‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 51 sur 66 · I.E RETOUR D ISEULT · texte numérisé non relu

I.E RETOUR D ISEULT

Sans pain, sans aliments, ils vivent de la chasse Ou bien des fruits des bois, et boivent aux ruisseaux ; Ils errent tristement, les habits en lambeaux, Tremblant à tout moment qu'on découvre leur trace.

Par une après-midi, sous le soleil d'été, Revenu fatigué d'une course lointaine, Dans la hutte construite au pied d'un vaste chêne, Tristan dormait, avec Iseult à son côté.

L'un et l'autre ils étaient vêtus ; sur le feuillage Son épée entre eux deux gisait, sanglante encor, Et de la reine, ayant au doigt son anneau d'or, Un rayon caressait le pâle et doux visage.

Survient un forestier qui les surprend ainsi.

Quelle joie ! il aura la récompense offerte !

Il s'esquive sans bruit, pour éviter l'alerte.

Et court vers le roi Marc, — si prompt, que les voici !

Le glaive au poing, voulant mourir s'il ne les tue, Le roi marche à l'endroit où le couple est caché ; A travers le feuillage il voit Tristan couché, Et dormant près de lui, la reine est étendue.

Son bras se lève, prêt à s'abattre sur eux. . . .Mais soudain la pitié s'empare de son âme. (( Non, il n'est pas félon, elle n'est pas infâme, Cette épée en témoigne et leurs traits malheureux.

(( En quel état ils sont, eux si brillants naguère ! Les frapper endormis, ce serait lâcheté. Si je l'éveille et qu'il me tue, en vérité, Songe Marc, c'est de moi que rira le vulgaire.

(( Laissons-les vivre encor, mais que, s'ils ont péché, Du moins à leur réveil terrifiés ils sachent Qu'à mes regards en vain les coupables se cachent, Et puisse de remords leur coeur être touché ! »

Détournant le rayon dont la reine est frappée, Le roi fait de son gant un écran au soleil ; Il substitue au sien son anneau d'or pareil Et là même où gît l'autre,, il pose son épée,

Puis s'éloigne, en disant au rustre : (( Sauve-toi ! )) Iseult rêve, à l'instant, qu'un lion fond sur elle, Elle sent dans ses chairs entrer la dent cruelle, Et s'éveille en sursaut, avec un cri d'effroi !

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