‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 5 sur 66 · LETTRE-PREFACE IX · texte numérisé non relu

LETTRE-PREFACE IX

Votre vers est habile et sonore. Ces qualités de métier me touchent peu quand la pensée est vide ou basse ; elles décuplent le pouvoir d'une pensée généreuse, elles sont indispensables au poète qui veut s'emparer des âmes. Pour prendre les nôtres, vous faites appel à ce qu'elles gardent de plus pur au tond d'ellesmêmes : l'amour de la patrie, le culte de ses gloires, la communion douloureuse dans ses malheurs. J'aime dans ce nouveau livre ce que j'aimais dans le Sang de France : l'intelligente et filiale inspiration qui rattache nos émotions présentes aux plus vieux émois de la race, le souffle égal qui nous conduit de l'héroïsme malheureux d'un Sighebert ou d'un Girart au sublime sacrifice des cuirassiers de Reischofli^en, alors qu'ils chargent

Comme k-t- Templiers chargeaient à Saint-Jean d'Acre, Et comme leurs aînés chargeaient à Waterloo.

C'est l'attrait et l'originalité de votre poésie, qu'elle plane ainsi sur tous les moments épiques de notre histoire, et qu'elle opère sans effort, dans les sentiments éternels, une majestueuse fusion des âmes françaises à travers les siècles. Jamais encore vous ne l'aviez tentée aussi large, aussi complète. Oh ! la

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