‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 30 sur 137 · Sauvai, t. 2, p · texte numérisé non relu

Sauvai, t. 2, p

AU Théâtre avant 1660. Ixîx

qui s'y trouvoit déjà, avoit plus qu'aucun le privilège d'amuser Henri IV et d'être souvent mandé au Louvre. Le roi se donnoit le plaisir de lui faire mettre en farce les ridicules de caractère, d'allure ou de lan^a^e , des seigneurs qui se trouvoient là. Ainsi rien ne le divertissoit plus que de lui voir jouer les façons gasconnes du maréchal de Roquelaure. Il laisoit bon voir alors ce plaisant borgne, feignant de se fâcher, lutter de comique avec l'acteur qjii le singeoit sur la scène. « Une fois, dit Tallemant », le roi le tenoit entre ses jambes, tandis qu'il faisoit jouer à Gros-Guillaume^ la farce du gentilhomme gascon. A tout bout de champ, pour divertir son maître, le maréchal faisoit semblant de vouloir se lever pour aller battre Gros-Guillaume, et Gros-Gujliaume disoit : Cousis, ne bous fâchez. » Voilà le comique, voici le touchant; c'est toujours Tallemant qui parle: «Il arriva, dit-il, (Qu'après la mort du roi, les comédiens, n'osant jouer à Paris, tant tout le monde y étoit dans la consternation, s'en allèrent dans les provinces, et enfin à Bordeaux. Le maréchal y étoit lieutenant de roy ; il Moit demander permission. <c Je » vous la donne, leur dit-il, à condition que vous » jouerez la farce du gentilhomme gascon. » Ils crurent qu'on les roueroit de coups de bâton au sortir de là; ils voulurent faire des excuses. « Jouez, jouez seulement » , leur dit-il. Le maréchal y alla ; mais le souvenir d'un si bon maître lui causa une telle douleur, qu'il fut contraint

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