L’AMITIÉ
COUPLETS CHlNTLS K MES AMIS , LE 8 UBCBMBRE 1822, JOI'H AMNIVERSAIKE DE MA CORDAMlTATIOir PAR LA couB d’assises.
Air : Quand des ans la fleur printanitre.
Sur des roses l’Amour sommeiire.
Mait, quand s’obscurcit l'horizon.
Célébrons l* Amitié qui Teille A la porte d’une prison, (bis.)
Tyran aussi , l'Amour nous coûte Des pleurs qu’elle sait arrêter.
Au poids de nos fers il ajoute,
Elle nous aide à les porter.
Sur des roses , etc.'
Dans l'une de nos cent bastilles,
Lorsque. ma Muse emménagea,
A peine on refermait les grilles Que l’Amitié frappait déjà.
- Sur des roses , etc.
Ueureuz qui, libre de ses chaînes Sravant la haine et la pitié ,
Joint au souvenir de ses peines Celui des soins de l’Amitié !
Sur des roses, etc.
Que fait la gloire à qui succombe ?
Amis , renonçons a briller.
Donnons les marbres d’une tombe Pour les plumes d’un oreiller.
Sur des roses , etc.
Sans bruit , ensemble, ô vous que j'aime, Trompons les hivers meurtriers.
On peut braver le temps lui même Quand on a bravé les geôliers.
Sur des roses l'Amour sommeille |
Mais, quand s’obscurcit l’horizon ,
Célébrons rÂmitié qui veille A la porte d’une prison.
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LE CENSEUR
Afa de la Bobe et det bottee,
On me disait : Il est temps d’être sage ;
Au Pinde aussi l’on change de drapeaux.
Tentex la gloire . et , dans un grand ouvrage ,
Pour le tliéâtre abdiquez les pipeaux.
De mes refrains j’ai repoussé le livre;
Mais, quand j’invoque et Tbalic etsa sœur.
Leur voix me crie : Ab I que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur!
La Liberté, nourrice du Génie ,
Voit les Beaux-Arts pleurant sur son cercueil;
Qui va d’un joug subir Fignoniinie A de son vers d’avance éteint l’orgueil.
Béponds, Corneille., oserais-tu revivre?
El toi, Molière, admirable penseur?
Non , dites-vous, ou que Dieu vous délivre.
Vous délivre au moins du censeur!
Tu veux encor ravir le feu céleste,’
Jeune homme , épris des lauriers les plus beaux, .Quand la censure à son rocher funeste De ton génie a pi omia les lambeaux 1
lyalTk'eax TautcMjri, que leur pâtura enivre.
Vont mutiler le noble ravieseur.
Fila de Japet, ahi que Dieu te délivre ,
Te délivre au moins du censeur!
Avec Tbalie , en satires féconde ,
Peignons nos grands, leurs valets, leurs ritneuri; Les vils ressorts qui font mouvoir le monde ,
£t la cour même envenimant nos mœurs.
Délateur, tremble ! en scène il faut me suivre. Jeffirys* en vain t’a pris pour assesseur.
Quoi! tu souris! ah 1 que Dieu nous délivre ,
Nous délivre au moins du censeur I
De Louis onze évoquons les victimes.
Que , dévoré d’pn sanguinaire ennui ,
Ce roi bigot, pour se soûler de crimes.
Mette sa Vierge entre le diable et lui **•
Hais, tout sanglants, nos Tristans vont poursuivre Ce vœu formé contre un lâche oppresseur.
Morts , taisez-vous! ou que Dieu nous délivre , Nous délivre au moins du censeur I
Je laisse donc Tbalie et Melpomène
* Juge anglais devenu fameux pendant la restaura* tion des Stuarts, et dont le nom est un peu estropié ici par nécessité pour la mesure.
•* Louis XI, au dire de quelques historiens, demandait pardon de ses crimes à la bonne Vierge de plomb qu’il portait â son ebapeau.
Pour la chanson, libre en dépit des rois.
Sam le régir, j'agrandis son domaine; D'autres un jour lui traceront des lois.
Qu’en république on puisse y toujours vivre : C’est un état qui n'est pas sans douceur. Pauvres Français , ah! que Dieu vous délivre Vous délivre au moins du censeur !