‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 92 sur 137 · Var. : Vous donnez le goust à la voix · texte numérisé non relu

Var. : Vous donnez le goust à la voix

Vous sucrez la pilule.

Framis ! qui ne vous cognoistroit Peut bien dire qu'il en tenroit.

Fust-il mil fois de Verdun :

Ma bouche abhorre le parfum K

Gautier.

Dieu ! belle , que tu me fais là De plaisantes équivoques !

ROBINETTE

Vous estes un vray monsieur boca Avec vos farilloques.

Pour de l'argent bien *,

Puisqu'on en donne tant pour rien.

Gautier.

De ta beauté je fus espris En allant en vendange.

ROBINETTE

La la, monsieur, tous vosmespris

Vous servent de louange ; C'est pour la forme seulement Que vous faictes ce compliment.

1. Ce couplet et les deux qui suivent ne sont pas dans la chanson de Malherbe. On y trouve à la place ceux-ci, qui valent beaucoup mieux :

Il n'y a biauté sous le ciel Qui soit à toy semblable.

— Si vou voulez parbolizer, Allez à tous les diables,

Avecques tout vostre jargon , Qui ne vaut pas un patagon.

En France, je suis admiré.

Comme chose adorable.

— si vous vous étiez bien miré, Vous iriez à l'estable.

Car vous êtes un ane bien fait.

Tant en paroles qu'en effect.

2, Ce vers se trouve ainsi dans toutes les éditions.

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Gautier.

Faut-il qu'un esprit hebeté Dans ce beau corps habite > !

ROBINETTE

si vous nommez laideur beauté,

J'ay en moy ce qu'où dicte.

Vous en contez, mais vos rébus

Ne passont pour jacobus >.

Gautier.

Mais quoy! N'aimer point Isabeau Seroit commettre un crime.

1. Voici ce couplet tel qu'il est dans la chanson de Malherbe , et tel qu'il a été reproduit en partie dans la Comédie des chansons, p. 141 :

Faut-il voir tant de cruauté

Parmi tant de mérites !

— Si vous appelez laideur biauté,

J 'avons c'en que vous dictes.

La, la, Monsieur, tous vos rébus Ne passont point pour jacobus.

2. Monnoie d'or angloise, à l'effigie du roi Jacques I*. Elle valoit 14 livres 14 sols. Comme l'écu d'or de France étoit loin de valoir cette somme , comme aussi, à l'époque où Malherbe dut faire sa chanson, on ne fabriquoit pas encore de louis d'or, le jacobus devoit être la monnoie la plus enviée à Paris , pour peu qu'elle y eût cours. Il n'est aonc pas étonnant qu'elle fût nommée ici de préférence à toute autre. Elle resta longtemps célèbre à Pans. On lit dans la petite comédie de Poisson, le Zig-Zag, scène Vï :

Lbonor.

Enfin, vous êtes indigent, Mais ce n'est que faute d'argent.

Octave.

C'est un abus.

Regardez tous ces jacobus.

robinette.

C'est à Nicole du Ponceau

Qu'il faut parler en rime; Elle respondra , car elle a leu

Les cnansons de lanturlu >.

I . Ce couplet diffère aussi de celui qui termine la ch de Malherbe:

N'aimer cas un sujet si beau^

C'est faire mille crimes.

— C'est à NicoUe du Poinciau

Qu'il faut conter ces rimes.

A respondra , car. elle a lu Les livres du père Goulu.

Ce dernier vers est à remarquer ; il prouveroit à lui seul ue Malherbe, dont la querelle de Balzac avec le P. Goulu ut ^ayer les derniers jours, est certainement l'auteur de la chanson. Il fait surtout allusion aux lettres que le R. Père feuillant publia contre son ennemi, sous le titre de lettres de PhyUargue à Ariste, et qui , comme style et comme ton, ne sont pas d'une leaure trop au-dessus d'une femme des halles. La NicoUe en question peut donc les connoître, si peu qu'elle ait de littérature. Dans la Comédie des chansons, p. 141, le couplet est reproduit, et avec de nouvelles variantes qui justifient mon dire. Gautier Gar^ille ne voulut pas sans doute parler du P. Goulu qui étoit mort depuis quelque années , quand il reprit la chanson. Il aima mieux rappeler le souvenir plus gaillard du Lanturlu. C'étoit un air

3U1 fût longtemps célèbre, et qu'on trouve noté parmi ceux u Recueil Maurepas, t. 2, p. 53. La Monnoye en fait ainsi l'histoire dans son Glossaire aes^o£^Bou/^u/g/to/Lf,édit.Fer' tiault,p. 349 : a Lanturlu-lanturb. Refrain d'un fameux vaudeville, ^ui eut erand cours en 1629. L'air en étant brusque et militaire, des viderons séditieux attroupés l'année suivante à Dijon, un jeudi au soir, 28 de février, et tout le jour du lendemain, premier de mars, furent de là nommés Lanturlus, parce qu'ils faisoient battre cet air sur le tambour par la ville , pendant leur marche. Ils pillèrent plusieurs maisons , et cette sédition j quand on en parle , est encore appelée la Lanturlu de Dijon.» En 1634, cet air n'étoit plus autant à la mode. Dans la chanson quatorzième

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Tout est perdu, ma voisine, Je me brusle à petit feu.

Le traistre a fort bonne mine , Mais il a fort mauvais jeu ; Et, puisqu'il faut vous le dire , Il n'a pas le mot pour rire.

Ha ! que n'estois-je endormie Quand je fis ce faux marché !

Hè ! ma commère , ma mie , J'ay commis un grand péché, Car, puisau'il faut vou$ le dire.

Il n'a pas le mot pour rire.

Je le pince et je le picque Pour l'amener à mon point ; Mais il est si pacifique Qu'il ne se revenche point.

J'ay beau luy faire et luy dire , Il n'a pas le mot pour nre.

du recueil le Doux entretien des bonnes compagnies, où il est parlé de refrains en faveur, il est dit :

Lanturlu n'est plus en règne, Son discours est ennuyeux.

Courval Sonnet n'en disoit pas moins, dans la préface de ses satires, que toute l'époque de Louis XIII étoit £aite pour être chantée sur cet air-la En 1 771, il fat encore un mot de Talliement, mais tout burlesque cette fois. Le marc|uis de Croismare en fit la devise d'un ordre dont il s'intitula le grand-maître, et dont madame de la Ferté-Imbault fiit la grande-maîtresse. On l'appela l'ordre de Lantureiu. (L. Lalaimt y Cunorisitis littéraires, p. 573-374-)

Mais tout ce qui me console , C'est que sans luy dire mot Je feray bientost la folle , S'il fait plus longtemps le sot, Avec un qui pourra aire Qu'il aura le mot pour rire.

Gautier est bon cordonnier (bis) Qui faisoit bien un souUier !

Mais je vous dis si juste , Qu'il n'est rien plus juste, Carîl luy mettoit tout droit La mesure qu'il luy falloit.

Le cordonnier voulut voir (bis)

Si elle en pouvoit avoir.

« Cordonnier si juste,

Qu'il n'est rien plus juste , Je te prie, dy moy tout droit La mesure qu'il me faudroit.

Et je te prie , n'en mens point , (bis) Combien faudroit-il de point

Pour chausser si juste ,

Qu'il ne soit rien plus juste ?

Je te prie , dy mpy tout droit La mesure qu'il me faudroit.

— Pour vous chausser bien à point (bis) Il vous faudroit quinze point,

Mais je vous dy si juste ,

Qu'il n'est rien plus juste.

DE Gaultier Garguille. 79

Madame , voilà tout droit

La mesure qu'il vous faudroit» »

Lors il luy leva le pied (bis)

Et tira son chausse-pied,

Et luy mit si juste,

Qu'il n'est rien plus juste, Une forme, bien à point, De treize à quatorze point.

Catin dormoit dessus l'herbette.

Colin leva sa chemisette ; Il vit je ne sçay quoy de noir.

Il luy dit : «Ma douce Perrette , Je te prie, laisse moy tout voir.

Fa, la la la , la la la, la la leyre.

Fa, la la la, la la la, la la la.

— Si tu Pavois veu , je suis seure , Tu me baiserois tout à l'heure.

— Non feray, je te le promets. »

Elle baissa sa chemisette :

«Tu ne le verras donc jamais.»

Fa, la la la, la la la, la la leyre, Fa, la la la, la la la, la la la.

Colin, recognoissant sa faute, S'escria d'une voix si haute :

« Mignonne, je te baiseray. »

Elle leva sa chemisette.

8o Chansons

« Pour cela je le montreray^ »

Fa, la la la, la la la, la la leyre.

Fa, la la la, la la la, la la la.

Colin la prend et si l'embrasse; Et puis, d'une amoureuse audace , Il la baisa cinq ou six fois.

« Reposons-nous, ma douce amie.

Car c'est assez pour cette fois.

Fa, la la la, la la la, la la leyre.

Fa, laJa la, la la la, la la la.

— Recommençons, ma chère vie; Recommençons, je t'en supplie, Car à ce jeu je prends plaisir.

— Pardonne-moy, ma douce amie.

Car je n'en ay plus le désir. »

Fa, la la la, la la la, la la leyre.

Fa, la la la , la la la , la la la.

Colin la baise et la rebaise.

Catin ne fùst jamais si aise Quand elle vit recommencer.

Lors il luy a fait la chosette Qu'une fille peut désirer.

Fa, la la la, la la la, la la leyre. Fa, la la la, la la la, la la la.

ous estes plaisant De couler vostre main Tantost soijbs ma jupe

DE Gaultier Garguille. 8t

Et tantost sur mon sein.

Allez plus loing faire le fou , Monsieur, pour qui me prenez-vous P

— Vraymeitf , c'est pour vous ;

Il vous faut un baiser.

— Vous ne mettez guerre

A vous apprivoiser.

Allez plus lomg faire le fou , Monsieur, pour qui me prenez-vous ?

Colin me forçoit, A mon contentement.

Je ne respondois Qu'en disant doucement :

Allez plus loing faire le fou , Monsieur, pour qui me prenez-vous ?

Ce badin alors Ne me caressant plus, A mon grand regret Prist ces mots pour un refus :

Allez plus loing faire le fou , Monsieur, pour qui me prenez-vous P

Sot qui ne voit pas Qu'on n'ose le prier,

Et que [3our la mine Au moins il faut crier :

Allez plus loing faire le fou, Monsieur, pour qui me prenez-vous P

Gaultier Garguille. 6

A uprès de Charonne », /i^Une truye cochonne A pondu trois perroquets Et une paire de muliets.

On a veu dame Simonne Les coueffer de bavollets.

Une mariée ,

DèsPaprès dinée,.

Monta sur un escabeau Et pondit un estQurneau.

Son mary la r'envoye Pour la refondre au fourneau.

Au milieu de France

On a veu Clémence Qui se fardoit le teton D'une couainne de jambon.

Elle en a farcy sa panse Pour plaire à Colin-Tampon 2.

1 . Coq-^-l'asne dans le genre de celui que nous trouverons plus loin , et au sujet duquel nous aurons à nous étendre davantage.

2. Onomatopée formant refrain , cùtamt iarar^ompon , guéridon, et qui, de même que ce dernier mot, finit par devenir un nom burlesque. L'air dont il faisoit partie fut choisi par les tambours suisses pour battre la marche, conrnie nous avons vu les tambours françois adopter l'air : En revenant de Saint-Denis en France, et les vignerons dijonnois celui du Lanturelu, De là vient que, par dérision, l'on ne donna plus aux soldats suisses que le nom de colin-tampon. Voy. les Mémoires de VÉtat de France sous Charles /X^ t. 2, f^ 208. Dans le Petit cabinet de chansons nouvelles et amou^ reuses, recueillies de divers autheurs, Lyon , pour Vincent

DE Gaultier Garguille. 8j

Une lavandière

Farde son derrière.

Elle luy a fait faire un estuy Tout d'or et de cuir bouilly.

Quand elle est à la rivière Son ponant est au midy.

u logis de Cupidon J'estois le premier garçon.

Quand il mit du feu grégeois Dedans ma soupe et dans mes pois.

Je brusle comme un tison Pour l'amour de Marion , Quand j'ay mangé mes navets Je luy compose des sonnets.

Elle a gravé ses amours Sur ma toque de velours, Et moy sur son corset gris J'ay painturé tous mes ennuis.

Elle conte tous les mois Mes perfections par ses doigts, Et moy avec des jettons Je luy calcule ses oisons.

de Cœursilly, 1614, petit in- 16, p. 34>se trouve une chanson joyeuse propre pour boire à la suisse, sur un chant nouveau. Son refrain est : Colin-tampon, et il est certain qu'elle se chantoit sur le vieil air dont je viens de parler.

L'autre Jour aux Quinze-Vingts Je luy oonnay des raisins Pour iuy lascher doucement Tous les affaires du ponant.

Ma commère , c|uei courroux Me vient saisir le courage !

Maudit soit le mariage Et les maris qui sont doux !

Chez nous le mien fait le sage , Partout ailleurs il est fou.

Vous voyez ce bel espous N'avoir soin que du mesnage. N'ayez pas peur qu'il s'engage A me rien dire chez nous, Car il y fait trop le sage , Partout ailleurs il est iou.

Il me fléchit les genous Quand il revient du village.

Mais à quoy sert cet hommage ?

Il ne me fait rien du tout , Car il y fait trop le sage , Partout ailleurs il est fou.

J^ luy dy : D'où venez-vous ?

Et de cner je fais rage , Pensant l'aigrir davantage Pour en avoir quelque gous; Mais il y fait trop le sage , Partout ailleurs il est fou.

DE Gaultier Garguille. 85

Je confesse avec^ue vous Que je sul^ un iaid visage ; Mais la nuit j'ày l'advantage , Il y devroit prendre gous.

Mais chez nous il fait le sage y Partout ailleurs il est fou.

Pour échauffer mon vieillard > J'ay beau chercher des ruses *, J'ay tousjours du vieux penart

De nouvelles excuses.

Sa carcasse est immobile En ce que ' je vais cherchant ; Mais, s'il veut vivre 4 inutile, Je n'en veux pas faire autant.

Tous ses membres, à demy-mortst.

Font une anathomie; Ce qu'il a d'humeur au corps

S'en va par sa roupie ; Le reste , sec et débile , N'a rien de ce qui plaist tant.

Mais , s'il veut vivre inutile , Je n'en veux pas faire autant.

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