‹ Chansons de BérangerChapitre 4 sur 307 · I.B CBBSaOB · texte numérisé non relu

I.B CBBSaOB

Tant pis pour TOUS, monsieur. Au fait, de quoi se mêlent les faiseurs de chansons? Vous en pouvez convenir avec moins de peine qu'un autre, les chansonniers sont en littérature ce que les ménétriers sont en musique.

COLté.

Je l'ai dit cent fois avant vous; mais convenez , à votre tour , qu’il en est quelques-uns qui ne jouent pas du violon pour tout le monde. Plusieurs uc seraient pas indignes de faire partie de la musique dont le grand Condé SC servait pour ouvrîrla tranchée *, et tous deviennent utiles lorsqu'il s'agit de faire célébrer au peuple des triomphes dont sans I

eux, fort souvent , il ne sentirait que le poids.

LE CBXSKna. (

Je n’ai point oublié la jolie chanson du Port- I Mahon. Monsieur Collé , ce n’est pas à vous qu’on reprochera Vanglomanie ; mais cela ne sufiit pas. '

Pourquoi , par exemple , vous être fait l’apdtre de certaines idées, de certains principesd'indépcndancc qu'il vaudrait mieux combattre ?

coi.r.à. ...

J’entends de quelles idées vous voulez parler.

* Le grand Condé ouvrit la tranchée devant Lérida au son des violons et des hautbois.

30 PRÉFACE

Combattre ces idées, mousieur ! il n’y aurait pas plus de mérite à cela qu'à faire, eu Prusse, des épi* grammes coiilie les capucins. Ne troiirez-vous pas même que la plupart de ceuxqui attaquent cesidées, qui peuUêtre au fond sont les vôtres, ressemblent à des aveugles qui voudraient casser les réverbères ?

LB CBNBBUB.

Je suis de votre avis , si vous roules dire qu'ils frappent à côté. Mais revenons à vos chansons. Tout le monde rend justice a la loyauté de votre caractère, à la régularité de vos mœurs, et je pense qu’il sera aisé de vous convaincre du torique vous feraient certaines gaillardu0$ que je vous engage à faii'c disparaître de votre recueil.

COLLÉ

C’est parce que je ne crains point qu'on examine mes mœurs que je me suis permis de peindre celles du temps^Bvec une exactitude qui participe de leur licence *.

LB CBBSBCn.

Vos tableaux choqueront les regards des gens rigides.

COLLÉ

La Chasteté porte un bandeau.

LB CBShBUR.

Elle n’est pas sourde , elle tou libre de plusieurs

* Plusieurs de ces raisonnemens se retrouvent dans une notice piquante et spirituelle, placée en tête du recueil complet des chansons de (]ollé , publié par M. Auger, censeur et membre de l'Académie française.

PRFFACE. 51

de vos chansons peut augmenter la corruption dont TOUS faites la satire.

coi.ii.

Quoi 1 comme Ta dit le bon la Fontaine ,

Les mères, les maris me prendront aux cbeTcux Pour dix ou douze contes bleus I Voyez un peu la belle affaire 1 (ie (^ue je n'ai pas fait mon livre irait le faire .

LB CBHBEOB.

L'anlorilé d'uii grand homme est déplacée ici. 11 ne s'agit que de bagatelles que vous pouvez sacrilier sans regret.

COLLÉ

Eu avez-vous de les connaître ?

LB CBRSIVB.

Je ne dis pas cela.

COLLÉ

En êtes-vous moins censeur , et très-censeur?

LB CBXSBUB.

Je vous en fais juge.

COLLÉ

Eh bien! après avoir lu ou chanté en secret mes couplets les plus graveleux , les prudes n'en auront pas plus de charité , et tes bigots pas plus de tolérance. Laissez à ces gens-là le soin de me mettre à {'index ; si vous leur ôtez le plaisir de crier de temps à autre, on finira par croire à la réalité de leurs ver tus. Mes chansons peuvent fournir une occasion de savoir à quoi s’en tenir sur le compte de ces messieurs et de ces dames: c’est un service qu’elles rendront aux gens véritablement sages, qui, toujours

PBÉFACE.

indulgens, pardonnent des écarts à la gaieté et permettent à l’innocence de sourire.

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