‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 60 sur 66 · LES CHEVALIERS DE MALTE · texte numérisé non relu

LES CHEVALIERS DE MALTE

Premiers soldats du Christ, Frères Hospitaliers,

Volontaires servants des humbles, chevaliers

Qui juriez d'obéir, d'être pauvres et chastes,

Et qui, dans les exploits dont rayonnent vos fastes,

Mus par un idéal de notre âge incompris.

Faisiez face à la mort avec tant de mépris ;

L'Isle-Adam,d'Aubusson,LaValette,ôgrands maîtres

D'une race intrépide héroïques ancêtres.

Que ne puis-je, en des vers moins indignes de vous.

Opposer votre gloire à nos rivaux jaloux,

Et, sonnant les hauts faits qu'accomplit votre ôpée, Aux siècles à venir léguer une épopée ! . . .

Ces hommes-là croyaient, et partout ils sont grands. La Croisade les voit combattre aux premiers rangs : Edesse, Ascalon, Tyr, Antioche, Damiette, Mansourah, Saint-Jean-d'Acrc où sombra la conquête, Quels témoins immortels du courage chrétien ! Pour eux, rompre est d'un lâche et l'obstacle n'est rien ; Comme au sein de la terre entre un soc de charrue, Quand leur escadron rouge à croix blanche se rue A la charge, il renverse, écrase, emporte tout !

A Rhodes, sur la brèche Aubusson est debout.

Faisant au loin voler tant de têtes coupées.

Qu'il paraît, à lui seul, manier dix épées.

Insoucieux du sang qui coule de son corps,

Incessamment, toujours, il entasse les morts,

Cible exposée aux traits, sans casque et sans cuirasse.

— (( iMettez-vous à couvert et laissez-nous la place ! »

Clament ses chevaliers. — « Non, j'y reste, dit-il,

La place du grand-maître est au cœur du péril ! »

A bout de force, enfin, sur ses genoux il tombe. . .

Alors, au cri jeté, ce fut comme une trombe ;

Et saisis de panique et roulant aux fossés.

Quinze fois plus nombreux les Turcs sont repoussés.

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