‹ Chansons de BérangerChapitre 265 sur 307 · CINQUANTE ANS · texte numérisé non relu

CINQUANTE ANS

Aia :

Pourquoi ees fleurs? est-ce ma fête?

Non : ce bouquet vient m’annoncer

Qu'un demi-siècle sur nia tête Achève aujourd'hui de passer.

O combien nos jours sont rapides!

O combien j’ai perdu d'instants !

O combien je me sens de rides!

Hélas ] bélasl j'ai cinquante ans.

A cet âge, tout nous échappe:

Le fruit meurt sur l'arbre jauni.

Mais à ma porte quelqu’un frappe ; N’ouvrons point : mon rôle est fiiii. C'est , je gage , un docteur qui jette Sa carte où s’est logé le Temps.

Jadis, j’aurais dit: C'est Lisette.

Hélas! hélas I j’ai cinquante ans.

Vn maux cuisants vieillesse abonde:

C’est la goutte qui nous meurtrit;

La cécité , prison profonde ;

La surdité dont chacun rit.

Puis la raison, lampe qui baisse,

N’a plus que des feux treinblotunls.

Enfauts, honorex la vieillesse!

Hélas ! bêlas I j’ai cinquante alis.

r.iell j'entends la Mort qui , joyeuse , Arrive en se frottant les mains.

A ma porte la fossoyeiise

Frappe ; adieu , messieurs les humains*

En bas, guerre, famine et peste;

En haut, plus d’astres éclatants.

Ouvrons, tandis que Dieu me reste»

Hélas 1 bêlas! j’ai çiiiquante ans.

Mais non! c’est tous! tous, jeune amie! Sœui- de cLiirité des Amours !

Vous tire* mon nine endormie Du cauchemar des maurais jours.

Semant les roses de Tolre âge Partout, comme fait le printemps ,

Parfumez les rêves d'un sage.

Hélas , hélas! j'ai cinquante ans.

COUPLETS

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Air : Tendre$ éeho$, trranti dans ee$ vatlom.

Quoi I vos échos redisent nos chansons t Bons Mauiiciens , ils sont Français cticorê !

A travers ilôts , tempêtes et moussons ,

Leur voix me vient d'où vient pour nousl'aurore De tant d'échos résonnant jusqu’à nous ,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Mes chants joyeux de jeunesse et d’amour Ont donc aussi fait un si long voyage !

Loin de vos bords leur bruit vole à son tour,

Et me revient quand je suis vieux et sage.

De tant d'échos , etc.

Ou m’a conté qu'au b'ôtd du Gange assis,

Des exilés , gais eiiJf^nU de la Seine ,

A mes chantons , là, berçaient leurs soucis. Qu’ainsi ma Muse endorme votre peine !

De tant d'échos , etc.

Si mes chansons vont encor voyager, Accucillez-les , ces folles hirondelles ,

Comme un bon fils reçoit le messager gui d‘ une mère apporte des nouvelles.

De tant d’échos, etc.

Voui*mëme aussi célébrez vos amours.

Dieu permettra que nos voix se conrondent ;

Mais en français , frères , chantez toujours ,

Tour que toujours nos échos se répondent.

De tant d’échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

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