‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 139 sur 334 · Il n'y aura pas de jour où je ne pleure ta perte · texte numérisé non relu

Il n'y aura pas de jour où je ne pleure ta perte

Les leur dirai étranges et cruelles :

Mort est Roland, qui fit tant de conquêtes!

Vont contre moi se révolter Saxons,

Hongrois, Bulgares, et tant de gens adverses,

Romains, Pouillains, et tous ceus de Palerme, : Et ceus d’Afrique, et ceus de Califerne.

Lors s'accroitront mes peines, mes souffrances;

Qui guidera mes osts comme celui

Qui tous les jours était à notre tête ?

Eh ! France douce, comme tu restes veuve!

Si grand deuil ai que je ne voudrais être!. »

Sa barbe blanche il commence à tirer,

Et à deus mains les cheveus de sa tête.

Cent mille Francs s’en pâment contre terre.

« Ami Roland, que Dieu t'en récompense!

L'âme de toi en paradis soit mise !

Qui t'a tué, France douce a honnie.

Si grand deuil ai que je ne voudrais vivre, Quand ma maison pour moi reçoit la mort.

Me donne Dieu, le fils sainte Marie,

Avant que vienne ? aus maîtres ports de Cize, Que de mon corps l’âme fût séparée,

Entre les leurs fût appelée et mise,

Et ma chair fût auprès d’eus enfouie. »

1. C'est-à-dire : « que je voudrais ne pas être. » 2. Avant que je vienne.

Pleure des yeus, sa blanche barbe tire.

Et dit duc Naimes : « Or a Charles grande iret. »

« Sire empereur, ce dit Geoffroi d'Anjou, Cette douleur ne démenez si fort !

Par tout le champ faites chercher nos gens, Que ceus d'Espagne en bataille ont occis ;

En un charnier commandez qu’ils soient mis. » Ce dit le roi: « Sonnez-en votre cor. »

Geoffroi d'Anjou a son clairon sonné ; Français descendent ?, Charles l’a commandé.

Tous leurs amis, qu'ils y ont morts trouvés, Dans un charnier sitôt les ont portés.

Beaucoup y a d'évêques et d'abbés,

Moines, chanoines et prêtres tonsurés :

Les ont absous et bénis de par Dieu, Myrrhe et encens y firent allumer,

Et bellement tous les ont encensés ;

En grand honneur, puis, les ont enterrés.

Les ont laissés ; qu’en feraient-ils de plus ?

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