‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 2 sur 66 · LETTRE-PRÉFACE · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE

Cher Monsieur,

Vous tirez sur moi une lettre de change. Il y a six ans, dans un article que vous voulez bien vous rappeler, je me permettais de taquiner irrévérencieusement MM. les philologues, romanistes, médiévistes et autres détenteurs -jurés de la « matière de France, » comme ils disent dans leur langage technique. Ce langage est ici admirable de justesse et de signification : ils ont raison d'appeler ainsi l'ensemble de vieilles épopées. Chansons de geste et Romans de

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chevalerie, qui est bien véritablement la matière féconde dont se forma plus tard le génie littéraire de notre France.

Je demandais donc à ces gardiens du trésor national un peu moins de scrupule, un peu plus de libéralisme ; je souhaitais qu'ils interrompissent parfois leurs savantes discussions sur ces textes interdits aux profanes et qu'ils nous en montrassent quelque chose ; je les adjurais d'ouvrir enfin Icfons signatus, le réservoir scellé où dorment les eaux-mères de notre poésie épique, pour reverser dans notre littérature moderne ces eaux bienfaisantes. Bref, je sommais les savants de faire l'aumône aux ignorants, au grand public, et de lui donner des versions de nos Chansons de geste où il pût reconnaître ses sentiments d'aujourd'hui dans le cœur des trouvères de jadis. J'essayais d'intéresser leur patriotisme en leur redisant ce qu'ils savent bien : l'Allemagne, partie la première, eut la fortune d'enfanter un conquérant qui annexa notre patrimoine et en fit honneur à son pays ; ce prodigieux Wagner a puisé aux sources celtiques, aux sources françaises le plus souvent, les torrents de poésie lyrique qu'il a détournés sur l'Allemagne et répandus de là sur le monde.

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