PRÉFACE
Une antique superstition bretonne défend d'occuper une maison neuve avant qu'une personne chère en ait franchi le seuil et prononcé devant l’âtre les parole: de bon présage. C'est par un sentiment analogue, j'imagine, que Théodore Botrel m'a prié de mettre quelques lignes en tête de son
… premier recueil : plaise à Dieu qu'elles lui portent bonheur! Ni l’auteur ni le livre n'avaient, du reste, besoin d’une telie présentation. La plupart des chansons que voici sont déjà dans bien des mémoires; applaudies à Paris, où leur vogue n'est pas près de s’éteindre, elles font en ce moment le tour de la province, sur l’aile des feuilles volantes. Que dis-je ? Elles courent le monde. Des marins de Bretagne les entonnent peut-être à cette heure dans le silence glacé des nuits arctiques et sous les étincelantes constellations du ciel austral. Quant au chansonnier, ceux qui l’ont entendu savent les caplivantes séductions de sa voix chaude, au timbre large et profond. Tout jeune encore, — c’est à peine s'il approche de la trentaine, — 11 s'est conquis un rang des plus enviables parmi cette pléiade d’artisies montmartrois qui a eu le mérite de ressusciter un genre et de parer de grâces nouvelles la muse, trop longtemps dédaignée, de la Chanson.
Ce qui distingue, à mon sens, l'inspiration de Botrel, c'est qu'elle est de source vraiment populaire. Né du peuple, cet auteur a $u rester du peuple. Souvent il m'a conté son humble enfance dans cette verte Arcadie qu'est le pays de Dinan, où l’âpreté bretonne de la terre et de la race se tempère de ue française ; il y connut la vie étroite, presque pauvre. De pères en fils, les Botrel étaient forgerons ; ses
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premières anñées s'écoulèrent sous l’auvent de la forge paternelle, dans le bruit des marteaux, le jaillissement des scories et