LA CHARGE IMMORTELLE
— 6 août i8yo
Sur le ciel flamboyant que sa lueur inonde, La bataille se tord, hurle, crépite ou gronde, Telle qu'un incendie affolé par le vent. Ah ! c'est épouvantable et splendide !
— « En avant ! )) Et d'autres escadrons roulent comme un tonnerre Dans le gouffre où tout croule et sombre. . .
Ainsi, dans l'aire.
Le moissonneur bronzé par la chaleur des jours, Sans trêve, à la batteuse offre les épis lourds ;
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Et la gueule de fer, qui dévore et qui broie, Est là, toujours béante et réclamant sa proie !
De Wœrth à Frœschviller, zouaves et turcos Bondissant et de cris déchirant les échos, Nous luttons depuis l'aube écrasés par le nombre. Et sans cesse, là-haut, s'étend la ligne sombre. La multitude accourt du fond de l'horizon. . . Angoisse inexprimable où fléchit la raison ! C'est l'envahissement du pays qui commence : Le pied de l'étranger sur le cœur de la France, Nos foyers, nos autels à sa merci livrés. Et nos mères — tordant leurs bras désespérés En entendant nos sœurs pâles crier vers elles !
Déjà, les Prussiens débordent nos deux ailes. Vaincre étant impossible, on songe seulement A couvrir la retraite. Et voici le moment, L'heure du dévouement suprême et du martyre ! Pendant que son armée à pas lents se retire, Mac-Mahon fait venir les derniers cuirassiers : « Allez ! et soyez grands comme vos devanciers ! » Dit-il, en leur montrant, là-bas, la mer humaine. Ils sont cent mille ! Et nous ^ Une poignée à peine ! Mais, sans s'inquiéter de l'impossible effort Contre deux cents canons aboyant à la mort,
— Car nos soldats alors ignoraient la défaite — Ils se sont alignés comme pour une fête !
— « Chargez ! » Le régiment s'ébranle entier, pareil A quelque être inouï sous les feux du soleil ! Penchés sur le pommeau de leur selle, intrépides, Ils vont, pointant au corps et sabrant sur les brides ; La mitraille les fauche avec des craquements Horribles, les boulets ouvrent des trous fumants Dans cet amas d'éclairs qui passe et tourbillonne; La salve les renverse et l'obus les moissonne. . .
Où sont-ils ^ . . . Perdus ^. . . Non ! les voici, balayant Tout ce qui fait obstacle à leur vol effrayant ; Et l'armée allemande, ouvrant son orbe immense. Flotte, hésile, et recule enfin. — Vive la France ! . . .
Mais le rempart de fer au choc a résisté. Après Morsbronn, Elsasshausen, — fatalité ! Après ceux-ci, ceux-là ! Poussant des cris de joie, Là-haut le vautour plane, en attendant sa proie. Quels festins lui promet ce duel surhumain !
A travers l'ouragan se frayant un chemin, Ils chargent l'ennemi caché qui les massacre. Comme les Templiers chargeaient à Saint-Jean-d'Acre, Et comme leurs aînés chargeaient à Waterloo,