‹ Chansons de BérangerChapitre 279 sur 307 · LES ÉCHOS · texte numérisé non relu

LES ÉCHOS

Air :

On pèche au ciel, et c'est un fait notoire Que les échos sont tous des esprits purs,

Pour leurs péchés tombés en purgatoire Dans nos vallons, dans nos bois, dans nos muiR{ Tant qu'ici-bas dure leur pénitence,

Tout cri, tout mot est répété par eu:r.

C'est leur supplice ; il est cruel en France.

Les échos sont trop malheureux.

Plusieurs d’entre eux, délivrés de nos fanges, Pauvres forçats, par d’autres remplacés.

Rentrés au ciel, à leurs frères les anges Parlaient ainsi de leurs tourments passés : «Dans ses salons, ses cafés, ses écoles,

«Pour nous Paris est surtout bien alfreux :

»A tous les vents il y pleut des paroles «Les échos sont trop malheureux. «

L’un d’eux ajoute : • A l’Institut, mes frères,

B J’eus pour prison des murs retenlissans.

• Doctes concours , spectacles littéraires

• M’ennaient sans fin de mots vides de sens.

B Réglant science, art, vers, morale, histoire, sLà, que de nains , au^ cerveau plat et creux , «Prenaient ma voix pour trompette de gloire!

B Les échos sont trop malheureux, b

« Moi, dit l’écho du palais de justice,

B J’eus part forcée à d'absurdes arrêts.

« Des becs retors et martyr et complice,

B Que de cliens j’ai ruinés en frais 1 B Des gens du roi j’allongeais l’éloquence «Plus d’un haut rang iU étaient désireux,

«Plu* leur faconde elFroyaît l’innocence.

• Les écho* sont trop malheureux. »

Un autre dit : « Dan* une basilique , a Près de la chaire, hélasi je fus logé, a Des sermonneurs ferai-je la critique » Et de la foi de messieurs du elergé ?

«Tous en bâillant de Dieu chantaient la gloire, «Tou* sur l’enfer brodaient pour le* peureux; a£t l’orgue seul au Très-Haut semblait croire, s Le* échos sont trop malheureux. «

«Palais-Bourbon, j’ai subi tcsséancesi »

S’écrie enliii de tous le plusfpuiii;

«De la tribune, écueil des consciences,

»Dn Blanuel serait encor banni.

«Paixl disait-on, quand venait me surprendre, s Dans cent discours, quelque mot généreux; a Echo, paix donc 1 le* rois vont nous entendre. «Les échos sont trop malheureux, a

«À bas la loi qui de nous, pauvres anges, a Fait les échos d’un peuple de bavardai « Clament en chœur les célestes phalange* : a L’art de parler est le plus sot des arts.

«Nos remplaçants, déjà las du martyre,

«Se croient en butte aux esprits ténébreux; «Tous ont crié : De l’enfer Dieu nous tire J a Les écho* sont trop malheureux. »

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