LA NUIT DES AMES
Soyez graves ce soir, nous dit grand'’maman Lise, Plus recueillis qu'aux soirs passés,
Car c’est demain matin que l'on prie à l'Eglise Pour le salut des Trépassés.
Voici l’une des nuits où les Ames en pèine Lèvent les dalles des couvents, Désertent les charniers pour, visibles à peine,
Revenir parmi les vivants,
Où les pauvres Défunts, ten longues théories, ntrechoquant leurs bras osseux, Vont passer l’échalier des vieilles métairies Pour revoir leurs anciens “chez eux.”
Comme au temps, qui n’est plus, des joyeuses années, Chacun d’eux faisait, chaque soir,
Dans le coin préféré des. vastes cheminées Ils vont s’en revenir s'asseoir.
Laissez dans le foyer la cendre chaude ‘encore, Qu'ils se puissent chauffer un peu,
Car ils sont nus, livrés au ver qui les dévore, Au fond des sépulcres sans feu!
Ils pourront réchauffer leurs glands yeux sans paupières, Leurs pauvres mains, leurs pauvres pieds:
Pour qu'ils n’y touchent pas, retirez les crêpières, Retirez les brûlants trépieds.
Enfin, laissez dehors de la crême caillée, Des crêpes chaudes, du pain bis,
Pour que les pauvres morts, au cours de leur veillée, Goûtent aux choses de jadis...
Puis, avant de dormir, enfants, hommes et femmes, En chœur, nous allons, coup sur co’1p,
Chanter à demi-voix la “Complainte des Ames” Et la “Ballade de l’Ankou”: