LA FORET
Un jour, j'errais solitaire Dans ce bois plein de mystère Qui nous fit des jours si doux ; Je laissais à la dérive Aller ma pensée oisive; Sans doute elle alla vers vous.
Car j'étais dans cette allée
Isolée Que vous connaissez si bien ;
Et Ton pense à ce qu'on aime
Alors même Qu'on croit ne penser à rien .
Déjà la rapide automne
Avait flétri la couronne
Des tilleuls prompts à jaunir,
Et les feuilles détachées
Sous mes pas craquaient séchées,
Quand je vous sentis venir.
Je vis s'emplir de lumière
La lisière Des bosquets hospitaliers , Et, sur les branches muettes,
Les fauvettes Dirent leurs chants printaniers.
De sa longue écharpe verte La forêt s'était couverte :
Vous reveniez parmi nous. Vous marchiez encor plus belle ; C'était la saison nouvelle Qui revenait avec vous.
Nous nous assîmes ensemble
Sous ce tremble Qui se balance là-bas ; Et, dans nos propos intimes.
Nous nous dîmes Ce que l'on se dit tout bas.
Vous aviez repris, moins fîère.
Votre indulgence première ,
GBAINSONS. 233
Votre sourire perdu; Vous excusiez mon audace , Car rien ne marque la trace D'un baiser pris et rendu.
Tout à coup un corbeau passe
Dans l'espace, Poussant un cri plein d'effroi..
L'illusion de mon rêve
Fut trop brève ; Vous n'étiez pas près de moi.
Le ciel chargé de nuages Étendait sur les bocages Son manteau lourd de frimas ; L'avenue était déserte; La forêt n'était pas verte ; Les oiseaux ne chantaient pas.
LAXLAIRE.
Avez-vous connu Lanlaire y Dont nous pleurons le trépas?
De pareils, on n'en voit guère ; De pareils, on n'en voit pas.
Lanlaire, lanla.
A peine était-il au monde , Qu'au lieu de geindre et crier, Il s'en allait à la ronde Chanter dans tout le quartier :
Va te faire Lanlaire !
A ce point qu'on l'appela Lanlaire y Lanla.
Va te faire lanlaire, Va te faire lanla !
On le mit dans un collège Pour apprendre le latin ; Il jouait, le sacrilège; Il fumait , le libertin !
Lanlaire, lanla.
Et, quand le maître sévère Le condamnait au pain sec , Sa nourriture ordinaire, Il lui répondait en grec :
Va te faire Lanlaire !
Il ne savait que cela :
Lanlaire , Lanla !
Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !
On lui dit : Va-t'en ou reste ; Sois soldat. — C'est trop frugal.
— Médecin — Je suis modeste.
— Commerçant.... — Je suis loyal. Lanlaire, lanla!
— Tu veux donc être notaire?
— La charge est lourde à payer.
— Puisque tu ne sais rien faire,
Sois avocat ou boursier.
— Va te faire Lanlaîre!
Le diable a passé par là , Lanlaire , Lanla !
Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !
— Qu'étes-vous en politique?
— Moi? Je n'ai jamais changé.
— Aimiez- vous la république?
— J'aime toujours ce que j'ai.
Lanlaire, lanla!
-;- Êtes-vous légitimiste?
— Je suis toujours de mon temps.
— Seriez-vous socialiste?
— Nous verrons dans cinquante ans.
Va te faire Lanlaire !
Mon système, le voilà :
Lanlaire , Lanla !
Va te faire lanlaire.
Va te faire lanla!
Il ne plaçait la sagesse
Que dans les plaisirs permis,
Changeant souvent de maîtresse ,
Ne changeant jamais d'amis.
' Lanlaire, lanla!
On voulut lui faire prendre
Femme aimable et grosse dot.
Moi, (lit-il, j'irais me vendre.
Et demain le premier sot Va me faire Lanlaire....
Gomment nommez-vous cela?
Lanlaire , Lanla!
Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !
Il ne fit rien en sa vie , Pour ne pas faire le mal ; Il fut pauvre sans envie ; Il vécut au sol natal.
Lanlaire, lanla!
Il resta céliliataire , Et même il n*eut pas d'enfants; Si tu crois trouver sur terre Beaucoup de ses descendants , Va te faire Lanlaire !
On n'en fait plus , de ceux-là !
Lanlaire , Lanla !
' Va te faire lanlaire ,
Va te faire lanla !