‹ Chansons de BérangerChapitre 259 sur 307 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

Aie des Trois Couleurs.

Quoi ! tous fuyez, tous, les vainqueurs du monde I Devant Leipzig le sort s'est>il mépris?

Quoi I .tous fuyez! et ce fleuve qui gronde D'un pont qui saute’ emporte les débris !

Soldats , chevaux , pêle-mêle, et les armes, - Tout tombe là : l'Elster roule entravé.

Il roule sourd aux vœux , aux cris , aux larmes :

• Rien qu’une main, {bis) Français, je suis sauvé I •

* Joseph Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne , né en 1776 , servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1806 jusqu’à 1813. Après la bataille de. Leipzig , Napoléon l’éleva au grade de maréchal d’empire, et lui donna le commandement d'un corps de Polonais et de Français, à la tête duquel il fit des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts de l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite , Poniatowski, resté à l’arriére-garde et pressé de toutes parts par les troupes ennemies , rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dange* ,

reusement blessé, il sVo'ie : Dieu m*a confié l*honnsur dss Polonais, je ns le remeUraî qu'à Dieu, fl tente de s'ouvrir un passage à travers le fleuve; mais,

a Rien qu’une main? malbaur a qui l’implore ! nPasaoiit, passons. S’arrêter I et pour qui? ■

épuisé de sang , el entraîné par les flots , il disparaît englouti. Ce n’est que quelques jours après que son corps fut trouvé sur les bords de 1 Ëlster. ^ ^

Celle chanson , celles de Hâtons^nouê , du 14 juillet 1829, et A met omit /es minislras, furent publiées en 1831, au profit du Comité polonais. Elles étaient précédées d’une dédicace au général Lafayette , pré» aident de cp Comité, et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace , trop longue pour être rapportée ici , se trouvaient deux couplets qu’on me saura gré peut-être de donner, parce qu’ils sont un hommage au héros des deux mondes.

Sa vie entière est comme un docte ouvrage ,

Par la vertu transcrit, conçu, dicté.

La gloire y brille : à chaque jour sa page.

Point d’arrata , tout pour la liberté.

De bien longtemps qu’à nos pleurs pieu ne livre , Si plein qu'il soit, le chapitre dernier,

Et qu’un seul mot constate en ce beau livre Que le grand homme aima le chansonnier .

Comme il s’agissait de solliciter des^ secours d'argent pour la Pologne , j'ajoutais, sur l’air de la Sainte- Alliance des peuples:

Le Polonais de son shako civique Ceint votre front , ce Iront que tant de fois Olmutz, Paris, l’Europe et l’Amérique Ont vu si calme intimider les rois.

Lorsque je chante honneur, gloire , soutTrânee^

Si dans les cœurs ma voix trouve un écho.

Pour recueillir l’obole de la France ,

Tendes votre shako.

Pour un Iiéros que le fleure dérore Blessé trois fois, c’est Poniatowski.

Qu’importe ! on fuit. La frayeur rend barbare.

A pas un cœur son cri n’est arrirë.

J)e son coursier le torrent le sépare :

«Rien qu’une main, Français, je suissaurél *

Il ra périr : non : il lutte , il surnage t Il se rattache aux longs crins du coursier.

■ Mourir noyé ! dit-il, lorsqu'au rivage •J’entends le feu , je rois luire l'acier !

•Frères, à moi ! tous vantiez maTaillanoe.

•Je vous cliérist mon sang l'a bien prouvé.

• Ab! qu’il m'eu reste à verser pour la France!

• Rien qu’une main , Français , je suis sauvé I •

Point de secours! et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu!

Mais un doux rêve , une image brillante Daus son esprit descend du sein de Dieu.

• Que vois-je? enfin, l’aigle blanc se réveille,

• Vole , combat, de sang russe abreuvé.

• Un chaut de gloire éclate à mon oreille.

• Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! ■

Point de secours ! il n’est plus, et la rive Voit l’ennemi camper dans ses roseaux.

Ces temps sont loin, mais une voix plaintive Dans l’ombre encore appelle au.fond des eaux.

£t depuis peu ( grand Dieu , fais qu'on me croiel ) Jusques au ciel son cri s’est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renroie :

« Rien qu’une main , Français . je suis aauré I »

C*est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de foie a pour nous combattu.

Elle se noie au sang qui coule d’elle ,

Sang qui s'épuise en gardant sa vertu.

Comme ce chef mort pour notre patrie ,

Corps en lambeaux dans l’EUter retrouvé ,

Au bord du gouffre un peuple entier nous crie :

• Rien qu’une main , Français , je suis sauvé! ■

•ste>sfet8iaos»ais»s»eaBae»sts»»»»»»»e«»»»»»e>e

Page 1