‹ Chansons de Béranger (volume 2)Chapitre 95 sur 206 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

^ir du vaudeville de Décence. ^

SoisHDioi fidèle , ô pauvre habit que j'aime !

Ensemble nous devenons vieux.

Depuis dix ans je te brosse moi-même ,

Et Socrate n'eût pas fait mieux.

Quand le sort à ta mince étoffe

livrerait de nouveaux combats , Imite-moi , résiste en philosophe y Mon vieil ami , ne nous séparons pas.

Je me souviens , car j^ai bonne mémoire ,

Du premier jour où je te mis \ C'était ma fête , et , pour comble de gloire ,

Tu fus chanté par mes amis.

Ton indigence , qoi m'honore , Ne m^a point banni de leurs bras :

Tous ils sont prêts à nous fêter encore ;

Mon vieil ami , ne nous séparons pas.

A ton revers j'admire une reprise;

C'est encore un doux souvenir.

Feif^nant un soir de fuir la tendre Lise ,

Je sens ma main se retenir.

On te déchire, et cet outra^

Auprès d'elle enchaîne mes pas.

Lisette a mis deux jours à tant d'ouvrage ; Mon vieil ami , ne nous séparons pas.

T'ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre

Qu'un fat exhale en se mirant ?

M'a-t-on jamais vu dans une antichambre

T'exposer ^ux mépris d'un grand ?

Pour des rubans la France entière

Fut en proie à de longs débats j La fleur des champs brille à ta boutonnière ; Mon vieil ami ne nous séparons pas.

Ne crains plus tant ces jouit de courses vaines ,

Où notre destin fut pareil ; Ces jours mêlés de plaisirs et de peines ,

Mêlés de pluie et de soleil.

Je dois bientôt , il me le semble ,

Mettre pour jamais habit bas.

Attends un peu : nous finirons ensemble ; Mon vieil ami , ùe nous séparons pas.

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