L’IN-OCTAVO ET L’IN-TRENTE-DEUX
PnÉFAC.E DB I.'bOITION IN-OCTIVO OB 1828.
ÂiR du Carnaval,
Quoi ! mes couplets, encore une sottise ! Osez-vous bien paraître in octavo ?
Juge, orilique, et docteur de l'Eglise,
Vont après tous s’ueburner de noureau.
L*in-treiite>deux trompait l’œil du myope. Mais Tos defauts vont être tous sentis :
C'est le ciroii vu dans un microscope.
Mieux vous allait de rester tout petits.
Petits, petits, oui, petits, tout petits.
• Quel Irait d'orgueil! dira la calomnie:
• Ferait-on plus pour des alexandrins?
■ Le cbansoiiiiier vise à l'Académie ,
■ Et veut au Pinde anoblir ses refrains.»
Viser si liaut, malgré cette imposture.
N’est point mon fait , je vous en avertis.
Pour conserver vos lettres de roture.
Mieux vous allait de rester tout petits.
Petits, petits , oui, petits, tout petits.
Je vois deiix sots rendus à leur province: «Messieurs, dit l'un , sifflons le troubadour.
■ U veut des croix , et , pour l'oITrir au prince,
■ A sou recueil a mis l'babit de cour.
»Le roi , dit l’autre , a daigné lui sourire ,
■ Même a trouvé scs vers assex gentils. »
Voyez du roi ce que vous ferez dire I Mieux vous allait de rester tout petits.
Petits, petits, oui, petits , tout petits.
L’humble format sut plaire à celte classe Sur qui les arts sèment trop peu de fleurs;
11 se fourrait jusque dans la besace De riudigent dont il séchait les pleurs.
A la guinguette iiislruiaant ces recrues,
D'obscurs lauriers j’ai fuit large abatis.
Pour reiicofitrer la gloire au coin des rues,
Mieux TOUS allait de rester tout petits.
Petits , petits, oui, petits, tout petits.
Je dois trembler ; car moi , qui suis propiiète ,
Je vois de loin l'oubli fondre sur vous.
De tant dVcItos dont la voix vous répète ,
L'un meurt, puis l’autre, et puis cent, et puis tous. Déjà mon front sent glisser sa couronne;
Comme les miens vos keauxjours sont partis. Pour disparaître au premier vent d’automne , Mieux TOUS allait de rester tout petits ,
Petits , petits, oui , petits , tout petits.
COUPLETS
SUtt ON raKTSNOU POBTKAIT bR MOI MIS EN TÊTE ü'ONI ÉUITION l>E UEb LIUNSO.NS. (1826.)
Air : Ja logt au quatrième étage.
Petit portrait de fantaisie,
Mis en tête de mon recueil.
Penses-tu que par courtoisie Le monde entier te fasse accueil?
Tu peux le parer, si tu l’oses.
D’un laurier modeste et discret:
Tu peux le couronner de roses :
Non , non , lu u’es pas mon portrait.
Jamais je ne me suis fait peindre , Mais qui donc représentes tu ?
Pcut'ëtre un cafard qui sait feindre Jusqu’au charme de la vertu; üii petit saint > pétri de ruse ,
Qu'à Mont-Rouge on encenserait.
La bonne enseigne pour ma Muse !
Non, non , tu n’es pas mon portrait.
Ou serais-tu l’auteur tragique ,
Qui nalcula , rima , lima Maint rôlë bien académique Qu’en vain a réchaulTé Talma?
Quoi 1 parer d’une noble image Mes petits vers de cabaret !
Pour l’alexandrin quel outrage!
Non , non , tu n’es pas mon portrait.
Dans ton masque à mine piucée Esl-ce un vil censeur que je vois ,
Rat de cave de la pensée ,
Qu’il confisque au profit des rois?
J’ai de la fraude en pacotille ,
Qu’à la barrière ou saisirait:
Tu me tiendras lieu d’estampille.
Non , non , tu n’es pas mon portrait.
Mais ta laideur serait la mienne,
Que ta gloire y gagnerait peu.
Crains même qu’un prêtre ne vienne Saintement te livrer au feu,
Dans l'avenir je devrais vivre
Que de toi l’on se passerait:
Je suis bien mieux peint dans ce livre Non, non, tu n’es pas mon portrait.