‹ Chansons de Botrel pour l'école et le foyer [microforme]Chapitre 54 sur 62 · PERI EN MER · texte numérisé non relu

PERI EN MER

(Récit d’un vieux Terneuvas)

.. . Hélas! dans les vingt ans que j’ai fait la grand’pêche,

T'en ai t-y vu mourir des Terneuvas !—N’empêche

Que s’il est une mort que je n'oublierai pas,

C'est celle du ea mg de mes quatre grands gâs!

Je vas en quelques mots vous en conter l’histoire :

Nous étions tous plongés dans la nuït la plus noire

Quand, mon quart achevé, très las, je m'endormis.

Vautré dans l’entrepont à côté des amis :

Il faisait cependant un bien rude tangage!

Le vent dans nos deux mâts hurlaït, faisait tapage,

Et, vraiment, pour dormir ainsi que nous dormions

Il fallait être morts à demi : nous l’étions!

Üne main, tout à coup, me pousse; et je me lève,

Croyant que c’est déja l’équipe de relève

Et que mon gâs s’en vient se coucher à son tour ;

Comme il faisait toujours aussi noir qu’en un four,

e demande: “ Est-ce toi, mon petit?”...Mais, dans l’omne voix nous cria: “ Debout les gâs! on sombre: [bre,

“ Huit hommes à la pompe et le reste là-haut ! ”

lattrape mon “ ciret” puis, ne faisant qu’un saut,

J'arrive sur le pont que la vague féroce

De bout en bout balaie à chaque instant, la rosse!

Quand voilà que, sinistre, un cri traverse l’air:

A Pavant, par tribord, un homme dans la mer!”

—“ Tonnerre! si le bougre en réchappe, me dis-je,

Ce sera par un coup qui tiendra du prodige ! ”

D'autant que nous avions touché sur un écueil...

Tavançais à tâtons vers l'arrière et, de l'œil,

Je cherchais mon Yannik, quand, devant moi, très vague,

Je crois apercevoir, au sommet d’une vague,

Le corps du naufragé dont nul ne sait le nom...

“ Peut-on mettre un doris dehors ? ” criai-je. — “ Non!

“ Ce serait envoyer vers une inort certaine

“ Cinq hommes pour le moins, cria le capitaine,

Le je dois les garder pour le salut commun!”

Je répondis: “ Patron! vous n’en risquerez qu’un : —" Qu'on noue à ma ceinture un bon morceau d'écoute “ Pour que j'aille quérir l’ami qui boit la goutte; “Il ne sera pas dit qu’un Breton, qu’un marin, “Laisse un être en néril sans le défendre un brin!” Et me voilà sautant par-dessus le bordage, Nageant ferme vers l’autre, au bout de mon cordage, Et, de loin, lui criant, de temps en temps: “ Tiens bon!” Enfin, à mes appels, au large, un cri répond, Lugubre, déchirant, plus haut que la tourmente; Et, dans la pauvre voix qui hurle et se lamente, Je reconnais la voix de mon gâs... de Yannik Que je croyais toujours à l'arrière du brick!... Ce fut un rude coup pour mon vieux cœur de père: Mais je nageais plus vite en lui criant: “ Espère | ” Enfin, à la lueur d’un éclair aveuglant, J'aperçois, pas très loin, son visage tout blanc, Aux pauvres yeux hagards, à la bouche tordue Qui m'appelait toujours d’une voix éperduel... t je nageais ! Et je nageais, l'espoir au cœur, uand, tout à coup, je sens, en frissonnant d'horreur, ue, nalgré mes efforts, je demeure sur place... Vous vous dites, pas vrai, qu’à la longue en se lasse: Espérez!... car le plus terrible n’est pas dit! Si je n’avançais plus, c’est qu’un filin maudit ‘à ma ceinture avait noué le capitaine tait trop court, hélas! de trois mètres à peine! Quelques brasses de plus et j'empoignais mon gâs!... rs détacher l’éconte... et ne pus pas, couper... encor moins... et je hurlais de rage! Et mon pauvre Yannik, emporté par l'orage, Disparut à ma vue et sombra sans recours En poussant un long cri... que j’entendrai toujours!

Ah! la Mée! ah! la Mée! ah! la gueuse des gueuses! Elle en fait-y des malheureux, des malheureuses !

À croire que tant plus on est à l’adorer,

Tant plus Elle a plaisir à nous faire pleurer!

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