‹ Chansons de BérangerChapitre 170 sur 307 · L’AMITIÉ · texte numérisé non relu

L’AMITIÉ

COUPLETS CHlNTLS K MES AMIS , LE 8 UBCBMBRE 1822, JOI'H AMNIVERSAIKE DE MA CORDAMlTATIOir PAR LA couB d’assises.

Air : Quand des ans la fleur printanitre.

Sur des roses l’Amour sommeiire.

Mait, quand s’obscurcit l'horizon.

Célébrons l* Amitié qui Teille A la porte d’une prison, (bis.)

Tyran aussi , l'Amour nous coûte Des pleurs qu’elle sait arrêter.

Au poids de nos fers il ajoute,

Elle nous aide à les porter.

Sur des roses , etc.'

Dans l'une de nos cent bastilles,

Lorsque. ma Muse emménagea,

A peine on refermait les grilles Que l’Amitié frappait déjà.

- Sur des roses , etc.

Ueureuz qui, libre de ses chaînes Sravant la haine et la pitié ,

Joint au souvenir de ses peines Celui des soins de l’Amitié !

Sur des roses, etc.

Que fait la gloire à qui succombe ?

Amis , renonçons a briller.

Donnons les marbres d’une tombe Pour les plumes d’un oreiller.

Sur des roses , etc.

Sans bruit , ensemble, ô vous que j'aime, Trompons les hivers meurtriers.

On peut braver le temps lui même Quand on a bravé les geôliers.

Sur des roses l'Amour sommeille |

Mais, quand s’obscurcit l’horizon ,

Célébrons rÂmitié qui veille A la porte d’une prison.

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LE CENSEUR

Afa de la Bobe et det bottee,

On me disait : Il est temps d’être sage ;

Au Pinde aussi l’on change de drapeaux.

Tentex la gloire . et , dans un grand ouvrage ,

Pour le tliéâtre abdiquez les pipeaux.

De mes refrains j’ai repoussé le livre;

Mais, quand j’invoque et Tbalic etsa sœur.

Leur voix me crie : Ab I que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur!

La Liberté, nourrice du Génie ,

Voit les Beaux-Arts pleurant sur son cercueil;

Qui va d’un joug subir Fignoniinie A de son vers d’avance éteint l’orgueil.

Béponds, Corneille., oserais-tu revivre?

El toi, Molière, admirable penseur?

Non , dites-vous, ou que Dieu vous délivre.

Vous délivre au moins du censeur!

Tu veux encor ravir le feu céleste,’

Jeune homme , épris des lauriers les plus beaux, .Quand la censure à son rocher funeste De ton génie a pi omia les lambeaux 1

lyalTk'eax TautcMjri, que leur pâtura enivre.

Vont mutiler le noble ravieseur.

Fila de Japet, ahi que Dieu te délivre ,

Te délivre au moins du censeur!

Avec Tbalie , en satires féconde ,

Peignons nos grands, leurs valets, leurs ritneuri; Les vils ressorts qui font mouvoir le monde ,

£t la cour même envenimant nos mœurs.

Délateur, tremble ! en scène il faut me suivre. Jeffirys* en vain t’a pris pour assesseur.

Quoi! tu souris! ah 1 que Dieu nous délivre ,

Nous délivre au moins du censeur I

De Louis onze évoquons les victimes.

Que , dévoré d’pn sanguinaire ennui ,

Ce roi bigot, pour se soûler de crimes.

Mette sa Vierge entre le diable et lui **•

Hais, tout sanglants, nos Tristans vont poursuivre Ce vœu formé contre un lâche oppresseur.

Morts , taisez-vous! ou que Dieu nous délivre , Nous délivre au moins du censeur I

Je laisse donc Tbalie et Melpomène

* Juge anglais devenu fameux pendant la restaura* tion des Stuarts, et dont le nom est un peu estropié ici par nécessité pour la mesure.

•* Louis XI, au dire de quelques historiens, demandait pardon de ses crimes à la bonne Vierge de plomb qu’il portait â son ebapeau.

Pour la chanson, libre en dépit des rois.

Sam le régir, j'agrandis son domaine; D'autres un jour lui traceront des lois.

Qu’en république on puisse y toujours vivre : C’est un état qui n'est pas sans douceur. Pauvres Français , ah! que Dieu vous délivre Vous délivre au moins du censeur !

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