Var. : Courut
Qu'on lui payast nuict et jour Les arrérages d'amour K
Une jeune damoiselle Deroandoit à un vielleux :
« AsrXu perdu les deux yeux En jouant de ta vielle t — Non, mais ce fut l'autre jour, Payant mes debtes d'amour >. »
1. A la suite de ce couplet se trouve céluî-ci, dans le Nouveau Pâmasse des Muses :
Une fille de village Souspiroit incessamment Pour avoir le payement De six années d'arrérages , etc.
2. Ce couplet manque dans le Nouveau Parnasse des Muses, Pour le comprendre, il faut se rappeler que les chanteurs et joueurs d'instrumens dans les rues, au moyen igt, et jusqu'au xvu* siècle, étoient tous aveugles. On en a mille preuves, aussi bien en Allemagne qu'en Italie et en France. Voy. notamment un passage de Heber von Tritschelar, dans le Leben der Heiligen^ et un autre dans le Titurel, fol. 164. La vielle étoitpresoue exclusivement à l'usage des aveugles des rues. M. Bottée de Toulmon dit, parlant de cet instrument : « Il étoit réservé aux aveugles et aux mendians, car un passage d'une chronique manuscrite de Bertrand Du Guesclin en fait mention sous le nom d'instrument truant. Eustache Deschamps dit : Aveugles chifone aura; enfin, on trouve dans Gerson : Taie instrumentum vindicaverunt ipsi cœcL » (Instruments de musique en usage dans le moyen âge, Annuaire de la Société de l'histoire de France , 18^9, p. 189-190.) En Ecosse, parmi ces chanteurs aveugles , nous rencontrons le ménestrel Harry, blind Harry, ainsi qu'on l'appelle communément; en Angleterre, nous trouvons comme preuve le proverbe : As blind as a harper, et plusieurs passages de Ben Johnson et de Shakespeare. En Italie, on connott entre autres il cieco da Ferrara, puis Paolo Britti, il ciecco da Venetia, ainsi qu'il se nomme lui-même en tête de la seconde édition de ses chan-
DE Gaultier Garguille. 45
Mais je ne me sçaurois taire De ce rude jugement ; J'en appelle promptement^ Car, ma foy, c'est trop d'affaire
sons. (Voy. sur lui un article de M. G. Duplessis, Bulletin du bibliophile, 184), p. 29$.) Avec un des airs chantés par ces aveugles italiens on a fait Pair d'une danse longtemps célèbre, qui pour cela s'est appelée la Chacone. En Espagne, on appelle encore un certain genre de chansons romances de Ciegos, Les aveugles se permettoient aussi des chants historiques ; dans le Diable boiteux de Guevara (El Diablo cojuelo, t. 6), nous voyons un aveugle qui, monté sur une borne, chante à la foule les romances d'Alvar de Luna. En France, je le répète, il en étoit de même, sauf toutefois l'importance des choses chantées. On trouve déjà indiqués dans le Propriétaire des choses y de Corbichon, les joueurs de vielle aveugles; dans le Mystère de la résurrection, édit. Verard, fol. ) , on voit en scène un aveugle marchand de chansons ; Rabelais, liv. 2, ch. 31, nous montre un aveugle « qui sonnoit la noteavecques sa vielle » ; G. Bouchet(i 9* sérée) parle de ceux qu'on faisoit venir aux noces; dans le Francion (1681, in-8, t. 2, p. 229), le vielleux, mandé par Hortensius pour mettre en joie ses écoliers , se plaint «de ce que son pauvre luminaire est éteint. » Dans le Paranymphe de la vieille qui fit un bon office (Parnasse satyrique, 1660, in- 12, p. 2)8) il est dit :
Les aveugles, dessus leur vielle.
Ne chanteront autre nouvelle En mendiant dans nos maisons.
Saint-Amant fait dire par le Poète crotté à sa chère Sybile (édit. Livet,t. i^ p. 229) :
Remembre toy des sérénades, Qu'en mes nocturnes promenades, Accompagné d'un vielleur Aveugle, afin quedéceleur De nos amours il ne put estre, etc.
Enfin, le chanteur contemporain de Gautier Garguille, le Savoyard, chanteur du Pont-Neuf, étoit aussi aveugle <D'Assoucy, Aventures, t. 1, p. 249).
Que de payer nuîct et jour Les arrérages d'amour K
on Dieu , que je plains ces maris Sujets à jalousie !
J'en ay un qui me y eut nourrir
En cette tyrannie.
N'est-ce pas tien pour en mourir Que d'avoir un jaloux mary ?
J'en ay un qui me veut nourrir
En cette tyrannie; A tout ce que je prends plaisir,
Soudain me le desnie.
N'est-ce pas bien pour en mourir Que d'avoir un jaloux mary ?
A tout ce que je prends plaisir,
Soudain me le desnie ; Il ne veut pas tant seulement
Que je voye compagnie.
N'est-ce pas bien pour en mourir Que d'avoir un jaloux mary ?
Il ne veut pas tant seulement
Que je voye compagnie; Si tost qu'il vient quelqu'un chez moy
Il entre en frénésie.
N'est-ce pas bien pour en mourir Que d'avoir un jaloux mary ?