‹ Chansons de BérangerChapitre 253 sur 307 · LES RELIQUES · texte numérisé non relu

LES RELIQUES

Aia: Donnet~vou$ la peina d*ailendre.

D'un saint de paroisse en crédit.

Seul un soir, je baisais 1a châsse.

Digilized by Coogle

Vieut bon vieillard qui ine dit:

VeuX'tu qu*il parle? Obi oui , de grâce Oui , dis-je: et me voilà béant;

Voilà qu’il fait des croix magiques; Voilà le saint sur son séant, ^

Qui dit, d’un ton de mécréant :

■ Dévots, baisex donc mes reliques.

•Baisez, baisez donc mes reliques. »

Il rit, ce squelette incivil,

11 rit à s’en tenir les côtes.

•Depuis huit siècles, poursuit*il,

•Je grille en enfer pour mes fautes ; •Mais un prêtre au nez bourgeonné, ■Pour mieux dtmer sur ses pratiques,

• Par un tour bien imaginé •Fit un saint des os d’un damné.

• Dévots, baises donc mes reliques.

• Baisez, baûez donc mes reliques.

» De mon temps , je fus bateleur,

• Ribaud , fîlou , témoin à gage.

• Puis en grand m’étant fait voleur, •J’eus d’un baron mœurs et langage.

• De leurs châsses, dans mes larcinsj •J’ai dépouillé des basiliques.

• Au feu, j’ai jeté de bons saints.

• Du ciel admirez les desseins.

• Dévots, baisez donc nies reliques. •Baisez, baisex donc mes reliques.

• Baisez, sous ce dais de velours,

• La sainte qu’on prlra dimanche.

«C’est une JuiTe » mes amours «

■ Dont l'œil fut noir et la peau blaitclie.

• Grâce à ses charmes réprouvés,

U Dix prélats sont morts hérétiques {

• Vingt moines sont morts énervés.

•Trouvez mieux si vous le pouvez.

• Dévots, baisez donc scs reliques.

• Baisez, baisez donc ses reliques.

«Prés d’elle est un vieux crâne étroit;

■ Baisez ce saint d’une autre espèce.

•Jadis de larron maladroit

■11 devint bourreau plein d’adresse*

• Nos rcûs, pour se bien divertir,

• I.’occupaient aux fêtes publiques.

•Uélas! je lui dois, sans mentir,

• L'honneur de passer pour martyr.

■ Dévots, baisez donc ses reliques.

■Baisez, baisez donc ses reliques.

■ Sous les noms de pieux patrons ,

■ Ainsi nos corps , mis en spectacle ,

• Font pleuvoir l’argent dans les troncs:

■ C'est là notre plus grand miracle..

■ Mais du diable j’entends le çor.

■ Bonsoir, messieurs les catholiques.»

Il se recouche , et vole encor

Sur l’autel un cfucilix d’or.

Dévots, baisez donc des reliques!

Baisez, baisez donc des reliques I

Page 1