YANN-GUENILLE
Musique de THÉODORE BOTREL
Mes vieille gue.nit - les!
Quand l’hbossu de Landivisiau Vous tailla du col aux chevilles, Vous étiez un bel affutiau,
Mes vieill’s guenilles !
Les soirs de Pardons, grâce à vous,
J'fis battre, sous l’fichu des filles,
Plus de cœurs... que vous n’avez d’trous, Mes vieill’s guenilles!
À présent, c’est fini l’hbonheur, Les jeun’s années que l’on gaspille :
Vous êt’s la livrée du Malheur, Mes vieill’s guenilles!
De la ferme et de l’atelier
A ma vue on boucle les grilles.
Vous m’empêchez de travailler, Mes vieill’s guenilles!
Lorsque, le long des grands chemins, e vas, me traînant comm’ les ch’nilles, ll’s font rire les p'tits gamins, Mes vieill’s guenilles!
L'été, ma foi, ça marche encor:
Sous le bon soleil qui me grille
Vous semblez quasi tout en or, Mes vieill’s guenilles!
Mais, quand viennent les durs hivers, Je n’peux plus traîner mes béquilles, Car la neige a’passe à travers
Mes vieill’s guenilles!
Certes, en grinchant un peu, j'aurais Pu vivre comm’ 1t d'mauvais drilles; Au déshonneur je préférais
Mes vieill’s guenilles!
Quand j'mourrai, dans mon coin, tout seul, —Car faudra ben que j’décanille — J'aurai pour unique linceul
Mes vieill’s guenilles!