‹ Chansons de Botrel pour l'école et le foyer [microforme]Chapitre 48 sur 62 · LETTRE DE LA FAUVETTE · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA FAUVETTE

Hier, dans l'écorce béante

D'un vieux chêne fleuri de houx Primitive poste-restante—

J'ai découvert ce billet doux:

“Monsieur Pinson, propriétaire, Professeur de chant, demeurant Dans le grand jardin du notaire, Sur le troisième arbre, en entrant.

Monsieur, j'ai reçu votre lettre Toute palpitante d'amour ;

Je suis imprudente, peut-être, En y répondant à mon tour,

Car bien des jaloux, à la ronde,

Nous observent d’un œil furtif...

Que nous veut donc ce méchant monde, Puisque c’est pour le bon motif ?

Puis, si maman savait la chose, Tout serait bel et bien fini!!

Sans examiner notre cause Elle me chasserait du nid.

Et je ne veux pas qu’elle pleure Surtout, surtout en ce moment!

Songez!... je ne suis pas majeure:

Il nous faut son consentement !

Je vous écris donc, en cachette,

Sur la feuille d’un romarin:

La crainte me trouble la tête :

C’est pourquoi je griffonne un brin.

Et, tandis que ma plume folle Cause gaîment de l'avenir,

Auprès de vous mon cœur s'envole Sur les ailes du souvenir.

Nous nous vimes, à la vendange, Tous deux, pour la première fois, A la noce d’une mésange

Avec un rossignal des bois.

Vous escortiez une hirondelle

Qui n’y voyait plus que d’un œil ; Pour moi, je m’appuyais sur l'aile D'un vieux galantin de bouvreuil.

D'un comiaun accord, nous quittämes Nos compagnons laids et quinteux, Et, côte à côte, nous marchâmes Sans plus nous inquiéter d'eux.

Un merle, aussi noir qu’un diable, Consacra vite l'union ;

Un vieux capucin vénérable Donna sa bénédiction ;

Puis, ensuite, au bal, sur la mousse, Vous n'avez dansé qu'avec moi, Me parlant d’une voix si douce Que je croyais mourir d’émoi.

Mais ce ne fut pas sans murmures Que nous quittâmes le festin :

n avons-nous mangé des mûres Et picoré du bon raisin !

Pour finir, vous m'avez grisée Sans pitié, monsieur l’enjôleur, En versant l’exquise rosée Dans le calice d’une fleur.

Si bien que je perdais la tête, Chancelant comrie les roseaux...

C’est joli pour une fauvette

Qui sort du Couvent des Oiseaux !

Comme, la nuit, je suis peureuse, Tous deux nous primes notre vol, Pendant que la mésange, heureuse, Fuyait avec son rossignol.

Et, ma foi, puisque j'entends dire gue j'atteins l’âge de l’amour,

omme eux deux je voudrais construire Un beau petit nid, à mon tour.

À nous aimer tout nous invite; Notre avenir sera charmant!

Allons, monsieur, venez bien vite Demander ma patte à maman.

Jens bien des choses à mettre; Mais, vraiment, c’est assez jaser..… Je termine donc cette lettre

Et cachète avec un baiser.

Et, tandis que mon cœur en fête

De l'espoir chante la chanson,

1 signe encor: Mimi Fauvette, n attendant: Mimi Pinson!

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