‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 102 sur 249 · LA FORET · texte numérisé non relu

LA FORET

Un jour, j'errais solitaire Dans ce bois plein de mystère Qui nous fit des jours si doux ; Je laissais à la dérive Aller ma pensée oisive; Sans doute elle alla vers vous.

Car j'étais dans cette allée

Isolée Que vous connaissez si bien ;

Et Ton pense à ce qu'on aime

Alors même Qu'on croit ne penser à rien .

Déjà la rapide automne

Avait flétri la couronne

Des tilleuls prompts à jaunir,

Et les feuilles détachées

Sous mes pas craquaient séchées,

Quand je vous sentis venir.

Je vis s'emplir de lumière

La lisière Des bosquets hospitaliers , Et, sur les branches muettes,

Les fauvettes Dirent leurs chants printaniers.

De sa longue écharpe verte La forêt s'était couverte :

Vous reveniez parmi nous. Vous marchiez encor plus belle ; C'était la saison nouvelle Qui revenait avec vous.

Nous nous assîmes ensemble

Sous ce tremble Qui se balance là-bas ; Et, dans nos propos intimes.

Nous nous dîmes Ce que l'on se dit tout bas.

Vous aviez repris, moins fîère.

Votre indulgence première ,

GBAINSONS. 233

Votre sourire perdu; Vous excusiez mon audace , Car rien ne marque la trace D'un baiser pris et rendu.

Tout à coup un corbeau passe

Dans l'espace, Poussant un cri plein d'effroi..

L'illusion de mon rêve

Fut trop brève ; Vous n'étiez pas près de moi.

Le ciel chargé de nuages Étendait sur les bocages Son manteau lourd de frimas ; L'avenue était déserte; La forêt n'était pas verte ; Les oiseaux ne chantaient pas.

LAXLAIRE.

Avez-vous connu Lanlaire y Dont nous pleurons le trépas?

De pareils, on n'en voit guère ; De pareils, on n'en voit pas.

Lanlaire, lanla.

A peine était-il au monde , Qu'au lieu de geindre et crier, Il s'en allait à la ronde Chanter dans tout le quartier :

Va te faire Lanlaire !

A ce point qu'on l'appela Lanlaire y Lanla.

Va te faire lanlaire, Va te faire lanla !

On le mit dans un collège Pour apprendre le latin ; Il jouait, le sacrilège; Il fumait , le libertin !

Lanlaire, lanla.

Et, quand le maître sévère Le condamnait au pain sec , Sa nourriture ordinaire, Il lui répondait en grec :

Va te faire Lanlaire !

Il ne savait que cela :

Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !

On lui dit : Va-t'en ou reste ; Sois soldat. — C'est trop frugal.

— Médecin — Je suis modeste.

— Commerçant.... — Je suis loyal. Lanlaire, lanla!

— Tu veux donc être notaire?

— La charge est lourde à payer.

— Puisque tu ne sais rien faire,

Sois avocat ou boursier.

— Va te faire Lanlaîre!

Le diable a passé par là , Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !

— Qu'étes-vous en politique?

— Moi? Je n'ai jamais changé.

— Aimiez- vous la république?

— J'aime toujours ce que j'ai.

Lanlaire, lanla!

-;- Êtes-vous légitimiste?

— Je suis toujours de mon temps.

— Seriez-vous socialiste?

— Nous verrons dans cinquante ans.

Va te faire Lanlaire !

Mon système, le voilà :

Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire.

Va te faire lanla!

Il ne plaçait la sagesse

Que dans les plaisirs permis,

Changeant souvent de maîtresse ,

Ne changeant jamais d'amis.

' Lanlaire, lanla!

On voulut lui faire prendre

Femme aimable et grosse dot.

Moi, (lit-il, j'irais me vendre.

Et demain le premier sot Va me faire Lanlaire....

Gomment nommez-vous cela?

Lanlaire , Lanla!

Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !

Il ne fit rien en sa vie , Pour ne pas faire le mal ; Il fut pauvre sans envie ; Il vécut au sol natal.

Lanlaire, lanla!

Il resta céliliataire , Et même il n*eut pas d'enfants; Si tu crois trouver sur terre Beaucoup de ses descendants , Va te faire Lanlaire !

On n'en fait plus , de ceux-là !

Lanlaire , Lanla !

' Va te faire lanlaire ,

Va te faire lanla !

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