TROUVÉ DEPUIS SA MORT
Et ouvert le jour de la réception de son fils ADOPTir
CUILLOT GORGEU
A PARIS
M. DC XXXIIII ^
uisque toutes choses changent de nature, et qu'il faut tost ou tart donner du nez en terre , malgré tous les préceptes d'Hypocrate et de Paracelse , je voy bien que je dois tomber comme les autres ouvrages de la nature, et qu'il faut que j'aille voir ce que l'on fait à l'autre monde. Il est vray
1 . Cette pièce fait aussi partie du Recueil des Joyeusetez de Techener.
1(0 Appendice.
pourtant (]ue je suis bien fasché d'y aller si tost, que je suis bien marry de laisser malgré moy ce que j'avois acquis avec tant de soin, et que, sans mentir, je serois bien aise de pouvoir encor durant l'espace de douze ou quinze ans tenir bonne et fidelle compagnie à mon cher et bien aimé Gros-Guillaume et au subtil Turlupin ; mais notre vieux maistre Valeran », depuis qu'il est en l'autre monde , désirant d'y faire valoir la comédie et de Py establir, comme il a fait en France durant sa vie , m'a fait divers commandemens de l'aller trouver, disant pour toutes ses raisons que le grand Maistre de la nature me veut voir, qu'il doit représenter devant luy plusieurs pièces nouvelles , et dans la sévérité des reigles des anciens de feu M. Hardy >, et quelques-unes de
1 . Tallemant parle ainsi de Valleran, dont Le Comte étoit le vrai nom : « C'étoit, dit-il, un grand homme, de bonne mine ; il étoit chef de la troupe; il ne savoit que donner à chacun de ses acteurs , et il recevoit l'argent lui-même à la porte. » {Historiettes ^ 2' édit., t. lo, p. 40.) L'Estoile parle de lui, sous la date du 31 may ïéoj (édit. du Panthéon ^ t. 2,
{). 424). Il est aussi nommé dans V Espadon satyrique (Coogne, 1680, in-i2, p. 25). L'abbé de Marolles, en sss Mémoires (in-fol., p. 31), le cite avec honneur; e^ il est nommé comme jouant encore à la page 62 du Voyage de maistre Caillaume en l'autre monde, vers Henri le Grand. Or, cette pièce est de 161 2 ; elle suffiroit donc à prouver que De Mou> ny s'est trompé quand il a dit {Tablettes dramat,, 2« partie, p. (9) qu'en 1608 Valeran avoit passé dans la troupe du Marais.
2. Alexandre Hardy, l'intarissable. C'est par ironie qu'on vante ici sa scrupuleuse obéissance aux règles des anciens, personne ne les suivoit moins que lui. « Vous êtes venu
pomt à dire qu'pn même personnage vieillît de quarante ans en vingt-quatre heures, que sa.*
M. Théophile >, et qu'il a fait à ce grand prince des récits fort advanta^eux de moy. Toutes ces raisons ne m'ont jamais contenté; j'ay pris divers esprits, et, quoy que depuis cinq ou six ans il m'ait plus pressé que de coustume, tantost par une nèvre et tantost par une incommodité de voix qui m'a longtemps empesché de monter sur nostre théâtre, où l'on me demandoit tous les jours, j'ay différé le plus que j'ay peu, toutes fois je voy bien que je seray bientost contraint d'obéir; une importune defluction qui depuis trois ans me tient au cul et aux chausses a juré de ne me quiter que je ne m'en aille : c'est pour-4 quoy, pour mesnager le peu de temps qui me reste, je veux, auparavant que de quitter mes chers et bien aimez compagnons, leur donner des tesmoignages de ma bonne volonté, et au public des marques du déplaisir que j'emporte quant et moy de ne pouvoir par mes chansons et mes mouvemens risibles exercer la rate de sept ou huict générations de suite; mais puisqu'il ne m'est pas permis, passons outre, et aisposons en faveur de ceux qui le méritent de ce que je voudrois bien ne quitter pas.
Premièrement , afin que j'ayè ceste satisfaction
barbe et ses cheveux blanchissent dans l'intervalle de deux actes; il pouvoit entre deux soleils passer de Rome à Paris; et c'estoit faire une comédie que de mettre une vie de Plutarque en vera. » (G. Gueret , la Guerre des auteurs anciens et modernes, 1671, in-i2,p. 161.)
I . La Pyrame de Théophile avoit eu beaucoup de succès, et Ton faisoit le plus grand cas de ce poète à l'hôtel de Bourgogne. Voyez ce qu'en dit Beausoleil dans la Comédie des comédiens de Scudéry, etc., \* Histoire du théâtre français , par les frères Parfaict, t. 5, p. 79.
1^1 Appendice.
en mourant de laisser contens ceux qui aiment la comédie, et qui pour leur plaisir portent le teston • à l'Hostel, j'ay creu, après la grande approbation que j'ay eue parmy eux , et pour d'autres considérations à ce me mouvans, que je leur devois laisser un successeur qui fust digne d'occuper ma place.
A cet effet , après y avoir longuement songé , je veux et entens que le vénérable Guillot Gorgeu cesse de courir ta campagne et vienne jouer mon roole à Paris' et partout ailleurs où besoin sera , comme seul capable et habile à me succéder, car telle est ma dernière volonté; et pour le laisser le plus semblable à moy qu'il se puisse, je luy donne et lègue mon habit noir à manches rouges, ma cale noire, mon masque , ma chevelure blanche, ma ceinture, ma gibecière, ma
1 . Le teston n*avoit plus cours depuis Henri III ; le mot est donc pris ici pour une pièce de monnoie quelconque. Pendant un aemi-siecle au moins le prix des places ne subit au> cune variation à l'hôtel de Bourgogne. En 1692, on payoit encore quinze sols au parterre , ainsi qu'on le voit par le dénouement des Chinois, comédie de Re^^nard et de Du Fresny. C'étoit comme à l'époque de la neuvième satire de Boileau et de V Attila de Corneille, et comme en 1652, lorsque De Villiers, faisant une annonce en vers pour l'Amaryllis de Tristan^ disoit :
Venez apporter vostre trogne Dedans nostre hôtel de Bourgogne; Venez en foule , apportez-nous Dans le parterre quinze sols , Cent-dix sols dans les galeries.
2. C'est en effet Bertrand d'Audoin, dit Guillot Gorjeu, qui remplaça Gaultier Garguille dans ses rôles. Sur ce farccur, qui avoit commencé par être médecin, métier vers lequel il retourna avant de mourir, voyez nos Variétés historiques et littéraires, t. 3, p. 3 $3.
Appendice. 155
da^e ■ et mes postures; et pour faire en sorte
Su'ii puisse plus aisément descouvrir les fourbes e Turlupin et les cajeolleries de Belle-Rose, lorsqu'à la farce ils en voudront à sa femme, je luy laisse mes grandes lunettes, mes jalousies et les bons advis de Gros- Guillaume pour la garder. A la charge qu'il s'acquittera tous les jours de comédie d'une chanson ^ue je dois à perpétuité aux pages et aux laquais^, sauf le droict que Targa ? y peust prétendre par lettres du prince, et autres menus suffrages.
Et pour tesmoigner que j'ay tousjours chery la mémoire de mes camarades, je leur laisse à tous en général le soin de contenter leurs auditeurs, d'amasser de l'argent pour acheter des maisons aux champs et à la ville, et le droit de se plaindre de la fidélité de leurs portiers 4, sans
1 . Ce détail du costume de Gaultier Garguille est on ne peut plus exact.
2. Ils formoient le public des 'petites places à Thôtel de Bourgogne^ et il étoit d'usage que Gaultier Garguille le
Satinât toujours d'une chanson pour finir. Bruscambille , ns un de ses prologues , parle du bruit ^ue ne manquoit jamais de faire cette turbulente valetaille, avant et pendant le spectacle : « A-t-on commencé , dit41, c'est pis qu'auparavant : l'un tousse , l'autre crache , l'autre pette , l'autre rit , l'autre gratte son cul ; il n'est pas jusqu'à messieurs les pages et les laquais qui n'y veulent mettre le nez, tantost faisant intervenir des gourmades réciproquées , maintes fois à faire pleuvoir des pierres sur ceux qui n'en peuvent mais. »
3 . On a vu au commencement de ce volume que c'est en effet Targa qui étoit l'éditeur des chansons de Gaultier Garguille.
4. On appeloit ainsi les employés qui gardoient la porte et recevoient l'argent du public. Quand il y avoit foule, on en doubloit le nombre. Le comble du succès pour un auteur ou pour un acteur, c'étoit que le public, faisant violence pour entrer, écrasât i la barrière deux ou trois portiers. S'ils
1(4 Appendice.
oublier la visite des princes et des seigneurs, et le petit mot en passant pour leur faire souvenir que leurs garderobes sont inutilement pleines d'habits, qui leur pourroient servir à faire voir leur humeur libérale en public ^ Pour le particulier, je prie Belle-Rose » de
n'étoient pas très-exacts dans leurs comptes, ils étoientau moins très-aptes à réclamer du public le droit d'entrée ; c'est ce qui fait dire au Petit-Jean des Plaideurs :
.... J'étois un vrai portier de comédie.
1 . Pour comprendre ce passage , il faut se souvenir que pendant le XVlIe et le X VI Ile siècle le roi et les seigneurs laisoient souvent des présens d'habits aux comédiens, soit qu'ils les prissent dans leur garde-robe, après les avoir portés quelque temps, soit qu'ils les eussent fait confectionner exprès. Le premier cas étoit le plus commun (Voy. nos Variétés historiques et littéraires , t. 6, p. ijj). Tallemant (i* édit., t. 9, p. 192) parle d'un baron du Puiset qui, tant en repas
a n'en habits donnés aux comédiens, dépensa ^,000 livres afin e faire jouer une ridicule pièce de sa façon. Quand Bellerose créa le rôle du Menteur, l'habit qu'il portoit lui a voit été donné par le cardinal de Richelieu. Mesdemoiselles Molière et de Brie, lorsqu'elles jouèrent dans le Sicilien^ tenoient du roi les belles mantes qu'elles portoient (Cazftte de Robinet, 19 juin 1667). En 1724, le beau costume dont se para mademoiselle de Seine, de la Comédie-Françoise , pour les représentations de Fontainebleau , et qui n'avoit pas coûté moins de 8,000 iiv., car il y étoit entré 900 onces d'argent, étoit un présent de Louis XV (Maupoint, Biblioth, des théâtres-^ p. 148). Celui dans lequel se montra mademoiselle Delisle pour danser un pas l'année suivante dans le Pirithoûs de Mouret et Laserre avoit coûté 2,000 écus à M. de Charolois; il étoit d'étoffe d'argent fin. C'est encore le roi qui donna les costumes pour la première représentation du Catilina de Crébillon ^Journal de Collé, t. I, p. 40), et M. d'Angevilliers (^ui gratifia Sarrazin du bel habit qu'il portoit dans Gustave (Piron, Œuvres, in-S, t. 7, p.. 156).
2 . Pierre le Messier, dit Bellerose, le premier qui fut, avec Mondory, un acteur vraiment sérieux (Tallemant, t. 10, p. 41). Les frères Parfaia pensent que c'est lui qui joua d'o-
Appendice. 15^
conserver tousjours ses douceurs amoureuses, ses délicatesses de théâtre, qui ne sont presque connues que de luy, la facilité de s'expliquer dans les amours, et la grâce qu'il a en louant ce qui luy plaist.
Pour fe Don et gros Guillaume, il gardera tousjours sa naïfveté risible , son inimitable galimatias ; et quoy que son aage le doive estonner, it vivra comme il a de coustume , c'est-à-dire qu'il
rig'mal le rôle de Cinna {Hist. du théâtre franc., t. 4, p. 24). Il étoit entré au théâtre avec Corneille, c'est-à-dire en 1629,. Pannéede Mélite ; il quitta en 1 643 . « Floridor, écrit Tallemant {i. 10, p. 49), las d'être au Marais avec de méchans comédiens, acheta la place de Bellercse , avec ses habits , moyennant 20,000 livres ; cela ne s'étoit jamais vu. » C'est par dévotion qu'il s'étoit retiré. Son nom resta longtemps fameux; si bien qu'à le voir souvent cité dans les pièces du temps de la Fronde, on pourroit croire qu'à cette époque il étoit encore au théâtre. Il figure, par exemple, au nombre des acteurs mis en scène dans l'Imprécation comique, ou la Plainte des comédiens sur la guerre passée , 1649, in-4. Sa femme, qui n'avoit pas quitté la scène en même temps que lui^ et qui étoit «bonne actrice», dit des Réaux, passoit pour avoir été la maîtresse de l'abbé de la Rivière. C'est ce qui fait le sujet d'une autre mazarinade , Lettre de Belleroze à l'abbé de la Rivière, 1649, in-4. ^^ misère des comédiens pendant ces troubles s'y trouve encore en jeu, et l'on y lit à la fin, entr'autres choses gaillardes, une chanson du Savoyard contre la Belleroze, dont voici l'un des traits :
Ne gaignant plus rien sur la Seine, Elle trafique sur le Rhin.
Belleroze étoit un peu pédant à la ville et très-affecté â la scène (Tallemant, t. 10, p. 47). Ondisoit du temps de Scarron (l'Héritier ridicule, acte j, scène i), le ton de Belleroze, pour un ton de déclamateur. Il avoit aussi l'air trop fade, lit-on dans les Mémoires de Retz, et madame de Montbazon ne pouvoit se résoudre à aimer M. de la Rochefoucauld, parce qu'il lui ressembloit. Il mourut du 20 au 2 ( janvier 1670 (Voy. Gazette dt Robinet, à cette dernière date).
Éd
ij6 Appendice.
n'espargnera point les bons vins ny les bonnes viandes , et qu'il se servira du baston si les jambes luy manquent ; Passeurant qu'en faveur de nostre vieille amitié et du long temps que nous avons vescu ensemble , je luy envoyeray de l'autre monde un répit de dix ans par le premier courrier qui vienara par deçà.
Turlupm, que la nature et l'art semblent avoir rendu inépuisable en rencontres et en fourbes, pour commuer de plaire à tout le monde, comme il a fait depuis tant d'années , se servira des comédies de Pfaute traduites en françois , et de quelçiues autheurs italiens et espagnols que le notaire qui reçoit le présent testament a charge de moy de luy livrer quand il en sera requis ; et le tout pour augmenter et faciliter sa grande vivacité d'esprit.
Le seigneur Bonniface >, comme le docteur de la troupe, prendra le soin de la distribution >, et conservera l'avantage qu'il a d'estre grandement agréable; et pour l'obliger à cela, je luy donne mon petit chapeau noir, avec l'aigrette blanche, et ma petite fraise des festes.
1 . On ne sait rien sur cet acteur. Sa femme étoit aussi de la troupe, et des meilleures à ce qu'il parott; Gros-Cuillaume, dans la pièce de Gougenot, la Comédie des comédiens (i6^i), la vante entre toutes les autres {Ancien théâtre françois, Biblioth. elzevir., t. 9, p. 342).
2. Plus tard, ce fut Bellerose qui eut soin de ce qu'on appelle ici la distribution , c'est-à-dire sans doute de l'organisation du répertoire. « Un barbier, un tailleur, lit-on dans le Manuel du bon citoyen (1649, in-4), un maître à danser, un peu entreprenans et inventifs, vont changer toute la face de la cour, en moins de huict jours, aussi facilement que Bellerose fera la scène de son théâtre.» (Moreau, Choix de mazarinades^ t. 1, p. 438.)
Appendice. 157
Le vaillant capitaine Fracasse S de qui l'on ne peut ouïr les rodomontades sans estonnement, pour continuer de bien en mieux, consultera les capitaines espagnols, sans négliger la noblesse de Gascongne.
A nostre Beau Chasteau >, cjui ne trouve point de chasteté capable de luj résister, qui n'est vea que pour estre aimé , q^iii, jaloux de son mestier, est exact jusqu'au dernier poinct, je commande, par le pouvoir que j'ay sur luy, de ne sortir jamais de jeu de paume sans se faire essuyer et frotter, et de boire le vin sans eau , comme il a de coustume; et pour l'y obliger, je luy lègue les promenades de mon jardin de la porte Montmartre, et luy permets de donner les fleurs qui sortiront des oignons que j'y ai plantez aux dames qu'il y conduira, à la charge pourtant de n'advancer point ses jours pour les vouloir trop contenter. J'ordonne de plus qu'aussitost qu'on m'aura mis en terre, il montera à cheval pour aller quérir mon successeur, et ce, pour luy conserver le droict qu'il a en la charge de courrier perpétuel de la troupe.
1 . Nous ne savons qui jouoit ce rôle à l'hôtel de Bourgogne. Sur le théâtre du Marais c*ètoit Bellemore,que Mondory avoit enrôlé (Tallemant, t. 10, p. 46). Un peu plus tard, cet emploi fut tenu par Juvenon de la Fleur, père de la Thuillerie.
2. François Chatelet , dit Beauchâteau, n'étoit que depuis peu de temps à Thôtel de Bourgogne. Il y avoit débute en 1633, dans la Comédie des comédiens de Goueenot. Il jouoit les rôles tragiques : ainsi le Rodrigue du Cia, comme on le sait par l'Impromptu de Versailles, où il est moqué; ainsi encore le rôle de Cinna , pour lequel il alternoit avec Floridor (D'Aubignac, Pratique du théâtre, 16 jy, in-4, p. 51, 52). Il mourut en 1665. Le petit Beauchâteau, ce petit prodige de poésie, si vite avorté , étoit son fils.
158 Appendice.
Nos actrices , qui à l'envy les unes des autres font des merveilles, continueront tousjours leurs louables jalousies, et se divertiront quelques fois, si bon ^eur semble , aux discours amoureux de ceux qui se passiannent pour elles, lorsque sur le théâtre elles représentent la passion qu'elles ne ressentent aucunement , avec permission de
I)ouvoir avec honneur recevoir les présens qu'on eur fera, et de prendre de quel costé qu'il vienne , sans se soucier des sottes opinions du peuple.
A mon oncle Mondor *, à fin G[u'il ait plus de majesté en distribuant ses médicamens à ceux qui luy en demandent >, et pour l'alliance qui est entre nous, je donne et lègue ma belle robbe dont je représentois les rois dans la comédie; et pour ma chaisne et ma médaille en façon d'or, l'ordonne qu'on les luy délivrera à prix raisonnable , en cas qu'il en ait affaire.
Mes jambes seiches demeureront pour le soulagement des pauvres goutteux, qui s'en serviront les uns après les autres , comme ils ad viseront.
Pour mes mains à longs doigts , encore que Monroy se serve fort bien des siennes , je les luy laisse pour le soulager à la recepte qu'il fera à
i« Je ne sais pourquoi l'on fait dire ici à Gautier Garguille <)ue Mondor étoit son oncle. Tout se tenoit alors dans cette grande famille de saltimbanques et de comédiens, et, puisqu'on avoit bien dit que Tabarin et Mondor étoient frères, « quoique l'un fût de Lorraine et l'autre de Milan» {Œuvres de Tabarin , t. 1 , p. 229), on pouvoit tout aussi justement écrire que Mondor et Gaultier étoient oncle et neveu.
a. 11 passoît cependant pour avoir fort bonne grâce à distribuer ses drogues. Voyez la Caquets deVaccQuchie^ édit. •eizevir., p. 101.
Appendice. 159
la porte, lorsque mon successeur viendra recueillir l'héritage que je luy laisse.
Maistre Georges, nostre décorateur», conservera religieusement sa bonne coustume d'employer un cent d'esplingues et autant de doux, et dfe faire si bien son calcul qu'il luy en revienne vingt-cinq livres, sans les autres petits tours du baston.
I . Nous ne connoissions pas ce premier des décorateurs ^e théâtre. Son art n'étoit pas encore bien avancé. Depuis 1621, année où fut jouée la Silvie de Mairet, Pon avoit toutefois un peu perfectionné la mise en scène. On ne se contentoit plus, sur le théâtre, «de tapisseries, qui, selon Perrault (Parallèle des Anciens et des Modernes) ^ donnoient des entrées et des sorties aux aaeurs par Pendroit où elles se joignoient l'une à l'autre.» Depuis la Silvie, la scène, dit encore Perrault , s'étoit peu à peu embellie ; « on en fit les décorations d'une peinture supportable, et Ton y mit des chandeliers de cristal pour Péclairer. » Ce n'est pas à dire cependant que le progrès fllt encore considérable. Ce que dit l'abbé d'Aubignac en tète de sa tragédie de la Pucelle d'Or^ liansy jouée en 1643 , pour se plaindre des pitoyables décorations que les comédiens lui avoient données pour cadre , montre assez qu'il y avoit encore beaucoup à redire : « Au lieu, dit le pauvre abbé, au Heu de faire paroistre un ange dans un grand ciel , dont l'ouverture eust fait celle du théâtre, ils l'ont fait venir quelquefois à pied et quel(]uefois dans une machine impertinemment conduite. Au lieu de faire voir dans le renjondrement et en perspective l'image de la Pucelle, au milieu d'un feu allumé et environnée d'un grand peuple, ils firent peindre un méchant tableau sans art, sans raison, et tout contraire au subjet... o En 1662, Tart de la mise en scène n'avoit pas encore beaucoup marché , l'illusion scénique en étoit toujours aux élémens. Ainsi l'on connoft par une note de la tragédie de M. de Roûdor, la Mort de CynSj ou la Vengeance de Thomiris, comment on savoit re* présenter une armée avec une grande économie de personoeL Au quatrième aae, Thomiris crie : À moi, soldats! et ansttt6t «on fait tomber une toile où est reprbeatée une année «D bataille, qui passe sur un pont. »
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i6o Appendice.
« Et je deffens purement et simplement à Bel- Air Jean-Jacques, quand on luy baillera les pièces nouvelles pour en escrire quelque roole, d'en reserver des copies entières par devers luy pour s'en servir en cas qu'il voulust, ce caresme prochain , faire troupe avec Banse et sa femme.
Et d'autant que mon baston est nécessaire à beaucoup de personnes qui pourroient contester sur ce sujet, tant goûteux que autres, pour esviter les procès qui pourroient intervenir entr'eux, je veux qu'il soit compris dans le reste de l'hérédité de mon fils Guillot Gorgeu, comme à luy appartenant.
Et pour faire voir que je n'ay jamais eu de rancune contre les comédiens du Jeu de paume de la Fontaine *, quoy qu'ils ayent pris inutile-
I . Ce jeu de paume de la Fontaine , dont on avoit fait un théâtre, se trouvoit rue Michel-le-Comte. C'est un avocat, nommé Jacques Avenet , qui le sous-Iouoit à Mondory, — nous verrons tout à l'heure qu'il faisoit partie de cette troupe, — et à ses camarades. A peine y étoient-ils que les habitans de la rue Michel-le-Comte , presque tous gens de qualité et officiers des cours supérieures , se plaignirent de l'embarras des carrosses agglomérés tous les jours, à la même heure, aux environs du théâtre; et ordre vint à Jacaues Avenet de donner sur-le-champ congé aux comédiens. Un arrêt du parlement en date du 22 mars 1633, reproduit par les frères Parfaict(t. 4, p. 50, note), fut même rendu en cette circonstance. Les comédiens en appelèrent-ils? C'est probable , et , comme Mondory, leur chef, étoit bien en cour, il paroîtroit qu'ils obtinrent de rester, au moins pendant quelque temps. Ce qu'on lira plus loin prouve en effet qu'en 1634 ils jouoient toujours au jeu de paume de la Fontaine, Ils dévoient être toutefois en quête d'une autre salle ; ils la trouvèrent quelques mois après. C'étoit encore un jeu de paume, situé tout en haut de la rue Vieille-du-Temple, au dessus de l'égout. Ils ouvrirent en janvier 1635 (Voy. la Gazette de France du 6 janvier). Parmi
Appendice. i6i
ment la peine d'attirer l'eau vers leur moulin, je Yeux auparavant que de mourir leur donner quelques bons advis; car en ce moment, bien souvent, on donne de bons conseils.
C'est pourcj^uoy, commençant par le coq de la paroisse, je pne Montdory > (si par hasard il l'ouïes pièces qui furent jouées sur le théâtre de la rue Michelle-Comte, il en est une, Mélisse ou Melize, pastorale-comique en cinq actes et en vers, qu'on a ces années dernières attribuée à Molière , parce (ju'on ne s'étoit pas bien renseigné , sans doute, sur l'histoire du théâtre où elle fut donnée. Si, comme rien n'y répugne, et comme l'assurent les frères Parfaict (t. 5, p. j8), cette pièce fiit jouée rue Michel-le- Comte, c'est-àndire de 16)2 à 163$, l'attribution devient impossible : Molière, en 1635 , n'a voit que treize ans! La pièce ne porte aucune date, mais ce qu'on lit dans le prologue peut en tenir lieu. L'auteur y engage Louis XIII à entreprendre une croisade contre les Turcs, et lui promet la détaite du Croissant. Or^ en 1635, c'étoient là des idées à la mode , que la Turciaae du P. Josef avoit contribué à mettre en cours , et auxquelles , quelque temps après , l'expédition de Candie parut donner un semblant d'exécution. M. P. Lacroix {Catalogue Soleinne, t. i, p. 162) s'étonne de ne pas trouver de privilège sur les rares exemplaires de la pièce ; c'est que, sans doute, la scène du jeu de paume de la Fontaine étant sous le coup d'une interdiction du parlement, on n'aura pas cru devoir accorder de privilège à une pièce qui n'avoit pour ainsi dire pas eu de théâtre légal.
I. Il étoit en effet le chef de la troupe (Tallemant, t. 10, p. 42}. Je n'en dirai pas long sur ce comédien bien connu; )e me contenterai de renvoyer à son Historiette par Tallemant, et à un curieux article où M. Aug. Soulié cite de lui deux lettres inédites (Revue de Paris, 30 décembre 1838,
I>. 347-3 $5}. Au sujet de sa naissance, je rappellerai aussi e passage suivant de la Vie de Jacqueline Pascal y par sa sœur Gilberte. On y verra que Mondori n'étoit pas d'Orléans, comme on l'a cru parce qu'il finit par se retirer aux environs de cette ville, et l'on y apprendra de qui lui venoit son nom de Mondory. Jacqueline Pascal devoit jouer une petite comédie devant le cardinal de Richelieu : « Elle pria ,
Gaultier Carguille. 1 1
i62 Appendicb.
blioit) de se souvenir qu'il esttousjours le maisf re, que la troupe ne peut subsister sans luy, et, sur cette opinion, de prendre deux fois plus que les autres, et de prendre garde qu'il ne luy ar«* rive comme à la corneille d'Horace , s'il ne se contente pas de réciter des vers, puisqu'il y réussit.
Pour FilîpînS qui n'a rien pour s'en servir qui approche de nostre Zany > que la terminaison du nom, je luy conseille de perdre un peu de la bonne opinion qu'il a de luy mesme.
Le Noir et sa femme i sont assez judicieux et
dit Gilberte, un comédien célèbre de ce temps, le nommé Mondory, qui estoit de Clermont , et qui avoit pris le nom de Mondory parce que son parrain, qui estoit un homme de condition de cette ville, s'appeloit M. de Mondoij, de l'in-^ struire pour faire son personnage. » Voyez Cousin , Jacqueline Pascal, I" édit., p. 59. Onn'avoit pas encore donné à ce détail biographique si intéressant et imprévu Tattention qu'il mérite.
I . C'étoit un rôle de valet; Villîers le jouoit, et le nom lu en étoit resté (Tallemant, t. 10, p. 50). Il mit ce personnage dans sa tragi-comédie le Festin de P/^rre, qu'il donna en 1659.
s. Niais de l'ancienne comédie italienne. Il y étoit ce que fut notre Jeannot , dont le nom a d'ailleurs de l'analogie avec le sien, car Zany, c'est Jany, prononcé à la façon ze-r eeyante des Vénitiens et des Bergamasques. Le Zany justement, comme Arlequin son compère ^ étoit de Bergame. Voyez sa généalogie burlesque en patois bergamasque i la suite d'une facétie du XVIe siècle, La piacevole astrotogia det Ravanello , et le Raccolta dl tutte l'opère di Batiolommeo Bocchino, detto Zan Muzzina, Modona, i66(, in-12, écrit tout entier en langage de Zani, c'est-à-dire en patois de Bergame corrompu. Molière prit le Zani et en modifia le caractère et le nom ; il en fit Zanarelle ou Sganarelle.
). Ce Le Noir et sa femme avoient commencé par être d'une troupe de comédiens attachés à la cour du prince d'Orange. Louis XIII , pour faire pièce au cardinal de Riche-
Appendice. i6^
assez exacts en leur mestier pour n'avoir pas besoin d'advis ; toutesfois^ comme leur bon amy , )e les advertira^ en passant , luy de garder tousjours sa gravité, et elle ces petites douceurs et ces gaillardises qui la rendent agréable à tout le monde.
A ces Messieurs qui sont venus en foule grossir leur troupe, je les advertis de se tenir oien serrez ensemble et de se rendre nécessaires le plus qu'ils pourront; à faute de ce faire, je les condamne à retourner à la campagne , quoy que Jodelet< se rendroit assez recommandable par ses niaiseries, s'il allôit trouver ces fameux opérateurs qui sçavent l'art de faire parler un homme de la bouche lorsqu'il parle du nez.
Et pour leur Tibaut Garray, avec son masque à visage bouffi et sa taille de Pigmée, qui s'est
liea, qui protégeoit le théâtre de Mondory, les en retira, et les mit dans la troupe royale, c'est-à-<lire a l'hôtel de Bour-
gogne (Tallemant, t. lo, p. 42, 44). Les frères Parfaict isent que cela eut lieu en 1034. Ce ne fiit toujours pas dans les premiers mois de l'année, puisque nous les voyons encore ici taisant partie de la troupe de Mondory. «Le Noir mourut, dit Tallemant (t. 10, p. 42), et sa femme s'en tira. Le comte de Belin , qui avoit Mairet à son commandement, fai- 8oit faire des pièces à condition qu'elle eût h principal personnage, car il en étoit amoureux, et la troupe s'en trouvoit bien. 1» Ce comte de Belin avoit été gouverneur de Paris pendant la Ligue. «On dit, continue Tallemant, à propos de la Lenoir, que Mondory s'en éprit, mais qu'elle le haîssoit, et que la bame qui fiit entre eux fut cause qu'à l'envi l'un de l'autre, ils se firent deux si excellentes en leur métier. »
t« Julien de TEpy, frère de celui qui jouoit les vieillards dans les pièces de Scarron, fut le dernier qui joua la faru, «Pour un fariné natf, dit Tallemant (t. 10, p. p), il est bon acteur. Il n'y a de plus de farce qu'au Marais , où il est, et c'est à cause de lui qu'il y en a.» C'est pour lui que Scarron fit la plupart de ses pièces. Il mourut à la fin de
Appendice.
pommes cuittes > . Qu'il se contente que
croit estre belle, et qu'elle fait tout ce qu'elle
peut pour se rendre agréable au théâtre, quoy
que sa taille ny ses espaules ne luy aydent pas
beaucoup.
Voyla tout ce que je désire estre entièrement observé après ma mort; et pour ce oui touche monentenrement, mes comparons et bons amis prendront le soin de s'en aquiter avec l'honneur deu à la mémoire de Gaultier Garguille.
Et afin que ma dernière volonté soit veue et sceue de tout le monde, aussitost que Guillot Gor^eu^ mon héritier et fils adoptif, sera en possession de l'hérédité que je luy laisse, et, durant deux ou trois jours, aura faict voir que je l'ay judicieusement choisi et adopté pour mon fils , je veux et entens que le sus dit testament soit im*
mars 1660. Loret lui fit cette épitaphe, dans sa feuille du 3 avril :
Ici gist qui de Jodelet
Joua cinquante ans le rôlet ,
Et qui fiist de mesme farine
Que Gros-Guillaume et Jean Farine,
Horsmi ou'il parloit mieux du nez
Que les aits deux enfarinez.
« Jodelet, dit Tallemant , parle du nez pour avoir été mal pansé de la vérole, et cela lui donne de la grâce.»