‹ Chansons de BérangerChapitre 206 sur 307 · LE GRENIER · texte numérisé non relu

LE GRENIER

Air du carnaval de MeUeonnier,

Je viens revoir l’asile où ma jeunesse De la misère a subi les leçons.

J’avais vingt ans , une folle maîtresse ,

De franrs amis et l’amour des chansons.

Bravant le monde et les sols et les sages ,

Sans avenir, riche de mon printemps.

Leste et jo,veux , je montais six étages.

Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans I

C’est un grenier, point ne veux qu’on l’ignore.

La fut mon lit , bien chétif et bien dur;

Là fut ma table; et je retrouve encore Trois pieds d’un vers charbonnés .sur le mur; Apparaissez, plaisirs de mon bel âge.

Que d'un coup d’aile a fustigés le Temps.

Vingt fuis pour vous j’ai mis ma montre en gage, Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans!

Lisette ici doit surtout apparaître.

Vire , jolie , avec un frais chapeau :

Déjà sa main à l'étroite fenêtre Suspend son chàlc, en guise de rideau.

Sa robe aussi va parer ma couchette ;

Respecte , Âmour , se» plis lon^s et floltnnts.

J’ai su depuis qui pavait sa toilette.

Dans un grenier qil'on est bien à vingt ans!

A table un jour, jour de grande richesse.

De mes amis les voix brillaient en chœur.

Quand jusqu^ici monte un cri d'allégresse :

A Marengo Bonaparte est vainqueur!

Le canon gronde; un autre chant commence Nous célébrons tant de faits éclatants.

Les rois jamais n'envahiront la France.

Dans un grenier qu’on est bien à vingt ansl

Quittons ce toit où ma raison s’enivre.

Oh! qu’ils sont loin ces jours si regrettés! J’échangerais ce qu'il me reste à vivre Contre un des nioisqu’ici Dieu m’a comptés.

Pour rêver gloire, amour, plaisir, folie.

Pour dépenser sa vie en peu d'instants.

D’un long espoir pour la voir embellie ,

Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans!

Ci»a ■»»»»»« B »o»a

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