‹ Chansons de BérangerChapitre 247 sur 307 · LAIDEUR ET BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LAIDEUR ET BEAUTÉ

Aia : C’est a mon maître en l'art de plaire.

Sa trop grande beauté m'obsède ;

C’est un masque aisément trompeur.

Oui, je voudrais qu’elle fût laide.

Mais laide , laide à faire peur.

Belle ainsi faut-il que je l’aime!

Dieu , reprends ce don éclatant;

Je le demande à l’enfer même:

Qu’elle soit laide et que je l’aime autant.

A ces mots m’apparaît le diable :

CVst le père de la laideur.

•RendonS'la, dit-il, effroyable.

• De tes rivaux trompons l’ardeur > J’aime assez ces métamorphoses.

»Ta belle ici vient en chantant:

• Pertes, tombez; fanez-vous , roses •La voilà laide , et tu l'aimes autant.*

Laide I moi ! dit-elle, étonnée.

Elle s’approche d'un miroir,

Doute d’abord, puis, consternée , Tombe en un morne désespoir.

«Pour moi seul tu jurais de vivre , aLui dis- je, à ses pieds me jetant:

• A mon seul amour il te livre.

• Plus laide encor, je t’aimerais autant.*

Ses yeux éteints fondent en larmes, Alors sa douleur m'attendrit.

Abl rendez, rendcz-lui ses charmes.

SoitI répond Satan <|ui sourit.

Ainsi que naît la fraîche aurore,

Sa beauté renaît à l’instant.

Elle est, je crois, plus belle encore; Elle est plus belle , et moi je l’aime autant

Vite, au miroir elle s'assure Qu’on lui rend bien tous ses appas.

Des pleurs restent sur sa figure'.

Qu'elle essuie , en grondant tout bas.

Satan s’envole , et la cruelle

Fuit et s’écrie en tue quittant:

Jamais tille que Dieu fit belle

Ne doit aimer qui peut l’aimer autant.

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