eréatioii, fû «^fvtkal tMt entièrt k des Méetetà éeBérémtaBm (hio ordbe novreaii doit le ■omte. L'avten fait daioeAdie la Pftix ttir k tem ftmx têfth» •âUer «tK peuple! le trmité d*mt étenMil» «ûtié. Après de êMfin TèfliàdaiM stries mmmt qne U gacfre cinse à rfcvauuntëyla ddees» s'exprne «iasi :
tf Om, libre enfin , que le nonde respire i Sot le passé ieles nn roile épais.
Semés vos chsmpt eux accords de mtt \jié t L'eaeeBs des arts doit briller pour la Pals. L'espoir riaot, au seio de l'abondaBcs, Accueillera les doux fruits de lliymea i FiBoples , formes ane Sainte- Alliaace« Et donne^^oos la main.
Aiasi parlait cette vin^e adores , ^
Et plas d'an' roi répétait ses discours : Comme an printemps la terre était parée ; L'antomue eu flenrs rappelait les amoars. Pour t'étraacer, coules, bons vins de Fnoscst De sa froatiere il reprend le chemin.
Peuples formons nne Sainte» Alliance, Et donnons-nous la main.
Teleat BéraB^, td e«t le poète dont jesMgeiii «lepve lon^teaipa à «aractéiiaer lés pnH daetions : sa réputation n'aTait pasteeta de ■abaeecmre 9 ■Mae il était pent«étie utile de «|Mler il'attantiendee assis delalittéralaie sa hammM qwi e^eet oizrert ueionteiioaTettef •a éeriTain imdépeBdnt de tc*vt antre jovg
xvuj que eelui de la raison; original sans étrun- geté } éminoament Français sans être Pimitatenr d'aacun écrivain de son pays, rempli d'inspirations heureuses qu'il féconde par la méditation , et faisant dâficilement des yers faciles. J'ai encore voulu rappeler aux écrivains, par l'exemple de Béranger, qu'il faut absolument être de son siècle pour obtenir des succès durables et populaires, et que von* loîr faire reculer la raison humaine par des productions marquées au cachet des temps , des erreurs et des préjugés qui ont péri sans retour, serait compromettre toutes les nobles espérances du talent. Les jeunes poètes pourront encore apprendre, dans Béranger,que le défaut de variété nuit à nos odes, à toutes nos pièces du genre sublime ou sérieux ; une fois élevés dans les airs , nous y voulons toujours rester, et les yeux se fatiguent à nous suivre. Semblables au cygne d'ismène, nous ne savons pas descendre du ciel ; nous semblbns oublier qu'Horace , qui s'élève parfois aussi haut que Pindare , sait abaisser son vol, et ne paraît que plus grand, lorsque, avec une modestie pleine de grâce , il se compare à l'abeille errante parmi les fleurs des bosquets de Tivoli.
Uniquement occupé de considérations littéraires , n'ayant voulu encourir aucune censure , réveiller aucune passion , ni blesser
deneiii un certain nombre de cbanioiii de Bénnger , qai auraient pn donner lieu à peignes remarques utiles peutrétre. Il nous suffit d'ayoir essayé de peindre un des premiers poètes de notre épocpie. La critiq[ue nous demandera si ce poète est sans reproches ? Non , sans doute ; mais ses défauts ne sont pas de nature à derenir contagieux , taudis que ses beautés peuvent enproduire d^autres, etféconderlegéniede ses successeurs. Rien ne nous ordonne d^sgir STCC un écrivain naturel et yrai, comme enrers un brillant corrupteur du goût et du bon sens. Dispensons-nous donc du soin de remarquer dans Béranger des tacbes que la critique n'aura pas manqué de découvrir avec ses yeux de lynx, plus habile à voir les fautes que les perfections, et réser- Tons-nons le droit de répéter en confidence y à Poreille de Famitié , ces conseils du cceur que le talent reçoit toujours avec reconnaissance.