‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 137 sur 137 · I. Dans la pièce à laquelle celle-ci sert de réponse · texte numérisé non relu

I. Dans la pièce à laquelle celle-ci sert de réponse

Appendice. 24^

pour ce subjet ^ue tu luy dresse un tombeau ? Crocodille , talloit-il verser des larmes pour dissimuler, par la piété , la rage que tu as conceu contre ce grand collège , toujours fleurissant, et qui ne ternira jamais soubs le blasme de tes calommies P

regnard , ainsi presches-tu les poules pour les dévorer! Hyène cruelle, ainsi contrefais-tu la voix de l'homme pour le déchirer ! Loup enragé , ainsi te revests-tu de la peau d'agneau pour dévorer la brebis !

Ainsi falloit-il faire exercer toute tyrannie, commettre toute sorte d'injustice soubs le manteau de piété, et ne coucher pour tout prétexte qu'on ne veut point endurer de reformation. Reformation,

aue je t'honore, pourveu que tu n'apportes point e difformité! Mais est-ce estre réformé, ae se contenter de l'apparence de Curius , et vivre en bacchanal ? Est-ce aymer la pieté, de venir in vestimentis ovium , et tout aussi tost monstrer des dents de loup ? Vouloir estre bien traitté sans se soucier ny de messe, ny de monstier, est-ce la reformation aue, par tes exemples , tu veux introduire P O l'homme de bien , si le fard ne le couvroit ! le grand prophète, s'il n'estoit ensevely dans un sepulchre puant!

Taupe aveugle, pourquoy des yeux, puisque tu ne vois pasP Autruche lainéante, pourquoy des ailes , puisque tu ne vole pas P

Mattre Guillaume suppose que le révérend Alexandre de Haies lui apparut et lui fit toutes sortes de plaintes contre les Cordeliers de Paris. Il avoit appartenu à Tordre de Saint* François au XlIIe siècle , et son tombeau se trouvoit dans réglise du grand couvent , où Maître Guillaume dit qu'il eut cette vision.

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Brave l'evesque Salvian , qui disoît qu'il n'y avoit rien de |)lus gourmand que celu]^ qui fait le sobre et la petite bouche. Aussi tel fait rhorame de bien qui n'en a que Papparence, voire ne porte rien en plus grande haine que la vertu.

Quoi donc, Maistre Guillaume, te faudra-t-îl fouetter pour dire la vérité ? Dis , dis , confesse librement, personne ne t'escoute. Lephantosme que tu craignois t'empeschoit-il d'aller aux matmes ? A la mal'heure, pour la première fois que tu y as mis le pied , tu as rencontré un phantosme. Mais n'est-il pas vrai qu'il t'a empesché de penser à Dieu ?

que si je me fusse tenu dans mon lit, comme de coustume, cela ne me fust pas arrivé ! Quel spectre est-ce ce cy ? Compagnons, secourez-moi ! A l'ayde ! Hélas ! 11 n'y a personne icy de ma sorte. Et où (tous les diables) sont ces reformez? A l'ayde !

Maistre Guillaume, mon'amy, recommandezvous à Dieu ; c'est le grand démon qui vous vient visiter, bien ayse de ce scandale et difformitez que vous et les vostres apportez à cette grande maison. le grand orateur! hé! qu'il harangue bien ! le brave maistre! Dîtes vous Maistre Guillaume ? On ne cognoist pas toujours le loup à la peau, ny le regnard à la queue, ny le corbeau à son chant, et le prince des ténèbres se masque bien souvent des habits de lumière pour séduire le monde.

Et cependant tu veux faire comme le chat qui couvre de terre ses excréments ; tu pense couvrir ta perfidie de l'asseurance que tu donne d'avoir parlé à Alexandre de Haies.

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Sorcière phitonisse, trouble-tu ainsi le repos des trespassez ? El toi, petit mercier d'hypocrisie, croîs^u que Maistre Gonin règne tous]ours dans ie monde , et ^ue toujours facilement on se laisse piper aux impies persuasions du sacrilège Numa, qui, sorty de la caverne, disoit avoir appris de ra nymphe ^geria tout ce que leï Romains dévoient garder aux cérémonies de leurs religions?

Ce grand couvent (dis-tu) a ressenty plusieurs fois la main vengeresse du ciel , qui , ne pouvant phis porter les dérèglements que ces religieux suiyoïent, l'a infligé par Pincendie de son éghse «, par la peste , famme et autres maladies , qui Tinvitoient à regarder le ciel et à se souvenir de sa profession.

Sacrilège Promethée, as-tu esté dans le secret cabinet de Dieu , pour y apprendre ses conseils ? As-tu jamais sceu que les maisons de Job , ce

g "and homme de bien , ont esté bruslées , ses enns assassinez , ses biens perdus , et luy affligé par toute sorte de maux. Et cependant, il n'y eust jamais Achylle mieux plongé dans les eaux divines, jamais homme à plus fine trempe de

I. L'église des Cordeliers de Paris avoit été entièrement brûlée dans la nuit du 19 novembre i $80 , et Pauteur des Révélations de Maistre Guillaume n'avoit pas manqué de voir dans ce malheur un châtimem du ciel , irrité contre les mat»* vBises moeurs des Cordeliers de Paris. Il s'indigne surtout de ce que ces religieux n'ont tenu nul compte de l'avertissement, a Quel cœur de fer, dit-il , de bronze ou de marbre, n'eût été ri^duit en poudre par les incendies oue Dieu avoit permis en ce lieu pour correction de leur fauter Quel robuste et pinssant corps ne se fût atténué parles famines telles que Dieu leur a fait souffrir il n'y a pas longtemps ? Quel courage ne se fust amoindry par les pestes , conta^ons et autres maladies causées en tant de diversité de saison ? »

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piété, jamais Aristide plus religieux, plus juste, plus pieux.

Si la France n'estoit franche en ses humeurs, volontiers tu luy persuaderois que Méduse la sorcière ne porte point de masque , et que le bien se contente de porter un manteau ; mais sçais-tu

Eas que s'envolant au ciel , l'ayant laissé tomber en terre , le mal s'en est couvert pour estre bien venu dans le monde ? la belle teste , s'il y avoit de la cervelle !

Maistre Guillaume , mon amy, l'habit ne fait pas le moyne , ny le manteau l'homme de bien. Où as-tu veu des reformés jeûner comme le pharisien, deux fois lesamedy, et qui n'ayent grondé cent fois le jour, comme les truyes de Beoces, leurs vessies estant seulement à moitié pleines.

Où as-tu Veu les pavez des églises usez de leurs genouillades, et les pierres creusées des gouttes de leurs larmes P Quand , mais quand les as-tu considéré détachez du soin des choses du monde, séparez des médisances, et liez au prochain par la charité ?

Maistre Guillaume, les bonnes gens du vieux temps dont tu nous rafraischis la mesmoire marchoyent à la franche Marguerite, le cœur et la bouche se marioient ensemble , les pensées et le faire alloient d'un pas esgal, et par sentence publique bannyssoient bien loin la Diane de Lesbos , qui ryoit en derrière , et pleuroit par devant. Ils ne s'entendoyent point à faire le polype, qui prend quand il veut toute sorte de couleurs. Ils ne sçavoient que c'estoit de la pierre silenite, qui change à mesure que la lune cnange de face. Tousjours et tousjours à plomb ferme.

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comme le tetra^one ; tousjours et tousjours en droicte perspective, comme Poliphême, l'œil au milieu du front ^ et le cœur assis au mitan du ventre , sans tourner ni à droite ny à gauche.

les braves gens, qui , tout rondement comme le pauvre publicain, se contemoyent de dire : Propitius esto mihi peccatori. la vénérable antiquité, qui rejettoit ces sourcilleuses ambitions du phansien. Non sum sicut cœteri hominum. Aussi se faut-il donner de garde (dit le docteur d'humilité) du levain des pharisiens , qui est l'hypocrisie , de peur qu'il n'aigrisse la paste , ne corrompe tout à fait nos bonnes mœurs, et que ne demeurions comme saint Pierre, qui toute la nuict ayant jette les filets dans la mer, le jour arrivé trouva ses peines perdues, son travail sans recompense, et ses rets sans poisson. Et oui voudroit ainsi travailler dans la nuit de la dissimulation, sinon une ame désespérée, à qui son propre interest est plus cher que l'honneur de Dieu ? Judas, trahis-tu ainsi le Fils de PHomme par un baiser ?

Et toy, vray Ischarioth, vir exterminans, croistu, en trompant le monde, que tu puisse tromper Dieu ?

Et tu dis, Maistre Guillaume, que ce brave général de l'ordre de Saint-François est venu pour remettre cette grande peuplade de religieux en leur ancienne splendeur r

le grant homme, s'il en peut venir à bout!

Mais de les mettre comme ces prétendus reformez, c'est faire véritable cest oracle qui fut rendu à Thymesias, que les abeilles deviendront guespeis, et les oyseaux chauvesouris , c'est

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changer seulement la franchise françoise en feîntise, et le chien fidel en dissumulé regnard ; c'est tSbrt comme le chien d'Esope , prendre ron^ive pour le corps, et, comme Ixion, embrasser ane nuée poor Junon. O traistre ! pense-tu que les tendres d'Etheocles se puissent quelquefois mes- 1er avec celles de Polimces ? Le luth s'accordent t4l jamais, tandis au'il sera monté de cordes d'agneau et de loupr Pense-tu, mais le crois-tn^ 3 ne la brebis ne sente pas le loup, combien que éguisé en brebis ? Vivant odiâ, impr&ba vivmt,

Archibeste que tu es , crois-^tu que le monde soit encore grue, et qu'on ne sçaches pas que les moutons du Berry sont meilleurs que les iraittresde Cancale, et que, combien que Jc4aus devienne jeune, il est tousjours Jolaùs, sinon avec mesme baii)e , au moins avec mesme esprit et volonté.

Il faut renouveler les sens, et non la mme; toutefois ny la mine ny les sens, mais l'esprit, mais la volonté , et se souvenir que le grand maistre de nostre eschole dit : « C^and vins prierez, ne vous tenez pas aux rues, roaâs entrez en vostre chambrette, et ne faîtes pas comme les tristes hypocrites , qui exterminent leurs faces pour apparoistre grands jeûneurs. »

Mais, quoy! on ne veut plus de Momus, cm le condamneroit à la cadène, on le lieroit au pillory, s'il accusoit encore le défaut de nature, qui a manqué à laisser une fenestre au costé de l'homme pour y voir ses pensées et empesdior ses dissimulations. Une fenestre! Et pourqnoy fenestre, s'il àôk estre si couvert? Une fenestre à son costé! Et pourquoy, si nous sommes sans

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clarté et sans volonté de nous garder d'estre trompez? Pauvre France, prendras-tu point de ceste herbe , mais miraculeuse herbe ! que porte la terre de Sparte, nommée Tithymalus? Ha!

qu'elle est propre pour nettoyer tes yeux et aiguiser ta veue ! Et que bien plus facilement tu t'empescherois d'estre trompée ! Quoy donc ? tu ne vois pas que la caverne de Cacus est toute couverte de sable, pour esblouir et aveugler les yeux de ceux qui ne le cognoissent pas ! Tu ne considère pas que le vent d'une bouche relante (laquelle Liber, ce bon père , qu'on nomme vin, cent fois le jour fait plus parler que la vérité \ tu ne considère pas, dis^je , qu'il te porte de la poussière aux yeux , pour te faire avaller comme miel le mensonge.

Vilain satyre , bouc infeme et à longue barbe, pourquoy si près du feu , que tu ne connois pas P pourquoy toucher ce noble élément ? pourquoy escrire ce que tu ne sçais pas?

Menteur à triple thiare, faux trépied d'imposture , as-tu point de honte d'escrire que la déposition du gardien de ce grand collège a esté demandée par la plupart de ses religieux, et qu'ils ont procédé à l'eslection d'un autre?

Masque d'effronterie, front de suif, ose-tu bien à descouvert et par escrit faire paroistre ce que ton nom n'ose advouer, sans prendre tout aussi tost la déesse Metance par la main, pour te donner une torche de dix livres de cire à faire amende honoraire , et te repentir de tant d'impostures couchées dans tes discours véritables ?

Discours véritables ! Ouy s'il est véritable que le diable soit ange de lumière, que l'enfer soit

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le Paradis, et que les ténèbres soient le soleil.

Véritables ! Ouy, après que la pierre ponce aura passé par dessus, et que tu y auras couché, au lieu d'impostures, que tu es un notable menteur, un insigne affronteur, et une beste, qui as réputé pour miracle ce que jamais n'a esté en admiration. Un miracle que messire Jean trouve son bréviaire sous son chevet, quel miracle !

Un miracle ^dis-tu) qu'on rencontre de vieux statuts qui tousjours ont esté entre les mains des discrets du grand couvent pour le règlement de leur maison, quel miracle !

En Arcadie, en Arcadie! rossignol de moulin, et scache que ton ramage n'est pas capable de nous faire acroire des miracles. Mais il te le faut pardonner, et excuser l'ordure de ta bouche puante, car, ayant beu (et non sans subject) de ta fontaine de l'isle de Cea, tu es devenu tout brutal, l'entendement t'a quitté, et rienne trompe plus nos yeux que la peau qui te couvre. Et bien, Maistre Guillaume, mon amy, voylà un de ces beaux esprits desquels tu n'estois que l'avantcourier, qui devoit estre comme le prestre d'Apollon en Delphe, ne rien dire que la vérité, qui ne devoit point sortir des bornes de la pieté, de l'honneur, de la charité, qui devoit estre comme un autre Mercure, ne raconter que la volonté des dieux ! Que t'en semble ?

Parle, mais je m'empesche de jurer de peur de retourner à confesse : par le corbieu ! c'est une beste; j'en avois meilleure opinion, et m'a bien trompé, car je croyois qu'il parloit latin, et on dit que c'est un asne.

Affronteur, tu le sçavois bien, qu'il s'estoit as-

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sis sur le trépied de la mesdisance, et qu'il a voit esté soufflé au vent que l'Ange rebel a fait naistre du puis de l'abysme ; aussi ne m'éstonné-je pas si une infinité de sauterelles puantes et infectes courent les rues de Paris, et volent jusques dans les maisons des plus grands pour y vomir la puanteur de leurs caloramies , car c'est l'ordinaire que tel mauvais vent engendre telles vermines. Mais gare qu'on ne leur coupe la queue ! Garde que Samson n'attache ses regnards l'un avec l'autre, et qu'il ne se brusle en bruslant les moissons ! Gare que le venin ne leur rentre dans le cœur, et que l'espée de Goliath ne luy serve à le faire mounr.

Ouy dea, tu en serois, Maistre Guillaume ; on te couperoit la queue, et si près que tu dirois : Diable y ait part ! Et fi de la folie ! falloit-il que Maistre Guillaume feist ainsi le fol à son dommage ? Falloit-il qu'il detractast des gens de bien ? Devoit-il déterrer les morts pour les faire mentir ? Devoit-il se mocquer du reu roy de Portugal », un si grand prince , si valeureux, si vertueux, si indignement traicté de la fortune, et dont le corps hors dr terre sert encore de honte à la tyrannie d'Espagne ? Quoy ! devoit il se mocquer de ces pauvres religieux, qui sont si mal traités de leur gênerai ?

Voylà qui va bien, Maistre Guillaume ! Encore une fois recognoistras-tu ton capuchon vert, et

I . Don Antonio, prieur de Crato, prétendant au trône de Portugal , étoit mort à Paris en 1595, et avoît été enterré au couvent des Cordeliers , dans la chapelle de Gondi. L'auteur des Révélations Tavoit fait aussi apparottre à Maître Guillaume.

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si peut-estre tu ne seras pas toujours si foi, si sot, si mesdisant. Mais tromperois-tu bien, votidrois-tu mourir enta peau ? Croy moy, mon bon ^uny, il n'y a pas grande différence entre un asne et un muïet, entre toy et un veau. Va-t'en chez le boucher, qui te tire ia peau, on cognoistra mieux ta maladie. L'apoticaire te donnera un clystère de chien, si salutaire, que sans regarder en arrière tu courreras jusq^u'en Canada, et si feras venir des sauvages à milliers qui t'admireront en ceste posture extraordinaire. Adieu, mon grand amy, et n'oublie pas de faire un voyage aux Aittyciers : là, tu trouveras de l'herbe aux fols, et si guériras bien tost, pourveu que ta maladie nete. soit naturelle ; toutobis, quoy qu'il arrive, ou que tu vives, ou que tu meures, souviens toy de Gaultier Garguille.

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