‹ Chansons de chez nousChapitre 28 sur 54 · AL IIS ‘ GRAVIERS · texte numérisé non relu

AL IIS ‘ GRAVIERS

Musique de THéopore BOTREL

— À quinze ans à peine, aux bancs de Terr’

A #Maggiore

# CDN ANT aeuve Duvres ptits graviers, pourquoi partez vous?Dame!il le faut

Les petits. ‘NCGTAMOINEE

(Complainte vraie)

— À quinze ans à peine, aux bancs de Terr-Neuve, Pauvres p'tits ‘‘ graviers ?, pourquoi partez-vous ? — Dame! il le faut ben : notre mère est veuve,

Et l'on n’a plus d’ pain à manger chez nous!

— Quand vient février, vers les mers lointaines, Pauvres p'tits ‘‘ graviers ”, combien partez-vous ?

— On est, pour le moins, sept à huit centaines

Qui s’en vont là-bas... mais n’en r’vienn'nt pas tous !

— La charge complète, à la côt’ bretonne,

Pauvres p'tits « graviers », quand reviendrez-vous ? — Partis en Hiver, on rentre en Automne :

Nous ne r'verrons plus les Etés si doux!

— Sortis des bateaux, le cœur tout malade, Pauvres p'tits « graviers », où débarquez-vous —. Entre le Cap Rouge et l'Ile Langlade :

C'est à l’Ile-aux-Chiens qu'est notr’ rendez-vous !

* Surnom donné aux enfants qui, à Terre-Neuve, « préparent » la morue,

— Pendant les neuf mois que dur’nt les grand’s pêches, Pauvres ptits ‘‘ graviers ”, là, qu'y faites-vous ?

— Nous fendons en deux les gross's morues fraîches, Les « ébrouaillons » et leur coupons l’ cou!

— Un pareil travail doit vit’ vous abattre;

Pauvres p'tits ‘ graviers ”, quand reposez-vous ?

— Nous sommes debout vingt heur’s sur vingt-quatre, Pour nous réveiller, on nous f... des coups\

— Mais, pour ranimer vos forc's abattues,

Pauvres p'tits ‘‘ graviers ”, dits, que mangez-vous ? — On nous fait bouillir des têtes d’ morues.….

Mais ça n° remplac’ pas un’ bonn’ soupe aux choux

— Quand nul ne vous aime et ne vous écoute,

Pauvres p'tits ‘‘ graviers ?, comment vivez-vous ?

— Nous buvons, d’un coup, quéqu’s boujarons d’ goutte Et on s’ croit heureux lorsque l’on est soûls.

— Mais, en revenant dans vos maisonnées, Pauvres p'tits ‘‘ graviers ”, qu’y rapportez-vous. — Monsieur l’Armateur nous paie nos journées À raison, comm ça, de sept à huit sous !... *

— Après tant et tant d'horribles misères,

Pauvres p'tits ‘‘ graviers ”, rembarquerez-vous ?

— Dame oui !... nous faisons comme ont fait nos pères ; Et, plus tard, nos gâs feront comme nous!

* De 100 à 120 francs pour une campagne de neuf mois. (Authentique )

A Léon JOUBAUX,

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