‹ Chansons de BérangerChapitre 258 sur 307 · LES FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

LES FEUX FOLLETS

Aie : Faut l*oublier, disait Colette,

O nuit d'été , paix du village ,

Ciel pur, doux parfums, frais ruisseau.

Vous embeilissiex mon berceau;

Consolez-moi dans un autre âge.

Las du monde , ici je me plais;

Tout y retrace mon enfance.

Oui , tout , jusqu'à ces feux follets.

Jadis leur éclat et leur danse M'auraient fait fuir à pas pressés.

J’ai perdu ma douce ignorance.

Follets, dansez , dansez , dansez.

Dij .‘d by Cîiogli

On racontait aux longues Teilles Qu’ils étaient moqueurs et méchants; Que ces feux gardaient dans nos ebauipi Bien des trésors, bien des merveilles.

Ilevcnants, lutins, noirs esprits, Sorciers .. malignes influences ,

A. tout croire on m’arait appris.

Je Toyois des dragons immenses Sur les donjons des temps passés.

L’âge a soufflé sur mes croyances.

Follets , danses, dansez , dansez.

Uu soir, j’avais dix ans à peine ,

Egaré, couvert de sueur.

Je vois de loin cette lueur:

C’est la lampe de ma marraine.

Chez elle un gâteau m’attendant.

Je cours , je cours , l’éme ravie.

Un berger me crie : ■ Imprudent!

■ La lumière par toi suivie

■ Eclaire un bal de trépassés. >

Ainsi devait s’user ma vie.

Follets, dansez, dansez, dansez.

A seize ans , je vis même flamme Sur la tombe du vieux curé ; '

Soudain m’ccriaut: Je prirai , Monsieur le curé , pour votre âme;

Je m’imagine qu’il me dit :

«Faut il que la beauté te rende «Déjà rêveur, enfant maudit! ■

Ce soir-là, taut ma peur fui grande,

Je crus à des cieox courroucés.

Partez encore et que j’entende.

Follets, dansez, dansez, dansez.

Quand j’aimai Rose au cœnr candide ^ Un peu d'or eût comblé nos vœux.

Devant moi passe un de ces feux :

Vers des trésors qu’il soit mon guide.

J’ose le suivre, mais, hélasi Dans l’étang que ce ruisseau creuse Je tombe , et je ne péris pas!

A-t-il ri de ta chute affreuse ?

Disent encor des insensés.

Non , mais sans moi Rose est heureuse.

Follets, dansez, dansez, dansez.

De mille erreurs l'âme affranchie ,

Me voilà vieux avant le temps.

Vapeurs qui brillez peu d’instants.

Voyez-vous ma tête blanchie?

Des sages m’ont ouvert les yeux t Mais j’admirais bien plus l'aurore Quand je connaissais moins les eieux.

Du savoir le flambeau dévore Les sylphes qui nous ont bercc&

Abl je voudrais vous craindre encore.

Follets, dansez, dansez, dansrx.

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HATONS-NOUS !

(fétribr1851. j

Air: Ahl si madame me voyait f

Ah! si j'étais jeune et raillant.

Vrai hussard , je courrais le monde.

Retroussant ma moustarhe blonde ,

Sous un uniforme brillant.

Le sabre au poing et bataillant.

Va, mon coursier, vole en Pologne :

Arrachons un peuple au trépas.

Que nos poltrons en aient vergogne.

Hâtons-nousi l’honneur est là-bas. (H«.)

Si j'étais jeune , assurément J'aurais maîtresse jeune et belle.

Vile en croupe, mademoiselle;

Imites le beau dévoûment Des femmes de ce peuple aimant.

Vendes vos parures ; oui , toutes.

En charpie emportons vos draps.

De son sang sauves quelques gouttes.

Hâtons-nous I Thonneur est là-bas.

Bien plus, si j’avais des millions.

J’irais dire aux braves Sarmates:

Achetons quelques diplomates, Beaucoup de poudre , et rhabillons

Vos héroïques bataillons. - L'Europe qui marche « béquilles.

Riche goutteuse, ne croit pas A la vertu sous des guenilles.

Hàtons«nous: l'honneur est là-bas.

Pour eux, si j'étais roi puissant, Combien je ferais plus encore !

Mes vaisseaux, du Suiid «u Bosphore, Iraient réveiller Iç croissant,^

Des Suédois réchauffer le sang{

Criant : Pologne, on te seconda!

ün long sceptre au bout d'un bon bras Peut atteindre aux bornes du monde.

Hâtons-nous’, l'honneur est là-bas.

Si j’étais un jour, un seul jour^

Le dieu que la Pologne implore.

Sous ma justice, avant l'aurore, '

Le czar pâlirait dans sa cour :

Aux Polonais tout mon amour 1 Je saurais , trompant les oracles.

De miracles semer leurs pas.

Hélas! il leur faut des miracles] Hâtons-nous { l’honnour est là-bas.

Hâtons-nous! mais je ne puis rien.

O roi des ciëux , entends ma plainte :

Père de la liberté sainte ,

De ce peuple unique soutien ,

Fais de moi son ange gardien.

Dieu , donne à ma voix la trompette

Qui doit réreiller du trépai.

Pour qu'au inonde entier je répète : .

Hâtons-nous ; riioiioeur est là-bas.

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