‹ Chansons de BérangerChapitre 256 sur 307 · A MES AMIS, DEVENUS MINISTRES · texte numérisé non relu

A MES AMIS, DEVENUS MINISTRES

■ Aia :

Non, mes amis, non , je ne veux rien être.

Semex ailleurs places, titres et croix.

Non , pour les cours Dieu ne m'a pas fait naître Oiseau craintif , je fuis la glu des rois.

Que me faut-il? maîtresse à Hue taille.

Petit repas et joyeux entretien.

De mon berceau près de bénir la paille.

En me créant Dieu m'a dit : Ne sois rien.

Un sort brillant serait chose importune Pour moi, rimeur, qui ris de temps perdu. M'est-il tombé des miettes de fortune ,

Tout bas je dis : Ce pain ne m’est pas dû.

Quel artisan , pauvre , hélas quoi qu'il fasse ,

N’a plus que moi droit à ce peu de bien?

' Sans trop rougir fouillons dans ma besace.

En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rieii.

Au ciel , un jour^ une extase profonde Vient me ravir , et je regarde en baa.

De là, mon œil confond dans notre monde, Rois et sujets, généraux et soldats*

Un bruit m*arriTo: est>ce un bruit de victoire? On crie un nom, je ne Ten tends pas bien. Grands, dont li>bas je vois ramper 1a gloire En me créant Dieu m^a dit : Ne sois rien.

Saohea pourtant, pilotes du royaume ,

Combien j'admire un homme de vertu ,

Qui , regrettant son hôtel ou son chaume ^ Monte au vaisseau par tous les vents battu.

De loin, ma voix lui crie : Heureux voyage I Priant de cœur pour tout grand citoyen.

Mais au soleil je m’endors sur la plage.

En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien.

Votre tombeau sera pompeux sans doute ; J’aurai , sous l’herbe , une fosse à l’écart.

Un peuple en deuil vous fait cortège en route; Du pauvre , moi, j'attends te corbillard.

En vain on court oà votre étoile tombe; Qu’importe alors votre gîte ou le mien ?

La différence est toujours une tombe.

En me créant Dieu m'a dit : Ne sois rien.

De ce palais souffres donc que je sorte.

A vos grandeurs je devais un salut.

Amis , adieu. J’ai derrière la porte Laissé tantôt mes sabots et mou luth.

Sous ces lambris près de vous accourue,

La Liberté s’ofTre i tous pour loutien.

Je rais chanter les bienfaits dans la rue. En me créant Dieu m*a dit : Ne sois rien.

COLIBRt.

Aid : Garde à vous /

Mes amis,

J’ai soumis

L’enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain Un lutin, (èis.)

Sous forme d’oiseau-mouohe A mon cheret il couche.

Lutin doui et chéri ,

Baisea«moi , Colibri ,

Colibri I (far.)

S'éveillant,

Babillant,

Au jour qui naît et brille ,

Sou petit corps scintille D’émeraude et d’azur Et d’or pur.

Fleur qui cherche sa tige.

Le voilà qui voltige :

L'aurore en a souri.

Baisez>moi , Colibri ,

Colibri.

Je le fois,

A. ma toixv

Voler ter* qui in*implore.

Ses aile* font éclore Ricbe**e , honneur* , amour*

El beaux jour*.

Quelque soif qui m’embrase ,

Il peut remplir le tase Que nia bouche a tari.

Baisex-moi , Colibri,

Colibri I ' ‘

^Jepuistoir Son pouvoir

Franchir Fespace et Fonde ;

Du Pérou, de Golconde M’apporter , dan* no* port*,. Les trésor*.

Mai*, nonv point d’opulence , Quand un peuple en silence Souffre et meurt. *an* abri.

Baiset-nioi , Colibri ,

Colibri!

Je puis voir Son pouvoir

Me donner des couronnes;

De* palais à colonnes,

Des gardes et l’amour D’une co.ur.

Mais, non; j’en sais l’bistoire :

Le monde y à tant de gloire»

De douleur pousse un cr!»

Baitec>moi, Colibri,

Colibri!

Demandong Pour seuls dons f Simple toit, portes closes;

Des chants, du vin, des roses.

Et la paix d'un reclus,

Rien de plus.

Mon paradis s'arrange,

Dieux 1 et l*oiseau se change ■

Kn piquante bouri.

Baisez-moi , Colibri ,

Colibri !

Colibri J Colibri !

a<s<aai9»Bis»eii<»a<i9siQ as su i s sig»s^a#a#e#a

ÉMILE DËBRAUX.

CHXNSOR-PBOSPBCTCS POUR LES OBOTRES DR Cl CUAKSORNrER.

Air : DU-moi, soldat , dis-moi, Ven iouviem-tu ?

Le pauvre Emile a passé comme une ombre. Ombre joyeuse et chère aux bons vivants.

Ses gais refrains vous égalent en nombre ,

Fleurs d’acacia qu'éparpillent les vents. Debraux, dix ans, régna sur la goguette, •

Mit l'orgue en train et les chœurs des faubourgs.

Et roulant» roi » de guinguette en guinguette , Du pauvre peuple il chanta lea amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie,

En étourdi vers le plaisir poussé i Pouffant de rire à voir couler sa vie Comme le vin d*nn tonneau défoncé ;

Sifflant le sot sous les cro|x qu'il découvre»

Ou sur son char le grand mal affermi ;

Sans s'informer par où l’on monte au Louvre , Du pauvre peuple il est i^sté l'ami.

Mais, dites>vous, il avait donc des rentes?

£bl non, messieurs; il logeait au grenier.

Le temps» au bruit des fêtes enivrantes, Bâpait» râpait l'habit du ebansonnier.

Venait l'biver ; le bois manquait à l'âtre;

La vitre , au nord , étincelait de fleurs;

Il grelottait, mais sa muse folâtre Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l'œil des rois on a compté les larmes;

Les yeux du peuple en ont trop pour cela.

La France alors pleurait l’éclat des armes Et les grandeurs dont le cours l'ébranla.

Ta voix , Emile, évoquant notre histoire »

Do cabaret ennoblit les échos.

C’était l'asile où se cachait la gloire.

Le pauvre peuple aime tant les héros I

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse.

Je l'ai conduit où vieux J'irai demain.

Chantant au loin, des buveurs à voix fauMe

Ans noirs pensers m'arrachaient en chemin. C'étaient ses chants que disait leur ivresse , Chants que leurs fils sauront bien rajeunir.

De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allèges l’indigence ;

Biches et grands, achetés ee recueil.

A tant d'esprit passes la négligence:

Abl du talent le besoin est l’écueil.

Ne soyes point ingrat pour nos musettes { Songes aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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