‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 106 sur 249 · LA NACELLE · texte numérisé non relu

LA NACELLE

Que ta main nous guide , Nocher trop prudent.

Ramons en fendant Ce courant rapide :

Nous voulons revoir La rive lointaine Où fut notre peine , Où fut notre espoir.

Vogue , ma nacelle !

Remontons le cours

De nos ans , ma belle , Et de nos amours.

Les (leurs que tu sèmes , Nous les enfermions Quand nous nous aimions , L'ignorant nous-mêmes.

Ah ! qu'ils étaient doux, Les jours d'innocence, Les jours de l'enfance , Qui sont loin de nous !

Vogue , ma nacelle !

Remontons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.

Puis, nous ëpelâmes Le doux nom d'amour, Qui devait un jour Mêler nos deux âmes.

Rien que pour te voir Je trompais mon père ; Tu trompais ta mère Pour me recevoir.

Vogue , mû nacelle !

Remontons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.

Combien de prudence !

Que de soins gardés !

Nous étions guidés Par notre ignorance.

A quoi m*ont servi Mes vingt ans fidèles?

L'Amour a des ailes, Et tu Tas suivi.

Vogue, ma nacelle !

Remontons le cours De nos ans, ma belle.

Et de nos amours.

Ton bras se fatigue , Imprudent nocher ; Tu ne peux toucher L'écumeuse digue.

Livre aux flots confus Ta rame lassée ; La rive passée Ne s'aborde plus.

Vogue , ma nacelle !

Descendons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.

PERE «APUCIIV.

Vous qui confessez ma femme , Comme un petit saint,

Que pensez-vous de son âme , Père capucin ?

Pour pouvoir mieux parler d'elle , Mettons-nous sous la tonnelle.

— Soit, mon gros Lucas, Mais je ne parlerai pas.

— Approchez-vous de la table , Et puis commencez :

Voyons, ma femme Que diable

Vous la connaissez !

Parlez; je suis tout oreilles

Débouchons ces deux bouteilles.

— Soit, mon gros Lucas ; Mais je ne parlerai pas.

— Bien qu'elle se dise blanche Comme le coton ,

Elle n'avait pas, dimanche,

L'absolution.

Le cas était donc bien grave?...

Si nous goûtions de ce grave?

— Soit, mon gros Lucas; Mais je ne parlerai pas.

— La colère et la paresse Ne sont pas son fait.

Elle est toujours à la messe :

Qu'a-t-elle donc fait?

Allons, pas tant de vergogne

Vous préférez le bourgogne ?

— Oui , mon gros Lucas ; Mais je ne parlerai pas.

— Après tout, que nous importe?

Que nous sommes fous !

Regardez : je ne m'en porte

Pas plus mal, ni vous.

Allons, je bats la campagne....

Qu'on apporte du Champagne !

— Soit , mon gros Lucas ; Mais je ne parlerai pas.

Pourtant, tu le veux; écoute,

Mon pauvre Lucas :

Ta femme — Non. Je m'en doute ;

Ne le dites pas.

Mettons que c'est la colère ; A ta santé, mon compère.

— Soit, mon gros Lucas; Buvons et ne parlons pas.

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