‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 117 sur 137 · POUR LEUR MARDY GRAS · texte numérisé non relu

POUR LEUR MARDY GRAS

PAR LE SIEUR TRIPOTIN Gentil-homme fariné de Thostel de Bourgongne

Bacchus nobis tuec otia fecit

A MONTMARTRE A l'enseigne de TEdipse de Lune

In-8« *.

essieurs, c'est une chose plus qu'asseurée entre toutes les seuretez des plus seurs et suffisants souffleurs de marmites de ce temps , que tout homme

I. Cette pièce se trouve dans le recueil des JaytustUz de Techener. Nous n'avons trouvé nommé nulle part, parmi les

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qui a la monnoye de dix pistoles en sa bource n'est pas trop sot (selon l'ordre d'aujourd'huy) ; car, comme disoît le cahier de l'Escriture , sine ipsofactum est nihil. Quant à moy, ayant le nez

farinés de rhfttel de Bourgogne, le sieur Tripotin, qui en fait renvoi à Gros-Guillaume et a Turlupin; quant à ce dernier, il est des plus connus. Son vrai nom étoit Henri le Grand. Dans le haut comique, il se faisoit appeler Belleville', et dans la farce, Turlupin. Sauvai, que les frères Parfaict ont copié (Hist. du théâtre franc,, t. 4, p. 240), dit qu'il joua la comédie pendant cinquante-cinq ans. Piganiol de la Force est allé aux preuves ; il a fait compulser le registre mortuaire de la parobse Saint-Sauveur, sur laquelle on croyoit qu'il étoit mort, et la mention de son décès n'a pas été trouvée {Description de Paris, t. |, p. 285). On ne peut donc savoir au juste quand se termina cette longue existence théâtrale, si tant est qu'elle ait été si longue. Il est toutefois probable que Turlupin mourut en 1637, puisqu'il parut cette année-là une pièce ayant pour titre : La rencontre de Turlupin en Vautre monde avec Gautier Garguille et le Gros- Guillaume, a Quoiqu'il fût roussâtre, dit Sauvai , il étoit bel homme, bien fait, et avoit bonne mine Il étoit excellent farceur; ses rencontres étoient pleines d'esprit, de feu et de jugement; en un mot, il ne lui manquoit rien qu'un peu de naïveté.... Il étoit adroit , fin, dissimulé dans la conversation. » Ces derniers traits font comprendre qu'il devoir exceller dans les rôles dont il se chargeoit. «Gros-Guillaume étoit le fariné y ditTallemant (2«édit., t. 10, p. 41), Gaultier le vieillard , et Turlupin le fourbe. » Il jouoit aussi le personnage du Zany, a qu'on regardoit comme le facétieux de la bande » , et pour cela il portoit un habit semblable à celui du Briguella delà comédie italienne, avec le petit manteau et le pantalon. Dans le monde, en dépit du cynisme de ses rôles et du graveleux de certaines farces impnmées sous son nom à la suite du Recueil général des œuvres et fantaisies de Tabarin, il menoit la vie la plus honnête. «Turlupin, dit encore Tallemant, meubla une chambre proprement, car tous les autres étoient épars çà et là , et n'avoient ni feu ni lieu. Il ne vouloit point que sa femme jouât (elle a joué depuis sa mort, étant remariée avec d'Orgemont), et il lui fit visiter le voisinage ; enfin , il vivoit en bourgeois. »

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chargé de farine, la pense de vin, de souppe, de bœuf, de jambons de mengeance, de lapms de garenne, de saucissons, de salmigondis, de pieds de porcs et de ses consors, la moustache retroussée comme le croupion d'une bourique de lansquenet , au diable si je me soucie des affamez. Baste 1 baste 1 mais n'y retournez plus. Dernièrement, chères Carites, chères âmes voluptueuses, chères et divines Bacchantes, je ren-^ contré un plaisant falot entaille-douce, équipé et caparaçoné en valise d'Ostande, foumy de gresse ainsi que la carcasse de Bucéphale d'Alexandre le Grand, qui, manquant autanf de parole comme d'entendement, ne peusts'empescner de m'instaler aux bonnes grâces de sa femme ^ avec une méthode neantmoins tellement artificielle, qu'au lieu de le prendre pour unehuistre à l'escaille , on l'eust estimé pour lors estre un cerf de vin^-six années, tant qu'il faisoit luymesme paroistre son bois. Un regret, au reste, m'empeschoit fort de boire après estre saoul jusques au gosier; car, outre le contentement que mon naturel avoit peu produire à celuy de celle dont est question, je voyois ce maistre Gonin pleurer les désastres du déluge, et démonstrer par ses souspirs les subjets que nous devions avoîrd'aller à confesse. La soirée, pourtant, se

Ï)assa de la façon , laissant à monsieur le diable es cornes, et à moy le plaisir de les avoir plantées.

Et le lendemain, vingt-deuxiesme des ides du mesme mois, comme l'orifice de mon derrière commençoit de se déclarer en dix-huict parties , Monsieur le Badin, meu de charité, m'apporta

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une vinaigrette , pour me remettre en goust de travailler à ce que j'avois desjà commencé, de façon qu'ayant apprisses jurisconsultes éjuod semel factum est injactum esse nequity je jugeaj qu'il n'estoit point .hors de propos de continuer la partie commencée , sachant aussi qu'une bonne practique de tripot, qui remet la partie la perd. Voilà ce qui meust Monsieur le. gros Guillaume de prendre ses jambes sur son col , son villebrequin entre les quatre doicts et le pousse, pour aller fortifier la citadelle cle Monsieur le Sot.

Je vous laisse à penser, Messieurs, si l'année mil six cent dix-huia me pouvoit estre profitable. Premièrement, je revestis les nuds, je fis loger les aveugles, je contentai le eros Guillaume, )e ramonay la cheminée de madame , et au reste establis un plant de cornes aussi ferme et aussi asseuré que la bastille de Vaugirard.

Depuis ce temps il m'est arrivé un heur incomparable entre toutes les félicitez félicitantes, lequel je n'eusse pourtant peu espérer, veu les accidens qui sont arrivez depuis la sentence de séparation rendue entre Gaultier Garguille et Perrine. In primo loco , l'on m'a député au contreroolle des Académies vénériennes, afin d'y reformer les abus qui s'y sont glissez depuis la mort ettrespaz du sieur An^oulevant K Secundo , pour recompense de mes labeurs, la société des Sots m'a ordonné pour mon ordinaire de la nécessité mille fois plus qu'il n'y en a dans l'Hostel

1. Voyez, sur ce farceur, soi-disant prince des sots, et sur la querelle qu'il eut avec les coméaiens de l'hôtel de Bourgogne , nos Vanités historiques et littiraires , t. 7, p. ^7, 41 ; voyez aussi t. 8, p. 81.

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Dieu de Paris. Tertio , en cas que mon ame allast faire un voyage en l'autre monde, la mesme société a jugé estre propre à mes enfans douze ou quinze livres de regardelles, sept charges et demye de costerets, et autant de fagots, avec un pot à trois pieds de la valeur de huit deniers, ayant cours selon l'ordonnance , puis une once de cirot capilaire , pour le tout faire bouillir dans ledit pot, et le réduire en un néant, et leur faire avaler la liqueur tous les matins, afin de les empescher de petter. Quarto, pour plus grande gratification, et à cette fin que je tusse obligé à la postérité , laditte société a jugé m'estre nécessaire pour chacun an d'une estofe la plus légère que faire se pourroit , à scavoir : les chausses et la Juppé des imaginations àe Turlupin et de BruscamoiUe, à la mode des moulins à vent; le manteau de pareille nature ; le bonnet ou le chapeau de paraae, que j'ay cru digne de porter en faisant monstre au Port au Foin > d'un fin drap d'escarlate jaune extraite de la brayette de defi^nct maistre François Rabelais >. UlîimOy craignant que je manquasse de bonne mine, l'on m'a fait forger dans l'enclume de Bias quatre poincts de philosophie pour me retrousser les moustaches , et douze relations de justice pour me torcher le cul en enfant de bonne maison.

1 . Il étoit au bout du Pont-Neuf. C'est aujourd'hui la place des Trois-Maries. Il y avoit là foule de petits marchands, de bateleurs, et surtout de coupeurs de bourse. Voyez nos Ya^ riitis historiques et littéraires, t. 8, p. 1 $(, note.

2. Ces farceurs regardoient Rabelais comme leur patron , et avoient en grand respect tout ce qui passoit pour venir de lui. Ainsi sa robe gardée à Montpellier leur étoit une précieuse relique. Voyez le Tabarin de l'édit. clzcv., t. 2, p. j jo.

Gaultier Cargitille^ 10

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Ces courtoisies m'estant ainsi asseurées» j'ay convié mes plus proches parens et amis , afin de solemniser la feste de caresme-prenant , lesquels se sont si bien trouvez de mon traictement, que tous s'en sont retournés en leur domicilie, avec la protestation de ne me plus importuner.

Ce n'est pas tout : sortant de table, et remerciant la compagnie de ce qu'elle avoit enflé son ventre à peu de frais, je rencontray Gaultier Carguille, qui tenoit le manche d'une raquette dont il s'escuroit les dents, avec Perrine, qui portoit dans une besasse la sentence arbitrale qu'elle avoit obtenue l'esté dernier > . Ma courtoisie ne peust différer de leur faire prendre du vin en passant. Ainsi, je tombay ae fièvre en chaud mal , car auparavant j'avois traité dix-huict per* sonnes à table d'hoste pour six blancs, et si l'on m'avoit serré le reste pour mon vin de coucher ; et ceux-cy furent aussi cause que pour leur em* plir la pense aussi grosse qu'un balon, deux cer» tains gigots de justice affamez en trente diables et demy vinrent séparer ma vaisselle de ma compa^ie, et, non content de ce, vouloknt inven* tonerma liberté, comme si j'eusse eu grande envie d'aller loger à l'image Nostre-Dame. Cela se passe pourtant avec un silence assez modéré; car la crainte que j'avois que l'on eust dit : Le gros Guillaume a trop de commoditez pour un homme de sa condition, et trop de discrétion pour un esventé , jamais mazette de Normandie n'eust esté si bien galopée.

1. C'est la Sentence de séparation qui se trouve, comme on Pa vu, à la fin de la Querelle de Gaultier GarguiUe et de Perrtne.

Voilà tes bidets qu'il m'a convenu faire depuis sept ou huict jours en çà , en attendant que je levé mes re^mens de gens de pied , et que je leur fasse faire l'exercice. Que si (quelqu'un me veut piéger", en cas qu'à Doire je ne sois trouvé solvable, qu'il vienne, paratus ero; et si d'aventure il a besoing d'un bon limonier, qu'il me mette entre les limons de sa femme : je veux que Diou me damne si je ne fais merveille.

Quant au sieur Turlupin, j'en reponds corps

fiour corps, et promets que s'il meurt à la table aute d'appétit, que je creveray à ses pieds pour chanter son oraison funèbre. Adieu, Messieurs, conservsz-vous avec vos nez , et moy je me conserveray avec mon cul, pour vous servir en cas de nécessité.

I. Girantir, ciuiionnfr; faire l*M, tunoul , comme ici, lonqa'îl l'agit de boire. Voyez, sur ceneeipresiîon, tesRiiSirchts d'Esiienne Pasquier, liv. 7, ch. )7, et l'Aïuirii thiâirt [BiUUnb. elievir., t. ), p. 30Û, ei t. 7,p, 171).

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