‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 62 sur 66 · VIEILLE LÉGENDE · texte numérisé non relu

VIEILLE LÉGENDE

Au pays avranchin fleurit cette légende.

Amel était pêcheur sur la côte normande, Et chaque fois qu'en mer il jetait son filet, Amel priait ainsi : « Fais, mon Dieu, s'il te plaît. Que le poisson abonde et qu'il s'en emprisonne Assez pour que j'en vende et pour cju'aussi j'en donne ! » Penhor, sa femme, allait vendre au mont Saint-Michel La pêche qui grouillait dans la barque d'Amcl, Et du produit vivait heureux l'humble ménage.

Ceci date de loin : c'était au moyen-âge.

Dieu de ces pauvres gens avait béni l'amour

En leur donnant un fils, blond chérubin. — Un jour,

Ou plutôt une nuit, ils furent dans les sables

Surpris par la marée aux flots infranchissables,

Dont un brusque ouragan précipitait le flux,

PZt tous les trois alors se sentirent perdus.

Amel dit à Penhor, que déjà la mer frôle :

(( Pour durer plus longtemps, monte sur mon épaule ! »

Et remettant son âme entre les mains de Dieu,

Ferme et droit, dans le sable il entre comme un pieu.

Lorsque Penhor le vit disparaître : (( Ah ! dit-elle,

Elle n'est pas pour toi, la mort la plus cruelle ! »

Et comme elle enfonçait dans l'abîme à son tour,

Elevant dans ses bras le fruit de leur amour :

{( Pour échapper au flot qui te menace, pose

Sur mon épaule, ami, ton cher petit pied rose.

Et d'Amel et de moi qui vais aussi périr,

Dans ton cœur à Jamais garde le souvenir ! »

Penhor a disparu. Le petit enfant pleure, La mer l'aura lui-même englouti tout à l'heure ; Ses cheveux sur les eaux seuls surnagent encor. Mais saint Michel arrive, et par ces cheveux d'or Tirant l'enfant du gouffre, il le rend à la vie.

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