L'ÉCHANSON DU ROI
Dans le beau palais du roi d'Angleterre, Derrière le trône au riche décor, Les yeux souriants, l'âme vierge encor Et tout glorieux de son ministère.
Un jeune échanson tient la coupe d'or.
Voici que soudain arrive de France Un messager pâle et tellement las Qu'il n'a plus de souille et ne répond pas ; Mais à l'échanson, qui vers lui s'élance. Précipitamment il a dit tout bas :
« Le comte est malade et vous mande ; un traître Envahit son fief, pillant et pendant Quiconque ne veut à lui se soumettre.
Dans Boulogne en deuil, ô mon jeune maître, Votre mère pleure en vous attendant ! . . . »
Quel est au lointain cet enfant qui passe ^ Sous ses cheveux blonds brille son œil bleu. C'est lui, l'échanson du roi, c'est Witasse ! Son cheval fumant dévore l'espace Et du sol sonnant fait jaillir le feu.
— (( Les champs de bruyère et les bois de rouvres, Plaines et ruisseaux, collines et val.
Franchis tout et vole, ô mon bon cheval ; Une fois rendus dans le port de Douvres, Nous lèverons l'ancre au premier signal.
(( Hardi, marinier! Rame vite, rame !
Pour avoir du cœur songe à tes amours ; En très grand péril priant Notre-Dame, Ma mère, là-bas, pleure et me réclame.
Là-bas, au château dont tu vois les tours. ))
O douleur ! partout la mort, l'épouvante ; Le libérateur arrive trop tard ?