I E RETOUR D ISEULT
Tristan n'a fait qu'un bond, et sa main saisit l'arme ; Mais il l'a reconnue à l'or de son pommeau ; R!n même temps Iseult à son doigt voit l'anneau. . . Soudain tout se devine et la reine s'alarme :
(( Ah ! nous sommes perdus, il nous a découverts ! ))
Alors au doux passé chacun en soi repense,
Et de se voir errants et proscrits, en silence
Ils pleurent, en songeant à tant de maux soufferts.
Oui, l'unique moyen de finir leur détresse, C'est d'aller implorer le roi prêt à punir. . . Leurs larmes ont coulé, Marc se laisse fléchir. Mais à condition que l'amant disparaisse.
Pour tuer son désir, Tristan s'est exilé.
Il a pris — ô chimère ! — une autre Iseult pour femme;
Mais elle n'eut jamais ni son corps ni son âme,
Et par monts et forêts il erre inconsolé.
Or, un jour qu'il allait chassant à l'aventure, Il reçoit une flèche au fer empoisonné. A son mal sans espoir il reste abandonné ; Seule, Iseult le pourrait guérir de sa blessure.
Alors, dans son malheur, il mande un messager. Et, porteur d'une bague, à sa Dame il l'adresse. (( Par ce signe, dit-il, annonce ma détresse, Et la reine viendra me sortir de danger.
(( Prends ma nef aux clous d'or, à la poupe d'ivoire,
Et songe à déployer voile blanche au retour.
Si la reine te suit, fidèle à notre amour;
Mais, si tu reviens seul, hisse une voile noire ! »
Devers la Cornouaille, en son esquif léger Le messager s'en va, fendant la mer profonde ; Et l'autre Iseult, chez qui sourde colère gronde, Ayant tout entendu, jure de se venger.
A son mari, pourtant, elle fait bon visage, Et le console avec les plus tendres propos ; Mais lui, chaque matin, sans sommeil ni repos, Pour voir si vient la nef, il envoie au rivage.