UN TROUBLE-FETE
Ils vantaient à l'envi leurs prouesses passées :
— (( Moi, dit l'un, sans parler des têtes fracassées, J'ai bien, à coups d'épée, occis vingt combattants, Au service du Pape. Ah ! c'était le bon temps ! Vive la guerre vraie où librement on pille.
Sans souci des manants !
— Moi, fait l'autre, en Castille, J'ai mis en fuite, avec la lame que voilà, Le chef co»?z;7?e;T) don Juan de F^adilla.
— Et moi, dit un Toscan, au siège de Ravenne, Après avoir tué les Français par douzaine,
Je sortis le dernier, par l'armée assailli ;
Plus tard même, à Novare, oui, messieurs, j'ai failli.
Comme il allait dîner, prendre le connétable ! . . .
A propos, j'ai grand'faim. Quand se met-on à table ? »
Justement, un château s'offrait à leurs regards. Ses habitants ont fui la guerre et ses pillards, Mais tout y reste en place et la cave est garnie. (( Quelle aubaine ! On va donc dîner de compagnie. Dans la vaisselle d'or, comme de grands seigneurs, Et des vins les plus vieux déguster les meilleurs. Mais si quelque fâcheux nous dérange, bataille ! » Et les voilà riant, buvant, faisant ripaille, Réveillant les échos par leurs chants et leurs cris
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Saccageant la demeure et souillant les lambris. Si l'on dansait ^ L'un d'eux court au bout de la salle, Et du haut d'un bahut conduit la saturnale, Se faisant un tambour d'un baril défoncé. . .
Soudain, ils se sont tus, les rires ont cessé ; Il semble, tout à coup, que l'épouvante gagne Tous ces foudres de guerre et ces tranche-montagne, Et leur bande au galop décampe sans retard, — Car là-bas. sur la route, ils avaient vu Bavard !