LETTRE-PREFACE VII
Je n'ai pas à regretter mon audacieux braconnage sur les chasses réservées de MM. les philologues. M. Bédier a bien voulu me dire qu'il y avait trouvé un stimulant pour cette exquise recomposition de Trislan et Iseitlt, qui tait aujourd'hui nos délices. Si le public était mieux informé des livres où il peut chercher de grands plaisirs, ce roman dix fois séculaire serait de préférence à tout autre le roman du jour. Où trouvera-t-on plus de grâce délicate, plus de passion, plus d'intérêt dramatique ? Je puis en appeler sur ce point à votre témoignage : Le retour d'hcitU, le poème où vous avez condensé la légende des amants de Cornouaillcs, dit éloquemment que nul mieux que vous ne sut aimer et comprendre
.... la mélancolique et traijiquc chanson
Qui vous poiyne le cœur et sans cesse vous hante.
Mais vous, Monsieur, vous n'aviez pas attendu ma mise en demeure. Poète, — et « vrai poète de Geste, » selon le mot élogieux de Mistral, — vous étiez revenu d'instinct à ces chansons maternelles ; vous vous étiez dit avec raison que, même après Victor Hugo, on pouvait encore exhumer du reliquaire des aïeux les éléments épars de vingt Légendes