‹ Chansons de geste. Préf. du vicomte E. Melchior de VogüéChapitre 65 sur 66 · LA CHARGE IMMORTELLE 25 I · texte numérisé non relu

LA CHARGE IMMORTELLE 25 I

Toute la plaine en feu tremble sous leur galop,

Et vaincus et vainqueurs, pour l'œuvre expiatoire,

Culbutent pêle-mêle au charnier de la gloire !

D'autres entrent en ligne, escadrons déployés.

Et sont bientôt rompus, fusillés et broyés !. . .

Oh ! ne pouvoir saisir ces tueurs invisibles

Qui, de loin, sans danger, les choisissent pour cibles ;

Ne pouvoi»r arriver jusqu'à ces Bavarois

Blottis dans les houblons et derrière ces bois,

Pour cracher son mépris à leurs faces épaisses

Et, d'un coup, les clouer pantelants sur leurs pièces !

Ivres, les poings crispés, les yeux levés au Ciel, Et leur âme flottant loin du monde réel. Ils vont, troupe héroïque aux trois quarts décimée. Que le vertige emporte à travers la fumée. Par dessus les blessés et les chevaux épars. Un deuil inexprimable emplissant leurs regards. . . Que voient-ils ^ Ton image adorée, ô Patrie, Pour qui la Mort les pousse à l'horrible tuerie ! Ils se savent perdus et chargent sans espoir ; Mais ils donnent leur vie en martyrs du devoir. L'amour qui les exalte et qui les transfigure Leur fait dans le drapeau chercher la sépulture ; Souffletant la victoire aux aveugles tournois. Ils reforment leurs rangs pour la septième fois,

Et, beaux comme des dieux sous l'armure étoilée, Les derniers cuirassiers plongent dans la mêlée ! . . .

Ne pleurons pas, chantons ces immortels soldats. Et, gardant de l'oubli nos cœurs trop vite ingrats, Répandons les lauriers et les fleurs par jonchée Sur le vaste ossuaire où leur ombre est couchée ; Car, Français d'un autre âge et vaincus sans rivaux, Ils ont dans notre histoire éclipsé Roncevaux !

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