LE CENSEUR
(i8aa.)
Air de la Robe et des Bottes.
On me disait : Il est temps d'être sage j Au Pinde aussi l'on cbange de drapeaux. Tentez la gloire, et, dans un grand ouvrage. Four le théâtre abdiquez les pipeaux. De mes refrains j'ai repoussé le livre j Mais quand j'invoque etTbalie et sa sœur, Leur voix me crie : Ah! que Dieu nous délivre, Nous délivre au moins du censeur !
La liberté, nourrice du génie,
Voit les beaux-arts pleurant sur son cercueil.
Qai Ta d'an joug subir rignominie, A de son rers d^ayance éteint Porgneil. Réponds, Corneille, oserais>tn revivre?
Et toi , Molière , admirable penseur?
Non , dite»-you8 , ou que Dieu tous délivre , Tous délivre au moins du censeur !
Tu veux encor ravir le feu céleste , Jeune homme, épris des Mûriers les plusbeauz, Quand la censure , à son rocher funeste , De ton génie a promis les lambeaux !
D'affreux vautours, que leur pAture enivre, Yont mutiler le noble ravisseur.
Fils de Japhet , ah î que Dieu te délivre , Te délivre an moins du censeur !
Avec Thalie , en sstires féconde , Feignons nos grands, leurs valets, leurs rimenrs i Les vils ressorts qui font mouvoir le monde, Et la cour même envenimant nos mœurs.
Délateur, tremble ! en scène il faut me suivre. Jeffirjs ** en vain t'a pris pour assesseur. Quoi ! tu souris ! ah ! que Dieu nous délivre , Nous délivre au moins du censeur !
De Louis onze évo^/ons les victimes.
Que, dévoré d'un sanguinaire ennui ,
* Juge anglais devenu fameax pendant la restauration des Stnarts , et dont le nom est un peu estropié ici par nécessité pour la mesure.
Ce roi bigot pour se «oùler de crimee , Mette ta yierge entre le diable et lui*. Mais , tont sanglans , nos Tristans ** Tont poarsaiTK Ce vœu formé contre un Ucbe oppresseur. Morts , taises^ous! ou ^e Dieu nous déliTre f Nous délivre au moins du censeur !
Je laisse donc Tbalie et Melpomène Pour la chanson , libre en dépit des rois. Sans le régir , j'agrandis mon domaine; D'autres un jour lui traceront des lois. Qu'en républi<iue on puisse j toujours vivre : C'est un état qui n'est pas sans douceur. Pauvre Français , ah ! que Dieu vous déUvre, . Tons délivre au moins du censeur !